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Dans Connemara, Alex Lutz s’aventure loin de ses sketches et de ses satires mondaines pour livrer une comédie dramatique aux airs de fresque sociale. Mélanie Thierry incarne Hélène, quadragénaire parisienne fracassée par un burn-out, qui retourne dans sa Lorraine natale. À travers elle, c’est une France fragmentée que le film met en scène : celle des villes pressurisées contre celle des provinces figées, des désirs intimes face aux carcans sociaux.
La mise en place semble prometteuse. Hélène, épouse rangée, mère de famille, croit retrouver une qualité de vie. Mais dans un parking de franchise, elle croise Christophe, joué par Bastien Bouillon. Ancien hockeyeur, ancien fantasme. Leur liaison devient l’étincelle d’un drame à la fois banal et universel : deux destins usés par le temps, deux corps qui cherchent dans l’adultère une forme de résurrection. Ici, le mélodrame se mêle au réalisme, la chronique intime se confronte au cliché du roman-photo.
Le film, pourtant, ne tient pas toujours ses promesses. Alex Lutz, réalisateur méticuleux mais souvent trop démonstratif, multiplie les contrastes visuels et les symboles appuyés. Entre Nancy et Épinal, le décor se fait carte postale, trop consciente de son pouvoir pittoresque. Le récit avance par à-coups, avec des dialogues souvent littéraires, parfois artificiels. La caméra se veut naturaliste, mais la mise en scène n’évite pas la pesanteur illustrative. On devine plus l’intention sociologique qu’une véritable nécessité dramatique.
Mélanie Thierry, de son côté, donne tout : fragilité, nervosité, éclats de sincérité. Bastien Bouillon apporte sa douceur mélancolique. Autour d’eux, Jacques Gamblin et Clémentine Célarié imposent une présence plus solide. Mais la partition reste inégale : chacun joue juste, sans jamais transcender le texte. Le film aurait eu besoin d’un déséquilibre, d’une faille, d’une rugosité qui emporte.
Connemara se veut le portrait d’une France fracturée, mais il s’égare entre chronique sociale et romance adultère. Ni tout à fait satire, ni tout à fait drame, il finit par n’être qu’une variation tiède sur un thème déjà mille fois exploré : la nostalgie d’un premier amour, la désillusion d’un retour au pays.
Note finale : 6 sur 20. Public cible : spectateurs curieux de voir Alex Lutz s’essayer à la fresque provinciale, amateurs de comédies dramatiques françaises à la mise en scène appliquée mais trop sage. Les autres y verront surtout un film convenu, une tentative ambitieuse qui, comme son titre, résonne plus comme une chanson qu’on fredonne que comme un cinéma qui bouleverse.