Je le jure suit un procès d’assises en appel après la condamnation à 12 ans de prison, en première instance, d’un jeune pyromane ayant provoqué la mort d’un pompier intervenant sur l’un de ses incendies.
L’intérêt particulier de ce film, relativement aux huis-clos judiciaires récents, est d’éluder la question de la culpabilité - déjà établie par l’aveu du prévenu - pour se concentrer sur le choix de la peine.
La Présidente de la Cour d’assises, jouée avec grande justesse par Marina Foïs, est au centre d’un procès qui voit se confronter la colère de l’accusé, la tristesse de la famille de la victime, l’arrogance des experts, l’agressivité de l’avocate générale, le désespoir des témoins, le bruit médiatique et les opinions diverses et souvent excessives des membres du jury. En observant son attitude et en écoutant ses discours, nous nous rendons compte de la qualité humaine de ces juges d’exception, qui ont entre leurs mains le dernier recours avant la sanction définitive.
Avec patience, pédagogie, humilité et fermeté, la magistrate amène ce petit monde à remettre en cause ses préjugés sur la justice, et à comprendre que choisir une peine, ce n’est pas mesurer la gravité d’un acte, ni venger une victime, mais évaluer le temps nécessaire pour protéger la société d’un danger immédiat, tout en laissant un espoir suffisant au condamné, de sorte qu’il ait une raison d’entamer un travail de réinsertion pour prévenir la récidive.
En effet, aucune peine ne serait assez lourde pour satisfaire à la loi du talion : la peine de mort est interdite, la perpétuité non prévue par le code pénal pour la plupart des crimes - son exécution ne serait d’ailleurs pas garantie - et il est impensable d’évaluer la valeur d’une vie humaine en nombre d’années passées derrière les barreaux.
De plus, s’il s’agissait de choisir une peine-sanction, celle-ci ne ferait que décaler la récidive : dans 10, 15 ou 30 ans, il recommencerait.
Dans l’intérêt de la société, il faut donc trouver la peine juste, qui permette de faire un pas vers le délinquant pour ouvrir la voie à une réhabilitation, sans quoi la récidive est certaine. Cela est d’autant plus vrai en appel, puisque le prévenu demande une peine moins sévère que celle qui a été prononcée en première instance.
Or, convaincre le jury que la peine la plus lourde n’est pas la solution est complexe, surtout lorsque l’accusé a un comportement explosif, que la famille de la victime pleure à la barre, et que la procureure pointe avec éloquence les nombreuses raisons d’alourdir la peine. Mais tel est le rôle de la Présidente : tenter de maintenir un équilibre précaire qui permette au mis en cause d’avoir l’opportunité de montrer sa capacité à se remettre en question, aux proches de la victime de sentir que la reconnaissance de leur souffrance n’est pas corrélée à la dureté de la peine, et au jury multiple qui ne partage pas, a priori, cette conception humaniste et rationnelle de la justice, de faire un choix raisonnable.
Par la simplicité parfaitement maîtrisée de sa réalisation, le film nous convainc, petit à petit, aux côtés des membres du jury, que rendre la justice, c’est d’abord tendre la main à un homme exclu de la société ; c’est parvenir à lui montrer que l’on croit en sa capacité à revenir du déshonneur. Pour autant, il faut reconnaître que même en se laissant persuader, nous avons peine à croire que des années passées dans une prison surpeuplée, sans accompagnement psychologique sérieux ni parcours de réinsertion efficace, permettraient réellement le travail sur soi censé être rendue possible par une peine juste. Mais si l’on n’y croit plus, que reste-t-il ?