Loin des fresques épiques et des champs de bataille saturés, Amrum propose une immersion rare et nécessaire dans la psyché allemande de la fin de la Seconde Guerre mondiale. À travers une narration épurée, le film explore le quotidien de Nanning, un adolescent dont le monde s'écroule en même temps que l'idéologie qui l'a forgé. Le film repose intégralement sur les épaules de son jeune interprète, dont le jeu d'une justesse désarmante incarne toute la dualité de cette jeunesse sacrifiée. Entre sa volonté farouche de plaire à une figure maternelle toxique et son instinct de survie, il porte le film avec une présence magnétique. La relation mère-fils est le cœur névralgique du drame : face à une mère dépressive, incapable de survivre à la chute du mythe hitlérien, l'enfant devient le pilier d'un foyer en déliquescence. Le long-métrage s'inscrit dans une tradition de cinéma réaliste, où la débrouillardise du quotidien (la quête de nourriture, la pêche, les privations) prend une dimension presque rituelle. Ce réalisme est toutefois transcendé par une photographie d'une grande poésie : les paysages de l'île, les décors naturels de la mer du Nord ne sont pas de simples arrière-plans, ils participent activement à l'atmosphère pesante et mélancolique de l'œuvre. La beauté sauvage de la lagune vient heurter la noirceur du contexte historique, créant une tension permanente entre la pureté de la nature et la corruption de l'âme humaine par l'endoctrinement. Sans chercher l'esbroufe des "grands films" de guerre, Amrum réussit là où beaucoup échouent : filmer l'intime dans l'Histoire avec un grand H. C'est une œuvre simple, pesante, mais habitée par une grâce visuelle qui en fait une curiosité indispensable pour qui s'intéresse au traitement cinématographique de l'autre côté du front. 17/20
Ce film est exceptionnel : la véracité de l’histoire, réelle, de la vie sur une île allemande à la fin de la Seconde Guerre mondiale, de la beauté, des paysages et de la dureté de la vie, où tout manque : la farine, sucre, le beurre, le miel et la viande. La mise en scène est absolument phénoménale, je recommande chaudement ce film.
Cette fiction comportant une part biographique montre la fin de la seconde Guerre mondiale vue par un garçon, un jeune Allemand de Hambourg réfugié sur une île de la mer du Nord. La réalisation est soignée, avec de beaux paysages littoraux, à marée haute comme à marée basse.
Le principal intérêt est le portrait des habitants de l'île, plus ou moins nazis, plus ou moins désireux d'aider leur prochain. Localement, les tensions politiques ne sont pas les seules à signaler. Certains villageois tiennent à se distinguer des habitants du "continent", qu'ils perçoivent presque comme des étrangers, d'autant qu'ils parlent une forme d'allemand légèrement différente de la leur. Que dire alors des réfugiés débarquant de Prusse orientale ou de Silésie (fuyant l'avancée de l'Armée rouge), qualifiés de Polonais...
Le jeune garçon est un peu perdu dans toutes ces histoires d'adultes. Lui va se concentrer sur le bien-être de sa mère (une fervente nazie... mais c'est sa maman). Il se met en tête de lui faire manger du pain blanc au beurre et au miel, une rareté en ces temps de pénurie.
Le film montre de manière habile les efforts déployés par le garçon, spoiler: dans une ambiance qui semble se détériorer... avant de s'améliorer ?
La minuscule île d'Amrum, au large du Schleswig Holstein, vit en avril 1945 les dernières heures du IIIème Reich. La majorité de la population accueille avec joie la fin du régime ; mais pour Hille, qui attend son quatrième enfant et dont le mari, idéologue nazi, est en captivité, c'est un monde qui s'écroule. Nanning, son fils aîné, regarde le monde des adultes et, pour faire plaisir à sa mère, se met en tête de lui trouver une tartine de pain blanc, de beurre et de miel.
Né en 1935, Hark Bohm, acteur fétiche de Fassbinder sous la direction duquel il tourna une dizaine de films, avait écrit ce scénario en partie autobiographique. Mais la maladie et la mort le rattrapèrent et c'est Fatih Akin, le réalisateur germano-turc de "De l'autre côté" et de "Golden Glove", qui a pris les rênes du projet.
Présenté à Cannes, le film arrive sur les écrans précédé d'excellentes critiques. Une amie cinéphile au goût très sûr vient même d'en faire son film préféré de l'année. Aussi j'en attendais beaucoup, suspendant jusqu'au dernier jour de l'année la publication de mon Top 10 2025 dans l'espoir qu'il s'y glisse peut-être.
