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Il y a des films qui trottent, d'autres qui galopent. Et puis il y a Lads, qui observe, les sabots enfoncés dans la glaise, les tensions cadenassées dans les regards. Julien Menanteau y pratique une chirurgie sociale : inciser doucement, sans anesthésie, pour observer les cicatrices.
Ici, point de lyrisme équestre. Les chevaux ? Hors-champ, ou presque. Ce qui intéresse Menanteau, ce sont les hommes, leurs rapports de force, leurs corps usés avant l’âge. À commencer par Ethan, interprété avec une intensité contenue par Marco Luraschi : silhouette maigre, yeux qui fuient, parole rare. L'élégance d’un mutisme chargé de tout ce qu’il ne dira jamais.
Jeanne Balibar, hiératique et flottante, incarne Suzanne avec un mélange de froideur clinique et d'affection ambiguë. Face à elle, Marc Barbé est Hans, contremaître taiseux, presque minéral, autorité silencieuse dont la voix semble peser une tonne à chaque syllabe. Phénix Brossard, en Lucas, désarme par sa vulnérabilité. Comme s’il avait lu trop tôt la fin du scénario de sa propre vie.
La mise en scène, sèche et précise, pourrait rappeler celle de Brizé – sans le prosélytisme. Julien Ramirez Hernan signe une photographie de l’ombre, toute en demi-teintes, tandis que Manon Falise découpe le temps avec cette cruauté calme qu’ont les montages sobres.
C’est un film qu’on pourrait croire froid, mais il brûle doucement. Il vous laisse avec cette impression étrange : celle d’avoir assisté à un combat sans coups, à une guerre des silences.
Un film rare. Comme une course truquée, où l'on ne cherche pas le vainqueur, mais celui qui tiendra le plus longtemps sans parler.