Kuolleet lehdet creuse son pessimisme comme des prisonniers soulèvent la dalle de leur cellule, grattent la terre, explorent le sol en quête d’une sortie extérieure d’où jaillirait la lumière. Jamais un film d’Aki Kaurismäki n’a été aussi parodique de lui-même, sans que cette parodie ne tourne à la pochade ; le cinéaste réunit ses clichés pour les transcender en une fable mélodramatique sur la résistance passive de deux êtres pris dans la détresse d’un quotidien décevant qui paraît coupé du temps : regarder vers le passé c’est se sentir plus encore orphelin, regarder vers l’avenir c’est imaginer les guerres radiophoniques devenues réalité immédiate. Entre ces deux tremblements naissent de tout petits mouvements, imperceptibles en dépit des allées et venues des protagonistes à pied ou en tramway ; puisque la journée est rythmée par un travail dégradant et mécanique, il faut reconquérir la nuit comme temps et espace d’une seconde vie qui s’accomplit dans les déambulations et, surtout, au cinéma, dans les bars et les karaokés. L’esthétique visuelle transcende alors la noirceur tonale : les jeux de lumière, les couleurs, la photographie magnifique, tout cela se heurte au désarroi ambiant et aux chansons tristes comme un oxymore. Ainsi redouble le malheur des personnages, individus fragilisés dont le seul espoir se trouve dans l’idée non d’un ailleurs (inatteignable) mais d’un ensemble (à construire par compromis) ; ils sont insérés dans une structure tragicomique au terme de laquelle ils marcheront ensemble tels deux rescapés, accompagnés d’une chienne sauvée in extremis de l’euthanasie. Un grand film modeste qui réchauffe le cœur par son humanité.
Le cinéma d'Aki Kaurismäki est singulier et c'est ce qui fait son charme. On retrouve dans ce nouveau film tous les codes de son cinéma : lenteur, froideur et complexité des relations humaines, critique de la déshumanisation de la société de consommation... C'est un cinéma qui tranche. Sans surprise, ce film déçoit cependant ; le propos est entendu, beaucoup de scènes manquent de charme et l'originalité fait défaut. Le cinéma de Kaurismäki vieillit. Dans la même veine finlandaise, on lui préfèrera mille fois le surprenant "L'étrange histoire du coupeur de bois" de Mikko Myllylahti sorti en janvier.
Présenté en compétition officielle à Cannes (2023) où il obtint le prix du jury, ce dernier opus du célèbre et talentueux metteur en scène finlandais faisait office, chez certains festivaliers, de favori pour la palme d'or.
Il faut dire que la réputation du cinéaste dont la trilogie " Finlande" ( " les lumières des faubourgs", " l'homme sans passé" - Grand prix du jury Cannes 2002- et " au loin s'en vont les nuages") était restée dans les mémoires précédait " les feuilles mortes" et lui assurait un à priori favorable.
Malheureusement ( à mes yeux), si ce dernier opus est empreint de nombreux thèmes qui traversent l'oeuvre du cinéaste ( solitude, personnages honnêtes, sympathiques, exploités durement par une société marchande sans pitié, mais qui cherchent l'amour, identifié comme vecteur hypothétique du bonheur - avec l'amitié), AK a largement fait mieux que dans ce " les feuilles mortes".
On a le sentiment que Kaurismaki est un peu à court d'idées nouvelles et qu'il reprend une partition dont il a épuisé toutes les possibilités interprétatives.
Le style, le ton, les décors, la mise en scène sont bien présents, mais le scénario est sans doute trop minimaliste.
Ceci dit, le film se laisse voir avec un certain plaisir, même si l'aficionado de la filmographie de AK que je suis, éprouva tout de même, une pointe de déception au sortir de la projection.
Deux âmes solitaires se croisent un soir dans un karaoké d'Helsinki. L'une et l'autre enchaînent des boulots ingrats et mal payés dans des environnements blafards et bruyants. Leur quête d'amour est régulièrement contrariée comme dans la chanson : "mais la vie sépare ceux qui s'aiment, tout doucement, sans faire de bruit"... Je ne suis pas une spécialiste de Kaurismäki mais les connaisseur·euses voient ici l'un de ses meilleurs films, ou même pour certain "un écrin de beauté et d'espoir". J'y ai vu, plus modestement, une histoire tendre et maladroite entre deux êtres qui plongent dans une rencontre fortuite comme on s'accroche à une planche de salut. Peut-être faut-il éviter de visionner ce film un jour de pluie...
