Fermer les yeux
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CloakBack
CloakBack

6 abonnés 347 critiques Suivre son activité

2,5
Publiée le 5 mars 2026
Fermer les yeux avance comme une enquête mélancolique autour d’une disparition et de la mémoire laissée par les images. J’ai reconnu la profondeur du projet sans réussir à entrer pleinement dans son rythme.

Avant de le voir, il faut savoir qu’il marque le retour au long métrage de fiction de Victor Erice après plus de trente ans d’absence. Figure rare du cinéma espagnol, Erice privilégie un style contemplatif attentif aux silences, aux lieux et aux traces du passé plutôt qu’à l’action. Tourné en Espagne dans des décors réels avec une mise en scène très épurée, Fermer les yeux s’inscrit dans une tradition d’auteur méditative. Il vaut mieux l’aborder comme une œuvre tournée vers le temps et la mémoire que comme un récit narratif classique.

Le film explore d’abord la disparition et ce qu’elle laisse derrière elle. À travers une enquête menée des années plus tard, il interroge la trace que les individus laissent dans la mémoire des autres. Les souvenirs apparaissent fragmentaires, faits de récits incomplets et d’images dispersées. Le cinéma devient alors une forme d’archive capable de préserver une présence lorsque les personnes ont disparu.

Fermer les yeux s’intéresse aussi au temps et à l’identité. Les personnages se confrontent à un passé qui ne subsiste plus que par fragments. Le film suggère que l’identité se construit en partie à travers ces traces et que le cinéma peut en devenir le relais lorsque la mémoire humaine s’efface.

Face au film, je dois reconnaître que je ne suis sans doute pas le public cible de ce type de proposition. J’en perçois pourtant les qualités. La réflexion sur le cinéma lui-même, le travail sur le temps et la mémoire, la maturité de la mise en scène ainsi que la dimension presque testamentaire du projet témoignent d’une œuvre pensée avec cohérence.

Cependant, je n’ai pas passé un très bon moment devant le film. Le rythme très lent, la narration diffuse et surtout la durée demandent une patience que je n’ai pas toujours réussi à mobiliser. Je comprends que ces choix font partie de l’expérience recherchée, mais ils m’ont tenu à distance et je dois avouer avoir manqué de m’endormir à plusieurs reprises.

Fermer les yeux reste une œuvre sincère et réfléchie sur la mémoire et le cinéma. J’en respecte la démarche et la maturité, mais l’expérience m’a laissé davantage admiratif de l’intention que réellement touché.
soniadidierkmurgia

1 435 abonnés 4 337 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 15 novembre 2025
Victor Erice aujourd’hui âgé de 85 ans est un cinéaste espagnol rare et précieux, devenu culte grâce à son premier film réalisé en 1973. Tourné alors que le régime franquiste aborde la dernière ligne droite d’un règne sans partage de près de 40 ans, « L’esprit de la ruche » dont l’intrigue s’enroule autour de la projection dans un petit village castillan du célèbre « Frankenstein » (1931) de James Whale, aborde de manière poétique teintée de fantastique, les peurs nées du monde imaginaire de l’enfance souvent amplifiées par une carence affective. La petite Ana (Ana Torrent) qui s’est persuadée que le monstre de Frankenstein existe va se mettre à sa recherche, entamant un parcours initiatique qui la conduira sur le chemin de l’adolescence. Le film primé au Festival de San Sébastian en 1973 sera projeté lors de la semaine de la critique au Festival de Cannes l’année suivante.
La production très limitée de Victor Erice ne tournant que deux autres films en cinquante ans (« Le sud » en 1983, « Le songe de la lumière » en 1992) renforce sans aucun doute le culte autour de « L’esprit de la ruche » à travers le mystère qui a fini par nimber la personnalité du réalisateur. C’est donc à 83 ans qu’il se lance dans la production de son quatrième film bâti autour d’une histoire originale imaginée par Erice et Michel Gastambide. L’avant-première du film a eu lieu à Cannes en 2023.
Encore une fois Erice dénote par un style qui lui est propre où la poésie et la nostalgie du temps qui passe sont parties intégrantes du film. « Fermer les yeux » se singularise par un incipit particulièrement intrigant, voyant Erice user avec maestria du procédé spoiler: souvent périlleux du film dans le film. Digne des grands films noirs des années 1940 et 1950, une conversation plus que mystérieuse entre un quidam (José Coronado) visiblement au bout du rouleau et un vieux juif séfarade (Josep Maria Pou ici digne du grand Orson Welles) au sujet de la disparition d’une jeune fille qu’il faut retrouver en se rendant à Shanghai (!), prendra par la suite tout son sens. Ce qui n’est que la première scène d’un film nommé « Le regard de l’adieu » jamais terminé sert donc de base pour introduire une émission dont la déclinaison française était à la même période (de 1990 à 1997) symbolisée par « Perdue de vue » où Jacques Pradel partait à la recherche de personnes disparues. Miguel Garay (Manolo Solo), le réalisateur de ce film inachevé est contacté par l’animatrice vedette d’une chaine chaîne TV de grande audience pour aider à retrouver Julio Arenas (Jose Coronado), l’acteur principal du film disparu en plein tournage sans que personne n’ait jamais eu de ses nouvelles depuis 18 ans. Miguel Garay dont la carrière s’est quasiment arrêtée à la suite de ce film inabouti
vit chichement dans un bungalow sur la côte andalouse. spoiler: Son passé douloureux réactivé, il va poursuivre seul les recherches et remonter dans son propre passé et celui de celui qui fut son ami de jeunesse. Avec les souvenirs remontant à la surface arrivent bien sûr les questions qui les accompagnent liées au manque d’attention portée à l’époque à un ami peut-être en rupture de ban derrière la façade clinquante du succès.

