Le film est l’adaptation du roman éponyme (2016), écrit à 59 ans, par le Britannique Robert HARRIS (à ne pas confondre avec l’Américain Thomas Harris, créateur de la tétralogie Hannibal Lecter). Toute histoire se déroulant dans le plus petit état du monde, le Vatican étant un micro-état enclavé dans la ville de Rome et également monarchie absolue, a une vocation romanesque. Qui plus est quand le sujet est celui de l’élection d’un nouveau pape (qui doit être élu à la majorité des deux tiers). Elle se déroule dans un lieu fermé à clé (du latin cum clave), en l’occurrence, la chapelle Sixtine (depuis 1876). Cela n’est pas la première fois que le sujet est traité au cinéma : « Les souliers de Saint Pierre » (1968) de Michael Anderson, d’après le roman (1963) de l’Australien Morris West (1916-1999), imprégné par la guerre froide, « Anges et démons » (2009) de Ron Howard, d’après le roman (2000) de Dan Brown, imprégné de complotisme, et « Habemus papam » (2011) de Nanni Moretti. Ici, l’élection est traitée comme un thriller politique sur les manœuvres de différents cardinaux éligibles, au passé trouble pour certains, et où s’entremêlent leur origines géographiques (Italie, France, Europe, Afrique) et leurs idées traditionnelles voire réactionnaires ou progressistes. Outre de superbes décors reconstituant, dans les studios de Cinecitta, la chapelle Sixtine et la résidence Sainte-Marthe où logent les 108 cardinaux électeurs, une photographie superbe du Français Stéphane FONTAINE (2 Césars en 2006 et 2010) et la musique de l’Allemand Volker BERTELMANN (58 ans), angoissante et renforçant le huis clos, le film bénéficie d’un scénario contemporain, réaliste et osé (pour la fin) avec des acteurs excellents : Ralph FIENNES (62 ans), Thomas Lawrence, doyen des cardinaux, chargé d’organiser l’élection papale (pour qui la certitude est l’ennemi de la tolérance), Stanley TUCCI (64 ans), cardinal Bellini, Sergio CASTELLITTO (71 ans), cardinal Tedesco et Isabella ROSSELLINI (72 ans), sœur Agnès.