"Deux procureurs" est un film âpre retraçant le combat d'un jeune procureur pour faire porter la voix d'un prisonnier politique (et d'autres...), torturé en Union Soviétique sous Staline. Le cinéaste recrée la tension exercée à cette époque par la NKVD. Le jeune homme fraîchement nommé va se heurter au mépris des instances moscovites qui vont profiter quelque peu de sa naïveté malgré sa determination. Ce retour en arrière est nécessaire pour mieux comprendre la situation actuelle, son réalisateur Sergeï Loznitsa étant ukrainien. Un conseil, restez bien jusqu'à la scène finale de ce long métrage historique qui a fait l'ouverture de Cannes 2025 et glace les sangs.
Sergei Loznitsa a réalisé un film sombre et silencieux. Il aborde ici une période terrible de l'histoire russe, celle des grandes purges staliniennes. Une ère d'incroyable violence sous couvert de politique égalitariste. Le ton est juste et les acteurs sont formidables (en particulier Alexandre Kousnetzov) mais le film risque de ne pas atteindre sa cible. Trop lent et trop sombre, il risque d'être boudé par le grand public. C'est clairement un film pour amateurs d'histoire. Mais ceux-ci, souvent exigeants, risquent d'être déçus de découvrir un Vichinsky mesuré, presque rassurant, ce qui - certes - permet de nourrir le doute et l'intrigue jusqu'à la dernière scène, mais ne correspond pas du tout au caractère du véritable Vichinsky qui fut un homme brutal, cynique et un procureur sans états d'âme. Intéressant tout de même.
Se déroulant en . en 1937, le film est une excellente description de l’univers totalitaire et de ses mécanismes, toujours d’actualité, en se focalisant sur 2 de ses piliers, les systèmes pénitencier et judiciaire. Il est renforcé par les nombreux plans fixes et sa photographie (du Moldave Oleg Mutu dont c’est la 5e collaboration avec le réalisateur) où les couleurs sont exclues et le choix des bâtiments, très staliniens [tournage à Riga (Lettonie), dans une ancienne prison, fermée pour insalubrité]. Le titre fait référence à Alexander Kornev (le Russo-Ukrainien Alexandre Kouznetsov, 33 ans, vivant en Grande-Bretagne depuis 2022), jeune juriste, célibataire, orphelin, nommé récemment procureur à Briansk (à 350 km au sud-ouest de Moscou), communiste convaincu, appliquant le droit strictement (spoiler: au détriment du NKVD, police politique ancêtre du KGB ), et le procureur général de l’Union Soviétique, Andreï Vyshynsky (qui dirigea les procès de Moscou, entre 1936 et 1938). Il montre bien que le totalitarisme repose aussi sur l’acceptation de nombreux hommes (sans trop d’effort, tout au long de la hiérarchie) au système dont le travail, fragmenté, pour les échelons inférieurs, ne semble pas porter à conséquence, illustrant bien le principe dénoncé par Etienne de la Boétie (1530-1563) dans son « Discours sur la servitude volontaire », écrit à 18 ans. Le film, beaucoup plus efficace que « Le procès » (1962) d’Orson Welles, adapté du livre éponyme de Franz Kafka, décrit Alexander Kornev, semblable à Icare, spoiler: se rapprochant trop du soleil qui faire fondre la cire maintenant en place ses ailes et provoquant sa chute.
Le film nous ramène en 1937, au cœur de la Grande Terreur, à un moment où l’État soviétique semble s’être retourné contre sa propre population, pour montrer comment un régime obsédé par sa survie finit par dévorer ceux-là mêmes qui le soutenaient. Alors que le NKVD orchestre arrestations massives, interrogatoires sous torture, aveux extorqués et exécutions administratives, les Procès de Moscou condamnent par milliers et les purges s’abattent indifféremment sur fonctionnaires, militaires ou simples citoyens. Tout un pays se découvre soudain transformé en vivier de suspects et c’est précisément dans cette atmosphère de suspicion généralisée que le film trouve sa nécessité. Une entrée en matière qui donne déjà la mesure de ce que le récit s’apprête à dévoiler.
Au centre du film, Kornev, procureur provincial persuadé de servir la justice socialiste, découvre peu à peu l’ampleur des abus : détentions illégales, dossiers falsifiés, lettres de prisonniers systématiquement détruites. Convaincu que l’État ignore ces dérives, il décide de se rendre à Moscou pour les dénoncer. Mais dès les premières séquences, le film fait du totalitarisme une expérience spatiale. Couloirs interminables, portes qui s’ouvrent puis se referment, salles d’attente où l’on patiente sans explication : tout compose un monde saturé de seuils, de filtres, d’obstacles. Les plans fixes enferment les corps dans des compositions où les lignes et les couleurs fades dominent les individus. Dans cet univers administratif, les fonctionnaires parlent avec courtoisie, les procédures s’enchaînent avec une fluidité impeccable, et pourtant aucune justice n’advient. Personne ne crie, personne ne menace. C’est précisément ce calme qui révèle que le système tourne à plein régime. Kornev, avec sa foi naïve dans la rectification possible, apparaît alors comme une anomalie.