La caméra de Victor Erice prend son temps pour scruter avec délicatesse les détails du quotidien de vies chamboulées par cette disparition soudaine inexpliquée et se déroulant un peu au ralenti depuis que les années ont passé. Le questionnement qui anime Miguel Garay ne nous est peut-être pas étranger comme à Victor Erice, nous demandant parfois sans jamais oser aller plus loin ce que sont devenues les amitiés ou personnalités marquantes qui ont jalonné nos vies. C’est autour de toutes ces interrogations teintées de nostalgie qu’est joliment construit le film d’un réalisateur qui aura eu le privilège aux deux extrêmes de sa carrière d’offrir au spectateur deux films prouvant à l’image du grand Charles Laughton avec « La nuit du chasseur » que le statut de réalisateur passant à la postérité peut se construire à partir d’une œuvre très ramassée et parfois d’un seul film marquant. Notons la présence émouvante d’Ana Torrent qui jouait la petite fille héroïne de « L’esprit de la ruche ».
Anne Daubert
Anne Daubert

1 critique Suivre son activité

5,0
Publiée le 28 octobre 2024
Un film. bouleversant sur la recherche d'un ami dont la disparition reste une énigme, qui est aussi un vibrant hommage au cinéma. Victor Erice retrouve Ana Torrent qu'il avait fait découvrir dans L''esprit de la Ruche, et s'entoure.des meilleurs acteurs espagnols . Les images sont magnifiques. Un vibrant hommage du réalisateur au cinéma .
LARSEN
LARSEN

5 abonnés 38 critiques Suivre son activité

0,5
Publiée le 30 janvier 2025
Du cinéma vaseux vu à travers la lentille d'un poisson mort. La teinte est glauque et verdâtre jusque dans les propos des personnages alcooliques, insipides et au charisme inexistant.
C'est un film à posture intellectuelle qui pose et ne remue rien.
La vieillesse est un naufrage certes mais ici tout est vieux et sans ressort, sans aucun humour non plus, une blague sur les embouteillages ne sauve rien et ne vous oblige pas à y rester tant elle évoque le film lui-même engonçé et sans ressort dramatique. C'est l'enlisement qui vous attend.
Un cinéma de ruine et de défaite? Parfait mais alors qu'il y aille franchement au lieu de bavarder sans discontinuer..
Il y a même une pointe de racisme incarné dans le personnage caricatural du domestique chinois tout droit sorti d'un album de Tintin "Le lotus bleu" (je ne spoile rien et c'est anecdotique).
Tout sonne faux et mou, les poches sous les yeux du personnage principal épuisées par tant de fadeur alcoolique et solitaire en témoignent, ne soulèvent aucune empathie et finissent par agacer.
Fallait t'il 2h40 de ce pensum pour nous rappeler l'échec global de cette histoire autocentrée et sa pseudo mise en abîme : à savoir l'échec complet du film. (je ne spoîle rien ici non plus)
Pourquoi ce délire dithyrambique et unanime de la part de la critique? Incompréhensible!
C'et engouement unanimei m'a amené à regarder ce pudding avarié et je ne comprends vraiment pas quelle pépite y trouver. Je n'ai sûrement rien compris à tant de subtilité noyée d'ennui.
tuco-ramirez
tuco-ramirez

