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Y Leca
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2,5
Publiée le 16 décembre 2021
Un dîner dansant de réveillon ennuyeux au possible pendant une heure, puis l'emotion arrive avec Angelica Huston et son souvenir d'un amour de jeunesse. C'est bien tard pour ce film sépulcral, le dernier de John Huston, dont le titre original, Les Morts, lui convient mieux.
C’est le merveilleux et émouvant testament intime de John Huston, ce géant du cinéma qui a souvent réalisé des grands films de genre, fréquemment spectaculaires et pleins d’action. Au seuil de sa vie il a réalisé ce film minimaliste, adaptation d’une nouvelle de James Joyce, qui montre que la plus profonde émotion peut être atteinte sans grands effets, mais avec subtilité, délicatesse et simplicité. A Dublin, en 1904, des calèches déposent des invités devant une maison bourgeoise, où se donnent une soirée et un diner pour l’épiphanie. La plus longue partie de film consiste en la description de cette soirée. On va découvrir un à un, au fur et à mesure de leurs arrivées, les différents invités, tous appartenant, de façon plus ou moins proche, à la même famille de passionnés de musique, puis les « côtoyer » tout le temps passé dans la maison des deux vieilles sœurs qui organisent ce diner annuel. Les règles de convenances et de bonne éducation guident les comportements, et les échanges sont empreints de courtoisie. Mais, alors qu’il ne se passe, pour ainsi dire, rien, Huston parvient à créer pour le spectateur une proximité avec les personnages, par sa mise en scène aussi empathique que précise et gracieuse. Et les quelques tensions prennent du relief, et la chaleur humaine donne lieu à des moments très émouvants : le chant de Julia, l’une des sœurs, qui fut cantatrice voilà bien longtemps, ou l’émotion qu’elle ressent, tout autant profonde que gênée, lors du toast porté par l’assemblée à sa sœur et elle (quel exemple de de direction et de prestation d’acteur !) Au moment du départ, alors qu’une certaine nostalgie du passé avait progressivement touché les convives, se déroule la scène charnière du film. Gretta, l’une des nièces, entend un chant, probablement chanté par Julia. Ce chant l’immobilise dans l’escalier, et Huston la filme en contreplongée puis en gros plan, et ces images superbes, sur fond de vitrail coloré, évoquent des tableaux de la Sainte Vierge, introduisant une dimension mystique dans le film. La dernière partie touche alors au sublime, avec une évocation d’un amour de jeunesse arraché par la mort, avec une prise de conscience amère de n’avoir jamais éprouvé ce qu’est le véritable amour, et avec celle du caractère inéluctable et universel de la mort. Huston avait réalisé un film s’intitulant « Promenade avec l’amour et avec la mort » ; ce pourrait être le titre de cette dernière partie, qui atteint la perfection dans l’osmose et l’harmonie entre un texte (celui de la nouvelle de James Joyce) et les images qui l’illustrent et l’accompagnent.
John Huston demeurera limmense réalisateur de nombreux chefs duvres tel que les Désaxés, Moby Dick, Lhomme qui voulut être roi et Les gens de Dublin, son dernier film. Les gens de Dublin est une adaptation dune nouvelle du grand romancier Irlandais James Joyce dont le titre original est The Dead. La première partie du film commence par une réunion de famille et damis qui se retrouvent un soir dhiver pour discuter amicalement entre autres de musique, de littérature et de politique. Et malgré lapparence des sympathiques retrouvailles, ils se cachent bien sûres quelques souffrances et des amours frustrés. La deuxième partie du film magnifiquement mis en image est la plus intimiste puisquelle dévoile limpossibilité de lêtre humain à soulager tout ses désirs et renvoie à sa destinée commune : la mort. Le dernier film testament de John Huston restera donc à jamais un belle reflexion sur le sens de la vie, le temps qui passe, lamour et la mort. Film beau, profond et poétique.
Certains réalisateurs ne cessent jamais de surprendre. Ils ont réalisé de bons films dans leur vie, des films moyens, d'autres exécrables, et puis livrent pour la fin un testament qui ne trouve pas d'égal dans le passé. Ainsi, Robert Bresson parachève brillamment son œuvre avec L'Argent en 1983. De même, John Huston, qui possède quelques bons navets à son actif, s'est réservé pour sa dernière œuvre : il n'existe peut-être aucun autre film au monde aussi subtil, aussi enchanteur et aussi nostalgique que le crépusculaire Gens de Dublin. John Huston, parvenu à la fin de sa vie, accède à la beauté avec cette magnifique adaptation d'une nouvelle de James Joyce, élégiaque et pathétique.
C'est évidemment à voir si on aime l'Irlande, la culture irlandaise, sa musicalité, son sens de l'au-delà. Autrement c'est de ce qu'on a fait de plus simple et de plus limpide sur la proximité de la mort, entre néant et pérennité. On a le sentiment de quelque chose de fantomatique sur la fin et on est, physiquement, terriblement ému.
Perfection est le seul mot possible pour ce film-testament de Huston, qui a dirigé avec ses dernières forces et une perfusion dans le bras pour tenir jusqu'au bout. La scène de la révélation, jouée par sa propre fille Anjelica, demeure gravée dans la mémoire.