Je suis resté sur ma faim. Certes, les paysages sont magnifiques, filmés sous le soleil rasant de la fin de l'après-midi ; mais on les as déjà vus dans plusieurs films récents tels que "La Leçon d'allemand", "Paula" ou "Les Oubliés". Certes, Fatih Akin a poussé l'authenticité jusqu'à utiliser un dialecte frison quasiment tombé en désuétude. Certes le gamin qui joue le rôle de Nanning fait correctement son travail ; mais il ne réussit pas à faire oublier l'inoubliable héros du "Tambour" de Schlöndorff. Certes la chute du IIIème Reich met les personnages de cette histoire, ainsi des figures opposées de la mère de Naninnng et de la solide paysanne interprétée à contre-emploi par Diane Kruger, face à des choix cornéliens.
Mais le film choisit un fil - la quête par Nanning d'un peu de farine, de miel et de beurre pour faire un cadeau à sa mère qui relève de couches - trop ténu et trop simpliste. Ce prétexte est l'occasion pour Nanning de faire le tour de l'île et d'y faire plusieurs rencontres déterminantes. Le procédé devient vite répétitif et laborieux. L'ennui s'installe.
Bien qu’un peu long parfois, ce film ne laisse pas indifférent. Cette enfance allemande à la fois marquée par une certaine dureté reste une œuvre tendre , poétique qui ne laisse pas indifférent. Beaucoup de messages à décoder tant cette guerre laissera des marques indélébiles par sa cruauté et sa folie. Manning reste une victime innocente de combats qui le dépassent !
Ai vu « Une enfance allemande - Ile d’Amrum » de Fatih Akin. Quel dommage de finir l’année par un des pires films que j’ai vu cette année sur 160. Des nuits américaines improbables, des ralentis insupportables, des cadrages chichiteux. Comme le scénario est plus que ténu pour remplir les 90 minutes, nous avons droits à des gros plans sur des abeilles, coccinelles, sauterelles, ainsi que la mise à mort d’un lapin, dépeçage en gros plan compris, et celle d’un phoque qui n’avait rien demandé. Le scénario est une sorte de « Petit Chaperon rouge », où Nanning 12 ans (Jasper Billerbeck pas toujours très juste) vit avec son frère, sa tante et sa mère enceinte (Laura Tonke monolithique) sur l’ile d’Amrum au large de l’Allemagne dans les derniers jours de la guerre. Tous les allemands ont compris que la guerre était perdue, d’ailleurs Hitler vient de se suicider… mais la mère de Nanning monstre d’égoïsme en plus d’être Nazie qui dénonce ses voisins, a des envies de pain blanc, de beurre et de confiture. Comme il n’y a presque rien à manger, Nanning va troquer des objets et du travail pour offrir à sa mère une tartine tant désirée. Le père absent est un des officiers de la Wehrmacht. Evidemment j’ai bien compris que le film se situait entre le conte et le récit d’apprentissage, mais tout est filmé au premier degré, et j’ai souvent eu l’impression qu’il se destinait à des enfants de 8 ans, sauf que la moyenne d’âge des spectateurs était d’environ 70 ans. Les yeux écarquillés en gros plans quand Nanning comprend la différence qu’il y a entre les réactions de sa mère hurlante et celles des autres insulaires dansants à l’annonce de la défaite sont à l’image de ce film simpliste. Tout est schématique au niveau du scénario qui manque foncièrement de nuance et à l’image tout sonne faux dans une reconstitution très propre et aseptisée. Aucune émotion si ce n’est un agacement intense à la sortie de la projection.
Joli film, offrant une belle bouffée d'air frais! L'histoire, touchante, est celle d'un garçon de 12 ans, à la fin de la guerre, perdu entre ce qu'on lui dit, et ce qu'il voit. Son acharnement à faire plaisir à sa mère est émouvant. Les images sont magnifiques, le dépaysement est garanti. Un bon moment.
Le sujet est intéressant et au delà du personnage central, on voit comme une communauté en marge de la guerre en subit ́les affres à distance. Mais j'ai trouvé le film trop descriptif pour être bouleversant.
Film vu en VO. Je ne parle pas un mot d'allemand mais aucun problème pour suivre, comprendre, être en empathie avec le jeune adolescent. La quête qu'il mène, pour sa maman, lui enseigne les dessous d'histoires de famille. C'est une jolie manière de nous prendre par la main. L'année de termine bien avec cette œuvre, que je recommande bien évidemment.