166 abonnés 1 777 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 3 octobre 2024
1947, dans une vieille et élégante bâtisse dans un parc arboré sous un temps automnal, un vieux monsieur reçoit un homme qu’il mandate avant de passer à trépas pour retrouver une fille sur une photo. Cette fille est la sienne et a été kidnappée par sa mère et emmenée en Chine depuis de longues années.
Et hop, nous voilà en 1990 ; la scène qui vient de se jouer est la scène d’un film inachevé après la disparition mystérieuse, car subite, de l’acteur jouant le détective. Acteur volatilisé et jamais retrouvé. Un film dans le film, une mise en abime du cinéma ; là, on comprend que ça va être un film de cinéphile se regardant le nombril… oups, regardant le cinéma.
Et hop nous voilà en 2012, une chaine de télévision réalise un programme enquête en vue de retrouver l’acteur et de comprendre cette disparation. Pour cela, on nous propose de suivre le réalisateur du film maudit et ami de jeunesse de l’acteur disparu. Ce film va se dérouler durant presque trois très, très très longues heures pour nous amener à découvrir le passé de ces deux-là : histoire de femmes, d’amour, enfant mort,… pour un suspense super artificiel et daté. Outre le temps automnale, ce film dépressif est poussiéreux et daté ; une impression d’un film sorti du passé. Le vieux metteur en scène (83 ans), avare en film (son 4ème long métrage seulement !!!), convoque Bunuel, mais rien n’y fait, son cinéma sent la naphtaline. La parabole entre le réalisateur de la fiction Victor Erice, ses difficultés à produire ses films, sa tentation de se retirer du monde, sa foi inébranlable dans le pouvoir démiurgique des images et les deux personnages du réalisateur, qui part à la recherche de son acteur évanoui, et de l’acteur qui, dans le film, était chargé de retrouver l’enfant disparu d’un vieillard moribond est vite comprise. Cette figure de style ne suffit pas à faire 2h49 de film.
Une ode au cinéma poussiéreuse et monotone qui parvient à nous faire tenir artificiellement les trois heures par une intrigue tout de même très légère. Même les cinéphiles risquent de s’ennuyer ferme. Un engouement de la critique que l’on du mal à s’expliquer
TOUT-UN-CINEMA.BLOGSPOT.COM
romain p.
romain p.

11 abonnés 52 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 20 juin 2024
Un film de Bella Tarr peut durer le double, être plus radical, et pour autant être bien plus passionnant et donner l'impression que la durée se justifie par les effets produits. Ici, la durée semble surtout paresse et prétention et les émotions sont bien réduites... Certaines scènes s'étirent sans justification, selon moi, et c'est d'autant plus dommage que le début était si prometteur ! A certains moments j'ai pensé à La Flor, film fleuve espagnol de plus de dix heures (!) et qui reste absolument passionnant de bout en bout. Lenteur, contemplation, durée, ne sont pas en soi des qualités, il faut savoir en faire quelque chose.
Rod
Rod

23 abonnés 3 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 23 septembre 2024
Perte d'identité.
acceptation de l'ineluctabilité de la déchéance et de la mort
illusion vitale du pouvoir de l'art
Mirroir réalité/fiction
Hotinhere

790 abonnés 5 464 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 8 avril 2024
Un film testamentaire d’une douce mélancolie sur la quête de temps perdu, traversé de moments lumineux mais manquant de rythme surtout dans la première partie. La scène finale est magnifique. 2,25
Clntra
Clntra

41 abonnés 270 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 29 mars 2024
Film rigoureux et magnifique, renvoie dans son rythme à Dreyer. Histoire parfaitement maîtrisée et acteurs dont le jeu est sobre et juste Procure beaucoup d émotion.
weihnachtsmann

1 617 abonnés 5 728 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 3 mars 2024
Très beau film sur la mémoire.
Tout la première partie est sur la disparition. Comme une énigme, une enquête et la dernière partie, sur la reconquête. On trouvera ici le thème du film, le regard; car comme le dit le médecin, l’homme n’est pas que mémoire, il est aussi sensibilité.
Le rythme du film joue clairement en sa faveur.
Le temps est important pour découvrir qui on est vraiment.
Très beau.
Gentilbordelais

402 abonnés 3 539 critiques Suivre son activité

2,0
Publiée le 2 mars 2024
Une mise en place extrêmement longue, bavarde et confuse jusqu'à ce que l'objet devienne enfin concret. Puis, cette histoire de disparition prend du corps, suscitant de l'interêt. Pour autant, ce drame, au montage aléatoire, manque terriblement d'intensité et d'expression chez les personnages. Au regard de sa durée fleuve, la fin est expédiée, laissant le spectateur dans l'expectative et un certain agacement de ne pas lui livrer de vraie conclusion!
bbnut
bbnut