Adaptation extrêmement fidèle d'une nouvelle remarquable. John Huston porte l'œuvre littéraire à l'écran avec précision et talent. Quelle merveille d'entendre Frank Patterson réciter cette ballade irlandaise - "You have taken the east from me; you have taken the west from me; you have taken what is before me and what is behind me; you have taken the moon, you have taken the sun from me; and my fear is great that you have taken God from me!"- et chanter The Lass of Aughrim, qui illustrent à la perfection la critique irlandaise de Joyce et sa vision de l'Art. C'est l'art d'ailleurs, dans ce dernier film d'Huston, qui côtoie la mort dans une éblouissante extase de mots, de sons et d'images.
Dehors, la neige, lhiver. Les demoiselles Morhan reçoivent. On boit, on mange, on discute, on danse, on chante, on joue de la musique. On pense au Woody Allen sombre (celui dIntérieurs, September ou plus tard Une autre femme), à Tchekhov aussi, Bergman parfois. A John Huston, lui même, surtout. The Dead, cest son testament. Il a 81 ans, en fauteuil roulant, sous respiration artificielle lorsquil réalise son film, son plus beau trésor. Rare sont les chef duvres qui, comme ces Gens de Dublin ne sexplique pas. Sa mise en scène est délicate. Les acteurs, brûlants de lintérieur, sont épatants de sobriété. Par cette poésie profonde et endolorie, Huston tire ses conclusions. Vivre, cest mourir un peu.
La musique est légère mais elle vrille le cœur lentement, jusqu’à le vider, jusqu’à le faire imploser… 1904 : la neige feutre la nuit, feutre les vies, les passés vains, les avenirs éteints… Huston remplace la plume de Joyce par sa caméra, fidèle aux mots, fidèle aux images visionnaires. Il restitue l’aube d’un siècle qui s’annonce sombre, tragique, la fin d’un monde de certitudes, de convenances, de rapports superficiels propres à la bourgeoisie catholique irlandaise mourant d’ennui, figée dans une affectation qui sonne faux, s’installant dans un vide auquel on ne peut échapper (même pas Freddy qui est le plus lucide et se réfugie dans l’alcool). Une nostalgie pesante prend part à tous les propos et fait des choses vitales avec les détails dérisoires, précieux et inutiles : abécédaires fanés, dentelles et pudding brun… souvenirs de musique, musique des souvenirs… Et enfin, il y a les dix dernières minutes où l’on remonte vers un drame lointain qui redonne le vrai poids et la vraie valeur de la vie, porté par des chansons qui remontent les rues de l’hiver et conduit lentement vers un tourbillon d’émotions profondes et graves comme peu de films savent en donner.
Dernier film de J.Huston. Son chef d'oeuvre. Chez d'oeuvre aussi de l'histoire du cinéma. D'une beauté sublime. Et d'une telle tristesse... Je crois que J. Huston était âgé de plus de 80 ans en faisant ce film. Comment peut-on encore, après avoir fait tant de films tant réussis, faire encore un tel chef d'oeuvre. Il ajoute à la nouvelle de Joyce ce qui lui manquait d'inspiration, de profondeur, de simplicité. Merci pour tout le bonheur que vous nous avez offert, M. Huston.
Une soirée mondaine dans le Dublin du début du 20ème siècle pendant les fêtes de fin d'année. On danse, on chante, on discute...
Pour le coup, cette adaptation est très fidèle à l'histoire de Joyce. Et du coup : qu'est-ce qu'on s'ennuie !!! Cela commence par une musique au piano assez fleurette (oui, c'est le mot qui me vient à l'esprit, me demandez pas pourquoi) et ça continue avec un enchaînement de situations plus ennuyeuses les unes que les autres, avec d'ailleurs la moitié des femmes présentes qui sont rousses (stéréotype, quand tu nous tiens). C'est une soirée mondaine d'un autre siècle tout ce qu'il y a de plus ch----, qui nous fait subir trois minutes chantées par une voix fluette pas très juste qui fait vraiment mal aux oreilles, qui nous montre scolairement comme dans le livre la haute société avec ses codes, ses préjugés, et les dissensions politiques et religieuses. C'est un lot d'acteurs qui ne jouent pas forcément très bien. C'est 1h20 quasi inutile dans un emploi du temps ; pourquoi donc irait-on regarder ça ? On ne profite même pas de Dublin, la ville ne pouvant pourtant se dissocier de l’œuvre de Joyce (j'ai toutefois souri quand un personnage a mentionné le thé au Shelbourne... J'avoue, tea time au Shelbourne, ça vaut le coup !!)... La fin nous offre quant à elle une prestation d'Angelica Huston digne des Razzie Awards, avec une morale tout aussi soporifique. Pourtant il existe BEAUCOUP de gens qui ADORENT ces nouvelles de Joyce et ce qu'elles racontent. Pour ma part, ça a été le même résultat qu'avec le livre : j'ai souffert. Je ne saurais vous recommander le livre ou le film vu que les deux me sont complètement passés au-dessus de la tête. Par contre ce que je peux effectivement vous recommander, c'est de passer au Shelbourne lors de votre prochain séjour à Dublin !!
J'ai découvert ce film récemment, et avec quel plaisir ! Dernier film de John Huston, celui signe une petite merveille avec une Angélica Huston magistrale !