L’Engloutie a l’intelligence du genre, entendu à la fois dans son acception féministe et par son sens cinématographique : faire coïncider la monstruosité d’une ignorance qui qualifie justement de monstre l’institutrice venue à la frontière – tant géographique que symbolique – alors même qu’elle repose sur un ensemble spoiler: de superstitions, de légendes et de pratiques occultes à base de poulet ensanglanté, avec la monstruosité véritable d’une sorcière à la fois regardée comme telle par sa connaissance (une femme savante dans un milieu reculé) et incarnation d’une malédiction qui s’abat la communauté villageoise sinon tranquille. Aux secousses intérieures d’Aimée répondent tempêtes de neige et avalanches, faisant disparaître les jeunes hommes avec lesquels elle a entretenu une relation aussi fugace qu’intense. L’esthétique néo-naturaliste, association des mouvements du dedans et des paysages du dehors, contribue à l’incertitude ressentie devant un long métrage pudique et maîtrisé, à l’austérité cependant appuyée, que nous comprenons parfois comme une rétention à finalité auteuriste.
Un vrai saut dans l'histoire ! A l'heure où le cinéma français ne s'intéresse à l'histoire qu'au travers des grands événements et des grands personnages, Louise Hémon s'est intéressée à la petite histoire, celle d'une jeune institutrice envoyée dans les montagnes pour mener une mission d'alphabétisation. Le film est brut, sans artifices inutiles, sans effets de mise-en-scène ni switchs scénaristiques pour tenir le spectateur en haleine. C'est un film plein de neige, de sabots, de poussière et de paille. Mais le récit est fort, c'est celui de la mission égalitaire des instituteurs•trices de la IIIe République, de l'achèvement difficile de l'Etat-nation. C'est aussi la misère et la violence de la vie rurale qui sont rappelés. Galatéa Bellugi assure un rôle difficile avec brio et participe grandement à la réussite de ce conte d'un autre âge. Atypique et brillant.
En 1899 une jeune institutrice débarque dans une commune recluse des Hautes-Alpes percluse par des superstitions ancestrales. Mais dans ses bagages elle n’amène pas que son savoir. Film de montagnes à la lisière du fantastique et du sociologique, très intrigant. La scène du passage au nouveau siècle au son entêtant du drone-folk de la viole de gambe semble avoir été tourné par Le Caravage, â elle seule elle justifie la vision de ce film.
Dès les premières images, on sent le mystère qui va habiter cet étrange mais superbe film, avec l'arrivée d'une institutrice dans un village perdu dans les montagnes. Entre chronique sur l'arrivée d'une représentante des hussards noirs de la République ou conte fantastique teinté d'érotisme d'une possible ensorceleuse, les sons et la musique participent largement à l'envoûtement qui nous prend à la vision de ce très beau premier film.
Sur un scénario assez léger, film plus ethnographique que cinématographique. Vie & moeurs chez les hauts provençaux au tournant du XXème siècle. Pourquoi pas s'il y avait une dramaturgie adéquate. Mais l'hiver est long et le temps passe lentement...lentement. Ennuyeux.
Ce premier long métrage de cette réalisatrice raconte la vie difficile et rude de cette jeune institutrice à la fin du 19è siècle dans un petit village reculé du Briançonnais. Le film est bien réalisé avec une bonne exploitation de la lumière et son utilisation judicieuse pour les scènes nocturnes. Le scénario manque parfois d’un peu de clarté dans le déroulement du récit.
Bernard CORIC
(Film visionné en projection de presse le 28/11/2025 au Club Marbeuf)
En 1899, Aimée est une jeune institutrice républicaine, trop moderne pour le village isolé des Hautes Alpes qu’elle rejoint. Ses connaissances viennent frapper de pleins fouets les croyances et traditions transmises depuis toujours. C’est très bien réalisé et le scénarion est excellent.
Film évanescent sur une jeune institutrice qui s'en va enseigner à des enfants des montagnes dans les Alpes à la veille de 1900. La réalisation du film fait ressentir au spectateur le froid avec ces montagnes enneigées et l'isolement avec l'éloignement de l'école par rapport aux autres maisons et la position du village en altitude. Pour se réchauffer entre villageois, on se retrouve autour de la danse et la fête. Mais voilà que des faits étranges surviennent : un jeune homme disparaît puis un deuxième. La réalisatrice ne donne pas toutes les explications au spectateur et une part d'imaginaire intervient alors. Magie noire ou jalousie de la jeunesse ?
J'ai rarement vu un film qui m'a apaisée autant qu'intriguée. La réalisation est sublime , les images sont belles et nous plongent dans un décor montagneux qui appelle le mystère et le questionnement . J'ai trouvé le jeu d'acteurs somptueux et d'une rare authenticité . L'intrigue est également énigmatique et peut laisser perplexe . j'ai passé un excellent moment de cinéma .
E-POU-STOU-FLANT! ça fait bien longtemps - peut être même est-ce la première fois - que je vois un film pareil! nous avançons dans le récit avec notre corps tout entier, guidés par lui dans cette immensité blanche inquiétante et gelée où la puissance brulante du personnage principal, Aimée, nous fait vivre l’expérience de l’exil géographique, affectif et politique. On en sort sens dessus dessous. Wouahou!
L’image est belle surtout en intérieur. Mais pour un film il faut un scénario , une c’est réduit à sa plus simple expression. En court métrage de 30 min peut être . Quand à ceux qui s’extasient sur les images de montagnes …ils n’ont surement jamais été se promener l’hiver dans ces coins des hautes alpes ou cela a été filmé. La réalité est bien supérieure aux images redondantes du film .
Il y a dans L’Engloutie une ambition formelle indéniable. Louise Hémon filme la montagne comme une force abstraite, presque mythologique. La neige n’est pas seulement un décor, elle devient une matière narrative, un élément qui absorbe les conflits et ralentit le temps. Le film se déploie ainsi dans une temporalité étirée, contemplative. Cette approche sensorielle séduit dans un premier temps. Les images sont fortes, les sons étouffés, les silences lourds de sens. Mais progressivement, cette esthétique prend le pas sur le récit. Les personnages semblent se dissoudre dans le paysage, réduits à des silhouettes prises dans un dispositif visuel très maîtrisé. L’idée centrale — l’irruption de l’école, de la République, de la pensée laïque dans un monde isolé — reste étonnamment peu conflictuelle. Le film préfère la métaphore à la confrontation, au risque de neutraliser son propos. Même l’engloutissement annoncé agit davantage comme une abstraction que comme un choc émotionnel. L’Engloutie est un film exigeant, appliqué, qui témoigne d’un vrai regard de cinéaste. Mais cette exigence formelle se retourne parfois contre lui, laissant le spectateur à distance. Une œuvre prometteuse, mais inachevée dans sa portée dramatique. 9/20.
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Il faut le voir en prenant le temps de le déguster des yeux et des oreilles. Mais le goût l’odorat et le toucher ne sont pas en reste. Tous les sens s’en mêlent.
La rencontre entre deux mondes est subjuguante, surprenante et déconcertante. J’en suis sorti avec moins de certitudes et plus de questionnements. L’entrée dans un 3ème monde nous plongent dans un fantastique renforçant le tout. Tous les sens s’emmêlent.
Encadrant le tout, La montagne y est sublime dans ses couleurs, sa lumière, sa grandeur, mais aussi son grain de neige, comme de roche.
J’en conserve des images, des échos et des réflexions. Merci!