Il fut célébré de temps à autre comme un cinéaste indépendant essentiel avec son ‘Déclin de l’empire américain” en 86 ou ses ‘Invasions barbares’ en 2003…mais depuis près de vingt ans, Denys Arcand est plus ou moins retombé dans l’anonymat en dehors de son pays natal, ses films n’attirant plus qu’une poignée de cinéphiles vieillissants (et de plus en plus rarement convaincus par ses oeuvres). Son dernier film, ‘Testament’, va inévitablement diviser, même au sein d’une fan-base plus réduite que jamais, en ce qu’il constitue justement une sorte de “testament” pour un réalisateur qui, à l’âge avancé qui est le sien, ne semble plus voir la nécessité du filtre lorsqu’il traite des vaches sacrées de la sphère sociale et culturelle québécoise. Il n’est pas interdit de voir dans le personnage de Jean-Michel Bouchard un avatar désabusé d’Arcand qui observe, mi incrédule mi sardonique, le monde qui l’entoure. Hygiénisme à tout crins, langue de bois et cynisme politique, impressionnants travaux d’experts conduisant à des décisions stupides, rectitude morale et purisme hypocrite : c’est ce dernier point qui constitue le coeur narratif de ‘Testament’, par ailleurs construit de manière assez lâche, sur de courtes vignettes absurdes : des représentants autoproclamés des Premières Nations, même pas indigènes, exigent la destruction d’une fresque représentant la première rencontre entre Européens et Amérindiens. ‘Testament’ prend un malin plaisir à démonter par l’absurde les obsessions actuelles pour une pseudo justice historique, cette manie de la pureté et d’une cause à défendre, fut-ce au moyen de méthodes qui vont de l’absurde au détestable, et desservent totalement l’objectif poursuivi. Feel-good movie assumé, puisque ce vieil homme discret, convaincu d’avoir mené une vie sans éclat et sans but, s’efforce simplement de faire du bien, à son niveau, autour de lui, ‘Testament’ fait aussi preuve d’un humour à froid, nettement plus subtil que ce à quoi on est désormais habitué en matière de comédie.