A nouveau déçu par une adaptation d'un roman adoré de Nicolas Mathieu. Mais beaucoup moins que par trop bruyant Des Enfants Après Eux. Certes, l'exercice est difficile, impossible sans doute de satisfaire tous les fantasmes de tous les lecteurs. Aucun gros reproche, c'est de la belle ouvrage, Mélanie Thierry est, comme toujours, formidable.
Mais je n'ai pas retrouvé la tension et les enjeux sociaux du livre, sauf peut-être
à la fin, dans les scènes antépénultièmes, entre une formidable Clémentine Célarié et Hélène, puis entre les amants.
Pour le reste, tout est bien filmé, bien dialogué, fluide, mais un peu languissant. Les rares scènes d'affrontement sont soit "hors son" ou délivrées sotto voce. On ne réclame pas du Zulawski, mais quand même. Lorsque,
ses cartons dans le coffre, Hélène dit son fait à son ami/employeur dans un parking, sa déception, toute cette colère annoncée dès le début du film (et du roman), que la trahison de son boss devrait dégoupiller,
nous est rendue en mode mineur.
Comme toujours, Bastien Bouillon est impeccable. Mais, outre son talent, était-il le meilleur choix ? Il lui manque cette apparence, ce charisme fané que quelques secondes sur les rides d'un Maurice Ronet ou d'un Brad Pitt rincé chez Tarantino suffisent pour définir le parcours d'un personnage. Dans les deux oeuvres, Christophe est décrit, pour faire court, comme un quasi has-been, luttant pour qu'un sursaut de la providence le ramène aux grandes heures de sa gloire locale de hockeyeur, pour briller encore dans les yeux de son fils. Pour qui suit Nicolas Mathieu, sa biographie, son oeuvre, il y avait du Rocky, version "le retour de la vengeance", dans cette petite renaissance. Or, on le voit ici
mollement (re-) faire du rameur, mollement s'entraîner seul, mollement mettre un but salvateur.
La lumineuse Mélanie Thierry soldant sa fascination passée et non assouvie avec ce gars bien bâti, sympa mais un peu terne ? On y croit guère.
Autre déception, le film ne reprend rien, ou alors de façon totalement elliptique, de la savoureuse entourloupe vengeresse ourdie par l'assistante d'Hélène, qui mettait une touche finale à la description acerbe des boîtes de consulting engraissées par les collectivités. De même, l'un des épisodes de friction sociale fondateurs,
lorsque la jeune Hélène d'origine modeste passe de drôles de vacances dans la famille bourgeoise de son amie Charlotte à l'île de Ré
est escamoté au profit d'un monologue de la mère de Charlotte. Bien écrit, bien joué, certes, mais un peu fade.
Puisque l'héroïne se prénomme Hélène et que Nicolas Mathieu ne fait pas mystère de son amour pour l'irremplaçable Romy, cette adaptation de Connemara n'est pas sans évoquer Claude Sautet. Curieusement, j'ai toujours nourri une forme de ressentiment à l'égard des trois films de Sautet dans lesquels, entre 1969 et 1980, Romy n'apparaissait pas (ou trop peu). Et pourtant, je ne m'ennuie pas une seconde en revoyant Vincent, François, Paul et les Autres, Mado et Un Mauvais Fils. Je peste, mais je ne m'ennuie pas. Ils parlent de travail, de quarantaine, de bilans de vie, de couples et de dernières amours. Il ne s'y passe pas grand chose d'autre que dans le film d'Alex Lutz, mais ils semblent tendus vers quelque chose, qui n'advient jamais dans ce Connemara, le film.
Au final, un bon film, trop édulcoré pour les lecteurs du roman. Comme un Sautet mineur et atone.