12 abonnés 79 critiques Suivre son activité

4,0
Publiée le 27 décembre 2023
Un film magnifique et très émouvant sur la mémoire, le cinéma et le temps qui passe. Comme disait Godard, "le cinéma n'est pas à l'abri du temps : il est l'abri du temps", et le film d'Erice le raconte avec une économie de moyens remarquable.
FaRem

10 571 abonnés 11 451 critiques Suivre son activité

3,5
Publiée le 26 décembre 2023
L'histoire d'un manque, d'une absence, d'un mystère jamais résolu, d'une part d'inachevé... À sa disparition, Julio Arenas, acteur qui s'est évaporé en plein tournage, a laissé un grand vide. Le film en question n'a jamais été terminé et ses proches n'ont jamais su ce qui lui était arrivé. L'un d'eux, Miguel Garay, son meilleur ami, a l'occasion de se replonger dans cette histoire lorsqu'il est contacté pour participer à une émission de télévision. Un regard nostalgique et douloureux sur le passé avec des souvenirs et des retrouvailles. "Cerrar los ojos" est un film sur la mémoire, l'oubli, le deuil, les souvenirs, mais aussi une réflexion sur le cinéma. Un art qui a cette merveilleuse capacité de figer le temps et de conserver les souvenirs. Une forme de protection contre le temps qui passe, un refuge au sein de quelque chose d'immortel. Un bon film n'est jamais trop long et celui-ci ne m'a jamais ennuyé. Une jolie histoire, de bons acteurs et une magnifique conclusion.
CREOTIVEMEDIA
CREOTIVEMEDIA

109 abonnés 287 critiques Suivre son activité

4,5
Publiée le 13 décembre 2023
Fermer Les Yeux", dirigé par le réalisateur vénéré Víctor Erice, est un retour remarquable après des décennies d'attente, marquant un tour de force cinématographique avec une richesse émotionnelle et une poésie délicate.

Le film plonge dans l'histoire intrigante de la disparition de Julio Arenas, offrant une immersion captivante dans un voyage nostalgique à travers le temps. Víctor Erice crée une atmosphère envoûtante dès le début, où les fantômes du passé hantent magnifiquement chaque scène, capturant l'intimité et la préciosité des souvenirs.

L'absence de générique initial et l'affiche énigmatique mettant en avant une jeune fille les yeux fermés induisent un mystère dès le départ. Erice guide habilement le spectateur à travers des séquences intimistes, mettant en valeur la performance remarquable des acteurs, notamment Manolo Solo et Jose Coronado, qui incarnent avec brio des personnages nuancés et attachants.

L'enquête menée par Miguel Garay, interprété par Manolo Solo, offre un délicat mélange entre le présent et le passé, évoquant une nostalgie teintée de tristesse et de curiosité. Les moments au sein de l'EHPAD et l'émission de télé-réalité élargissent la palette émotionnelle du film, bien que parfois éloignés de l'envoûtement initial.

Malgré quelques scènes finales qui pourraient sembler maladroites, le film maintient un climat doux et respectueux, porté par une réalisation discrète mais poignante. La présence d'Ana Torrent, présente dans le premier film d'Erice, ajoute une dimension nostalgique à cette quête poétique et délicate.

"Fermer Les Yeux" se révèle être une exploration de la mémoire, du temps et de la quête éperdue de retrouver ce qui a été perdu. Le film est une caresse pour les sens, offrant une poésie visuelle et émotionnelle qui capture le cœur du spectateur, même si par moments, on aurait souhaité rester davantage immergé dans cet univers presque onirique.

Fermer Les Yeux" est une lettre d'amour au cinéma, à travers laquelle Erice guide le public avec délicatesse et subtilité, offrant un dernier plan évocateur et poignant, invitant à refermer les yeux sur cette belle aventure cinématographique.
Patjob
Patjob

43 abonnés 755 critiques Suivre son activité

5,0
Publiée le 6 novembre 2023
La première scène du premier film de Victor Erice (L’esprit de la ruche) commençait par la projection d’un film. Ici bien plus encore, le film dans le film est fondamental : il produira, dans une scène d’anthologie, des interrogations sur la vie et sur la qualité de son art à l’un des protagonistes et une plongée dans sa mémoire et son identité à l’autre. En même temps que cette déclaration d’amour au cinéma, Victor Erice emmène le spectateur, sur fond de recherche et d’enquête, dans les méandres de cette identité et de cette mémoire. Il approche ses personnages avec délicatesse, finesse et bienveillance. Le film est tout entier d’une qualité exceptionnelle, et sa construction (idée de la disparition parallèle d’un personnage et de l’acteur, fausses pistes, correspondance entre la scène d’ouverture et celle de clôture, …) véritablement extraordinaire.
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