Un film singulier, poétique, décalé et humain. Une émotion à part délivrée en douceur avec une image sublime où les plans ressemblent parfois à des tableaux d'Edward Hopper. Les situations contemporaines - puisque la radio diffuse des infos sur la guerre en Ukraine - contrastent avec les décors et costumes qui eux nous ramènent davantage aux années 50 ou 60. Les personnages sont réservés et agissent avec lenteur. L'allure dégingandée de Jassi Vatanen, aux faux airs de James Stewart ou de Ryan Gosling ne nous laisse pas indifférents face à Alma Pöysti qui nous ravi par sa douceur. J'ai adoré le cinéma Ritz avec toutes ses affiches anciennes (justement de films des années 60) et ses curieux spectateurs. J'ai aussi aimé les lieux de bars, et bien sûr les chansons populaires majoritairement du sud de l'europe qui là aussi contrastent avec la Finlande. A voir !
Du Kaurismäki pur jus, avec un merveilleux mélange de noirceur et de poésie, de pessimisme et de drôlerie. Les personnages, un peu décalés comme toujours, sont touchants, plein de dignité. On s'y attache, ils nous attendrissent et nous font du bien, même si leur vie n'est pas toujours rose. Quel cinéaste, qui sait parfaitement jouer de l'ellipse et de l'intemporalité !
Les feuilles mortes est un film simple qui parle de choses évidentes avec simplicité et tendresse. Il ne met pas des mots mais nous les fait ressentir. Ce film est beau parce qu'il ne prend pas de risques, parce qu'il n'essaye pas de nous surprendre ou de nous émouvoir, parce qu'il est sans effort. Les deux acteurs sont très doux, subtils et lents. Bref, c'est un film très agréable qui nous laisse entre-apercevoir ce que deux personnes très simples peuvent vivre de plus beaux dans les quartiers oubliés de Helsinki.
Un homme et une femme s'ennuie à mourir dans un Helsinki mélancolique. Leurs rencontres pourrait bien les faire revivre. La poésie simpliste qui s'en dégage ne laisse pas le spectateur indifférent mais l'ambiance mortifère prend le dessus. Ce n'est tout simplement pas mon Cinéma.
En quelques scènes cruelles mais non dénuées d'humour, Kaurismaki nous plonge dans l'univers impitoyable des invisibles, des laissés-pour-compte, de ceux qui n'attendent plus rien et qui pourtant vont rencontrer l'amour. De la poésie à l'état pur.
Le meilleur film de l'année. J'ai découvert le réalisateur je suis trop fan. C'est tellement touchant ce film. Vraiment pour ce chef d'œuvre. Sincèrement je suis sous le choc
Merci pour ce moment de VRAI cinéma : peu de dialogues mais l essentiel vous prend! De très belles photos, la pureté de l émotion , et l amour qui gagne sur la dépression, l alcoolisme, la solitude , les nouvelles de la guerre d Ukraine…en touches subtiles A voir à tous prix
Film qui aurait pu être excellent. Un melange entre film social et un peu d'humour. Intéressant de voir une partie de la culture finlandaise ou du quotidien d'employé modeste. Une bande son pas inintéressante , plein de petit hommage au cinema français. La relation entre les 2 personnages principal laisse parfois un peu perplexe.
La photographie est plutôt réussie. Ce film est une ode au silence...parfois un peu extrême et un peu malaisant. La maladresse des personnages les rend touchants mais n'est-elle pas poussée un peu trop loin, les rendant trop irréels ?
« Les feuilles mortes » (2023) est loin d’être le premier film – le 20ème - de Aki Kaurismäki, réalisateur Finlandais que je ne connaissais pas du tout. Ansa (Alma Pöysti) célibataire travaille à Helsinki dans un supermarché mais elle est licenciée pour avoir pris un sandwich périmé. Un soir elle croise dans un bar karaoké, Holappa (Jussi Vatanen), tout aussi solitaire et alcoolique ce qui après avoir été viré de plusieurs boulots, l’a conduit à devenir SDF. spoiler: Ces 2 broyés par la vie tentent de trouver en l’autre son premier et unique amour mais Holappa a perdu le numéro de téléphone et Ansa n’en sait pas plus sur lui.
Un film dans lequel il y a peu de dialogues au point que le sous-titrage est presque inutile. Tout se déroule dans des ébauches de gestes, de regards entre ces 2 personnages introvertis. La lumière du film est très singulière et glauque (évoquant Hopper), ajoutant de la mélancolie avec souvent en arrière-plan sonore des nouvelles du conflit ukraino-russe. A noter de très nombreuses références cinématographiques… jusqu’au chien qu’Ansa va recueillir et appeler Chaplin. Un film qui a reçu le Prix du Jury à Cannes et un réalisateur qu’il me faut découvrir.
Un exercice de style assez réussi, plutôt plaisant. Un scenario intelligent et cohérent avec une réalisation, des decors et des dialogues minimalistes. Il semble bien que humour soit la seule issue pour fuir l insoutenable angoisse de l existence.