Le Star Wars français ?
La soupe aux choux a longtemps été considérée comme un navet. Ce n’est plus tellement le cas aujourd’hui, mais moi, j’ai toujours eu un attachement à ce film.
Déjà petit, les petits vieux qui pètent et l’extra-terrestre qui communique en faisant le dindon, ça me faisait rire.
Mais c’est à l’adolescence, quand je me suis procuré le DVD, que j’ai redécouvert le film. Et je l’ai trouvé autant drôle que mélancolique. Aujourd’hui, je le trouve amusant et assez triste. Fataliste même. J’aime le portrait que fait le film de cette vieille France pratiquement disparue aujourd’hui : des gens simples et chaleureux, proches de la terre, avec leur parler. Parler qui me fait beaucoup rire d’ailleurs. Les dialogues sont savoureux.
Indirectement, le film évoque la fin de vie. Et il l’évoque très bien, en posant les bonnes questions. Nos deux campagnards, interprétés par Louis de Funès et Jean Carmet, jouent les derniers représentants d’une ancienne France face à la modernité. Ce film est certes une comédie, mais il parle d’extinction. Serait-ce le Red Dead Redemption français ?
OK, l’aspect science-fiction du film est… discutable. Mais il colle bien avec le ton très vieille France du film. On sent qu’il n’y a pas de grandes compagnies d’effets spéciaux, et même pour l’époque, ils paraissent dérisoires comparés à Star Wars, Alien et 2001 : l’Odyssée de l’espace. On sent aussi que ça a été fait par des gens qui ne connaissent rien à la science-fiction, mais qui n’ont pas de mépris pour le genre. Je me demande si ça avait été fait sérieusement, à l’anglo-saxonne et avec des moyens, si le film aurait eu le même charme ? Je ne pense pas que ça aurait fait un meilleur film, bizarrement. Et la soucoupe qui ressemble à un Lego me fait quand même bien marrer.
En tout cas, j’aime beaucoup le personnage de Louis de Funès : un bon gars simple, qui a le cœur d’accueillir un étranger sous son toit, et dont la première réflexion est de se dire qu’il doit avoir faim. Alors il partage sa bonne soupe aux choux avec lui. C’est une humanité qui me paraît extra-terrestre, alors que ça devrait être naturel de s’inquiéter pour autrui. Il a même la force de pardonner à son meilleur ami.
Et franchement ça aurait dû être le dernier film avec Louis de Funès. Le personnage qu'il incarnait, le Glaude, lui tenait à cœur, le projet du film lui tenait à cœur, et la dernière image de lui dans le film aurait été un au revoir parfait.
Un petit mot sur la musique : quoi qu’on en pense, elle est mémorable. Mémorable dans le sens où on la retient et où on la reconnaît.
Je ne considère pas La soupe aux choux comme un chef-d’œuvre ou un grand film, mais il m’est cher, car il me rappelle mes grands-parents et arrière-grands-parents qui parlaient comme les deux campagnards du film. Et il me rappelle aussi les histoires de mes parents à la campagne dans leur enfance.
La soupe aux choux me fait vivre par procuration une époque que je n’ai pas connue, mais dont certaines valeurs me parlent… et je ne parle pas de celles du pinard.