Regard d’un enfant sur la fin de la seconde guerre sur une île allemande de mer du Nord. Fils ainé, il se démène pour confectionner un petit pain blanc pour sa mère, qui vient d’accoucher. Filmé avec subtilité dans de très beaux paysages !
Un film référencé drame et guerre. Un drame oui, en ce sens les difficultés de la vie quotidienne, les tensions parfois dans la population pour survivre (se nourrir) tant bien que mal. La guerre, pas vraiment sauf en fond, car elle est loin de cette île simplement survolée par les avions alliés allant bombarder l’Allemagne en ces derniers jours avant la chute du régime. L’appareil politique et son embrigadement de la population, y compris des enfants (les jeunesses hitlériennes) sont quand même présents là-aussi sur ce bout de terre. Le propos a sans doute du sens pour un public allemand. Beaucoup moins pour le public d’ici, trop éloigné des tenants et aboutissants sinon de ce que tout un chacun a retenu de l’Histoire mais sans le détail d’une vie somme toute rurale dans une île isolée en Mer du Nord. Une île qui accueille les réfugiés déplacés du Reich peu à peu grignoté par l’avancée des forces soviétiques, lesquelles ne sont dans les dialogues plus qu’à 50 km de Berlin. C’est dire que c’est la fin. Le scénario fournit une date repère : le 30 avril 1945, mort d’Adolf Hitler. Réfugiés qui, quoique réputés et revendiqués Allemands par le régime, sont perçus comme des étrangers (des Polonais) qui devraient rentrer chez eux. Toutes choses dont le spectateur d’ici ne va pas forcément palper les nuances.
un film austère, mêlant une forme de poésie et cruauté narrative qui nous fait partager le regard d'un enfant de 12 ans sur la fin de la guerre et abordant à contre-plan toutes les facettes du nazisme : l'encadrement des enfants, la délation, l'absence des hommes, la faim, l'antisémitisme, les réfugiés.. tout ça vu de l'île d'Amrun, en mer Baltique, froide, aride, battue par la pluie et les vents, une île de pécheurs et baleiniers, où l'on parle un dialecte germanique, où les habitants sont partagés entre fidélité au nazisme et empathie vis à vis des américains dont font partie nombre d'émigrés de l'île et libetrtté de pensée t d'expression, malgré la police. Le jeune garçon qui se démène comme un diable pour trouver, denrées rares, du pain blanc, du beurre et du miel dont rêve sa mère qui vient d'accoucher et refuse de s'alimenter depuis qu'elle a appris la mort d'Hitler;... le jeune va, au gré de cette quête, découvrir des secrets de sa famille et nous faire côtoyer des personnages attachants, comme ces femmes fermières, ce grand père chasseur de phoque, cet oncle nazi;.. Film grave et beau, prenant et joliment tourné dans des paysages sauvages et envoutants
Maladresse sur le final et quelques sentiments exagérés, justesse manquante. Toutefois joli cadre et scénario sur une échelle de temps peu connue qui est intéressant
Ce qui frappe dans Une enfance allemande – Île d’Amrum, 1945, c’est la manière dont la guerre est traitée comme un bruit de fond. Fatih Akin ne filme ni les combats, ni les idéologies, ni même les ruptures spectaculaires de l’après-guerre. Il filme l’attente, la fatigue, la répétition des jours identiques. Cette approche, volontairement anti-spectaculaire, confère au film une forme de dignité austère, mais aussi une certaine neutralité émotionnelle. Le scénario suit un chemin balisé : l’enfant confronté trop tôt aux responsabilités, la fin d’un monde ancien, l’apprentissage douloureux de l’autonomie. Rien de faux ici, mais peu de surprises. Diane Kruger, pourtant actrice d’une grande finesse, semble sous-exploitée, cantonnée à une présence discrète qui ne parvient jamais à densifier véritablement le récit. Les tensions qui émergent après l’arrivée de la paix restent esquissées, comme si le film craignait d’aller trop loin dans la complexité morale. Le regard d’Akin se veut humaniste, mais il manque parfois de tranchant. Là où l’on attendrait une mise en perspective plus courageuse sur l’héritage allemand, le film se replie sur l’intime. Ce choix n’est pas illégitime, mais il laisse une impression d’inachèvement. On sort du film avec le sentiment d’avoir traversé un fragment de vie, sans que celui-ci ne résonne pleinement au-delà de son cadre immédiat.