La première qualité d'Elaha, le premier long-métrage de Milena Aboyan, et il en possède beaucoup, est la clarté de son propos alors même que son héroïne est tiraillée par plusieurs sentiments, alors que son mariage approche : le respect des traditions kurdes et l'amour pour sa famille, d'un côté, et le désir farouche d'acquérir son indépendance et le choix de vivre sans entraves sa sexualité, d'un autre. La cinéaste parle évidemment du patriarcat dans cette communauté installée en Allemagne mais montre avec subtilité que les hommes, d'une autre manière que les femmes, sont aussi prisonniers de ses règles. Mais là où Elaha impose sa puissance narrative, c'est bien dans ce portrait magnifique d'une jeune femme qui n'a d'autre choix que de littéralement se refaire une virginité, avant la noce, sous peine de s'attirer non seulement l'opprobre de sa famille mais aussi de tout son environnement. Pas à pas, le film suit son héroïne dans ses contraintes et son envie de liberté, à partir d'une trame certes militante mais qui se marie parfaitement avec sa splendide étoffe romanesque. C'est peu de dire que le scénario est remarquablement écrit, que les dialogues impressionnent par leur côté incisif et que la mise en scène se révèle largement à la hauteur. Avec un atout supplémentaire pour définitivement nous séduire : l'interprétation sensuelle et déterminée de Bayan Layla, formidable actrice aux origines syriennes.
Elaha a vingt-deux ans. D’origine kurde elle a émigré en Allemagne avec sa famille. Elle va bientôt quitter son père, sa mère, sa sœur cadette et son petit frère handicapé pour épouser Nassim, un jeune homme de sa communauté. Ce mariage avec un Kurde de bonne famille a la bénédiction de son entourage ; mais Elaha, qui n’est pas vraiment amoureuse de son promis, renâcle. D’autant que son cœur bat pour un autre homme.
Dans les présentations qu’on en fait, "Elaha" est souvent réduit à un seul de ses aspects : le parcours d’obstacles d’une jeune femme kurde qui veut, avant son mariage, restaurer l’hymen qu’elle pense avoir brisé durant un premier rapport sexuel. Sans doute est-ce un des éléments du film – qui aura permis à l’ignorant que je suis de découvrir l’existence de « kits de réparation de virginité » comprenant des pilules de faux sang – mais ce n’est pas le seul.
"Elaha" n’a pas pour seul fil rouge – si j’ose dire – ni pour seul enjeu la restauration de l’hymen de son héroïne. C’est le portrait d’une jeune femme qui a grandi en Occident au sein d’une famille et dans une culture où le patriarcat et la soumission féminine restent la règle. Elaha est attachée à sa famille, même si la cohabitation dans le minuscule appartement qu’elle partage n’est pas toujours simple, et n’imagine pas s’en dissocier brutalement. Elle sait la déception que produirait chez sa mère la découverte de la perte de sa virginité et veut la lui épargner.
"Elaha" est le premier film de Milena Aboyan, une jeune réalisatrice d’origine kurde née en 1992 qui a été formée en Allemagne. Elle a trouvé avec Bayan Layla une actrice hors pair pour incarner son héroïne.
"Elaha" est un film touchant et juste. Mais son sujet est trop rebattu, sa narration trop classique pour permettre à ce film de sortir du lot.
Premier film étonnant de maîtrise et de finesse psychologique pour analyser les dégâts des chocs de culture des exilés dans les pays où les femmes sont libres de leur destin.
Les kurdes, en Allemagne, forment un groupe important d'immigrés. L'intégration peut se faire en surface pour le style de vie, mais en profondeur, des traditions perdurent. C'est le cas pour le devoir de virginité de la jeune fille qui va se marier avec un homme de cette communauté. C'est le sujet du film qui expose très clairement le problème sans porter de jugement. Elaha, l'héroïne kurde au centre de cette histoire se sent tiraillée par divers sentiments contraires. Elle voudrait satisfaire tout le monde à commencer par sa mère. Le spectateur ne peut s'empêcher de comprendre que c'est le regard des autres qui est le plus important, car tous y font sans cesse référence. Je ferai deux reproches à ce film. D'abord, il y a un bon quart d'heure de trop qui affaiblit le propos et ensuite une conclusion qui n'en est pas une, laissant le spectateur dans l'expectative.
