"The Dead ", nouvelle qui termine "Dubliners" de James Joyce, était réputé intransposable à l’écran. Huston qui tenta plusieurs fois ce genre de pari (comme son opus précédent : "Under the Volcano"), avec plus ou moins de bonheur, se lança donc dans ce qui deviendra son dernier film. La sortie des grands metteurs en scène fut parfois Honorable (Ford, Lang, Walsh, Hawks, Visconti, Kubrick), souvent très moyenne (Minnelli, Renoir, Duvivier, Kurosawa, Fellini, Wilder), consternante pour Chaplin. Huston partage avec Kenji Mizoguchi (Rue la honte) le fait de terminer sur un chef d’œuvre. Œuvre familiale avec son fils est au scénario (sa seule réussite à mon sens, tendant à prouver que le réalisateur s’est sérieusement investi dans l'écriture) et qui offre à sa fille Anjelica son plus beau rôle. Elle est magnifique de grâce et de mélancolie dans un final sublime. Ce final suit un dîner de fin d’année durant un peu moins d'une heure ou chaque petite scène est un tout et forme un point d’un tableau pointilliste dont les aller-retours entre les personnages construisent un récit fascinant, charnel et grave, mais sans être jamais, ni pesant, ni démonstratif. Le tout habillé avec une partition et des choix musicaux d’Alex North, exceptionnels de justesse. Avec une élégance toute Minnellienne, Huston parvient à se hisser auprès des plus grands moments du cinéma de Visconti, réussissant ainsi où Antonioni échoue avec les plans séquences étirés jusqu’à la désincarnation. A la vision de ce chef d’œuvre, le déroulé de 83 minutes amène un immense regret en forme de question : Huston aurait-il adapté davantage d’écrits de James Joyces, son écrivain préféré ?