Elaha plonge le spectateur au sein de la culture Kurde. Une expérience qui n’arrive pas tous les jours au cinéma. Dans ce drame, on suit donc Elaha, une jeune femme allemande d’origine kurde. Alors que son mariage approche, elle se met en tête de “retrouver” sa virginité afin de rétablir son innocence.
Cette notion de la virginité avant le mariage est désuète depuis longtemps en France. Cependant, dans d'autres cultures plus traditionnelles, elle est toujours d'actualité. On peut même dire que c’est primordial vu les efforts que déploie Elaha afin de pouvoir reconstruire son hymen.
Cette jeune femme doit montrer qu'elle est vierge pour démontrer sa pureté. Sans cela, le déshonneur s’abat sur sa famille. En parallèle, on remarque que son mari n’a pas les mêmes contraintes. Un traitement à deux vitesses.
Elaha représente toute une génération d'enfants d'immigrés qui ont grandi en occident avec la culture du pays de leurs parents. Ils sont perdus dans le décalage entre le mode de vie occidentale, et certaines traditions dont ils sont prisonniers.
Ce personnage est très émouvant. Par amour pour sa famille, elle est prête à se pilier à des règles la pénalisant. On a mal de la voir évoluer dans un monde qui ne la comprend pas. C’est d'ailleurs pour ça qu'au fur et à mesure du film, sa colère monte pour avoir envie de prendre sa vie en main. Bayan Layla est extrêmement douée dans ce rôle.
Film d'une belle modernité sur cette génération d'enfants d'immigrants nés en allemagne et écartelés entre la liberté d'un pays démocratique et développé et la chappe de la tradition et du patriarcat. Ici Elaha fille de kurdes irakiens partis tenter leur chance en Allemagne et qui se sont inventé un quotidien profitant des avantages d'une vie matérielle plus stable tout en corsetant les rapports humains ( portes sans verrou empêchant toute intimité, emprises d'un futur époux, question de l'honneur qui revient de manière lancinant et ne concerne finalement que le comportement évidemment irréprochable des femmes de la communauté...
Le film ne juge pas, ne fournit pas de kit clé en main pour se sortir de ces situations qui vont aller en s'empirant dans ces communautés qui gardent encore un pied dans le passé.
Encore une fois la sororité et la solidarité entre femmes laisse entrevoir des solutions douces et subtiles qui rend ce film finalement solaire à la sortie de la salle
Quel film magnifique, quelle maîtrise de la mise en scène, quelle beauté des images. Une jeune fille kurde cherche à restaurer sa virginité parce que, dans sa culture, il faut être vierge pour se marier. Mais le film dépasse largement cette quête et nous plonge dans un suspense, des émotions variées et riches qui donnent à ce film une profondeur rarement atteinte dans le traitement d'un tel sujet. C’est un film à voir pour toutes les femmes qui ignorent la permanence de cette obligations "morale" faite aux femmes de nombreuses cultures et les désordre psychologiques qu'elle induit. Et on suit, éperdu(e)s comme l'héroïne, l'invraisemblable course contre la montre...
Le poids des traditions culturelles et familiales sur une jeune kurde émancipée vivant en Allemagne, qui veut se reconstruire une virginité pour son mariage. « Je préfèrerais te savoir morte »lui répond sa mère lorsqu’elle tente timidement d’aborder le sujet... C’est un peu longuet, parfois ronronnant et par moments trop... technique !
Ce qui me frappe dans Elaha, c’est sa pudeur. Une pudeur presque excessive. Tout est filmé avec précaution, respect, retenue. Les mots sont pesés, les silences calculés, les conflits contenus. Je sens une immense volonté de ne pas trahir les personnages, de ne pas simplifier, de ne pas juger. Mais à force de marcher sur des œufs, le film finit par ne jamais vraiment me toucher au cœur.
Je pense souvent, pendant le film, à ce qu’il aurait pu être s’il avait accepté d’être plus inconfortable. Plus imparfait. Plus risqué. Là, chaque scène semble vouloir rester “juste”, “équilibrée”, presque exemplaire. Mais la vie ne l’est pas. Et le dilemme d’Elaha, lui, est tout sauf équilibré.
Bayan Layla fait un travail remarquable de retenue, mais cette retenue devient contagieuse : je me retiens, moi aussi, d’éprouver trop d’émotion. Je respecte le film, je ne le ressens pas pleinement. Il m’intéresse intellectuellement plus qu’il ne me bouleverse. Pour un récit aussi intime, c’est là que quelque chose se fissure.
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4,0
Publiée le 11 décembre 2025
"Elaha" (2023) : jeune femme d’origine kurde dèlibèrèe aimerait quand même bien retrouvèe sa virginitè avant son mariage avec Nasim! Pas si simple! On entre vite dans ce premier long-mètrage audacieux et on comprend rapidement qu'être une jeune femme entre deux cultures n'est pas chose facile! Elaha en fera la douloureuse expèrience [...] Un nom à retenir absolument : Bayan Layla qui aurait ô combien mèritè un prix à la Berlinale tant sa performance est èpoustouflante! C'est aussi l'èblouissement et le courage d'une cinèaste nèe kurde yèzidie (Milena Aboyan) qui dècouvre une certaine force et puissance du cinèma, nous montrant son hèroïne dans sa vie quotidienne d'avant marièe, sans rien en cacher, et dans les traditions telles qu'elles sont! Un seul film pour le moment, mais diablement accrocheur, virtuose et nuancè! On n'a hâte de connaître ses prochains projets cinè...
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3,0
Publiée le 21 septembre 2025
« Un dommage au troupeau est une honte pour le berger. » Elaha, une Allemande d'origine kurde fiancée à Nasim, est soumise à une forte pression familiale et culturelle à l'approche de son mariage. Elle n'est plus vierge alors que les femmes de sa communauté doivent l'être lorsqu'elles se marient. Une crainte du jour J qui la pousse à envisager toutes les options même les plus folles. Elaha est l'héroïne, et le film porte son nom, et il n'est pourtant jamais question de ce qu'elle veut. « Pour qui tu me fais passer ! » « Qu'est-ce qu'ils vont penser ? » Ce sont toujours les autres qui comptent. Une absence de liberté et d'intimité qui l'étouffe. Une emprise patriarcale sur le corps de la femme, mais pas seulement. "Elaha" est un film fort de son important sujet, mais il y a pas mal de longueurs qui amenuisent la force de l'histoire et de certaines scènes. Un film qui est donc un peu trop long, mais qui est vraiment pas mal et porté par une convaincante Bayan Layla.
Elaha est un vrai portrait de femme qui suit son envie de liberté sans ignorer ses traditions familiales. L’actrice principale est super. Le sujet n’est pas simple mais la réalisatrice trouve ce point d'équilibre qui rend le propos nuancé et équilibré. Une belle découverte !
Elaha est le premier long-métrage réalisé par Milena Aboyan également auteure du scénario. Cette réalisatrice aborde un sujet hautement féminin annoncé dans la synopsis de ce film. Pour sa part, le titre renvoie au prénom de l’héroïne principale incarnée par Bayan Layla. Critique complète sur incineveritasblog.wordpress.com/2024/02/11/elaha/
Le titre est le prénom d’une jeune femme (22 ans) d’origine kurde vivant en Allemagne, étudiante et travaillant dans une blanchisserie et qui va se marier dans 9 semaines, son futur mari, coiffeur et frère de la blanchisseuse, lui aussi étant d’origine kurde. Le poids de la tradition (et d’une mère psychorigide) l’oblige à restaurer sa virginité qu’elle a perdue et envisage plusieurs solutions [spoiler: par reconstruction chirurgicale de l’hymen (2 500 à 3 000 €) ou installation d’un leurre hémorragique ]. Film un peu décevant car trop long (1h50), en raison des nombreuses hésitations d’Elaha, et sur un sujet déjà amplement traité, l’aliénation par la famille [cf. « Family life » (1971) de Ken Loach] et la religion. A noter, néanmoins, la belle interprétation de Bayan LAYLA dans le rôle-titre.