Certaines scènes traduisent cette logique ironique. Lorsqu’il aide une secrétaire à ramasser des papiers tombés dans un escalier, les employés alentour s’immobilisent, observant la scène comme un geste incongru. Le film glisse alors vers un humour froid, presque burlesque. Cette tonalité culmine dans la séquence du train : dans un wagon-lit feutré, deux hommes affables offrent vin et musique au procureur. L’atmosphère semble chaleureuse. Pourtant un malaise persiste, comme une note dissonante que l’on n’arrive pas à identifier. Le film y expose l’un de ses principes les plus inquiétants : la violence d’un régime ne se manifeste pas toujours par la brutalité mais aussi dans la bienveillance des interactions.
Lorsque la vérité s’impose enfin, il nous reste que la prise de conscience tardive qu’un pouvoir peut perdurer en transformant ses propres serviteurs en rouages dociles. Et c’est peut-être là que le film trouble le plus : en suggérant que ces mécanismes n’appartiennent pas seulement à 1937. Ils renaissent dès qu’un appareil politique parvient à maquiller la violence en procédure, l’arbitraire en nécessité, et l’obéissance en simple bon sens. Une leçon qui, sans jamais quitter l’histoire, semble étrangement familière aujourd'hui.
Film très sombre sur cette période que fut la grande terreur stalinienne. Il nous montre un procureur dont les idéaux se fracassent sur la réalité du système politique qu'il est censé servir. Une sensation d'oppression du début à la fin. Avec cette prison et ces interminables couloirs, ces innombrables portes et grilles qui s'ouvrent et se ferment et cette bureaucratie étouffante tout au long du film, de la prison jusqu'au procureur général. Des regards et des silences qui en disent long sur cette période où tout le monde se méfie de tout le monde, ou presque - à la fin du film. Une plongée dans les entrailles du système judiciaro-pénitentaire de la dystopie stalinienne. Et puis cette épilogue qui va sceller le destin que l'on voit venir petit à petit et auquel ce procureur ne peut pas échapper. Un film qui rappelle dans sa noirceur, même s'il s'agit d'une histoire différente, "L'Ombre de Staline", sorti il y a quelques années. A voir absolument.
Il faut environ 5 minutes pour se rendre compte que l’on va trouver le temps très long pour ce film pourtant encensé par la critique. Des plans séquences interminables, une mise en scène d’une austérité monacale, nous plongent très vite dans un ennui profond… L’histoire semblait intéressante, mais il faudrait que certains metteurs en scène se rendent compte quand même que le spectateur, regarde aussi des films pour se distraire un minimum… Incompréhensible pour moi qu’un film aussi ennuyeux, puisse obtenir d’aussi bonnes critiques..
En 1937, alors que la grande purge stalinienne bat son plein, un jeune procureur tout juste nommé dans sa province enquête sur les exactions du NKVD, ancêtre du KGB. Filmé en format carré, en plans fixes, ce film est d'une efficacité confondante même si la lenteur et la sobriété des dialogues pourra dérouter certains. Certaines scènes, comme celle du train avec le vieux soldat narrant sa rencontre avec Lénine, m'ont fait penser aux films d'Eisenstein mais c'est celle du siège du procureur général à Moscou qui est la plus réussie à mon sens, où on touche à la folie administrative proprement inhumaine, très kafkaïenne. Un grand film en forme de parabole sur l'oppression stalinienne. Et celles qui suivent... Efficace, hallucinant et glaçant. A voir.
Ce film est d'une puissance implacable. Les idées de mise en scène du réalisateur ( le cadrage en 4/3, les plans fixes, la couleur feutrée de l'image ) nourrissent la volonté de proposer une atmosphère pesante pour chaque séquence, afin de dénoncer la rigidité du système politique de l'époque.
Le récit navigue dans une ambiance paranoïaque où chaque personne semble espionner le protagoniste de l'histoire.
En effet, ce dernier est un jeune procureur idéaliste mais conscient du danger qui l'entoure en permanence. Il souhaite coûte que coûte dénoncer les dérives du système soviétique, au risque que le piège se referme sur lui-même.
La première partie en huis clos dans la prison est d'une tension phénoménale. La seconde moitié sera plus classique dans son déroulé mais ne perdra pas de son efficacité grâce aussi à un casting impeccable (le procureur général, le secrétaire ou encore les ingénieurs du train).
C'est donc une proposition de cinéma où la forme est au niveau de la dénonciation du propos. Un film essentiel et glaçant.
Description au scalpel de la terreur sous Staline et... peut-être de celle qui s'installe aujourd'hui tout près de nous. Tout concourt, avec efficacité, à rendre la situation glaçante : les images, les couleurs froides, les cadrages, le rythme, la bande-son.
En Union Soviétique en 1937, le régime mène une guerre impitoyable à ses opposants emprisonnés. Lorsqu’un jeune procureur s’aventure à enquêter, il doit faire preuve de persévérance. Mais il ne semble pas savoir où il met les pieds. L’histoire est forte, mais noyée dans une réalisation lente.
Beau film sur une page d'histoire sombre : les purges staliniennes de 1937. Très bien filmé. Bon jeu d'acteur. La tension monte tout au long du film et la fin est terrifiante. A voir
Un film est de qualité. Son histoire est développée à un rythme assez lent, mais cela ne pose aucun problème, car la tension latente est assez palpable pour maintenir notre attention.
Une magnifique découverte. Un voyage cinématographique qui vous mène dans l’enfer bureaucratique et totalitaire de la Russie communiste dans les années 30. Et c’est comme si rien n’avait changé depuis, Voila pour le fond, dont on pourrait dire qu’il n’est pas nouveau. Le très grand intérêt de ce film c’est la construction de son scénario, linéaire mais plein de surprises. Et surtout sa réalisation et ses parti/pris radicaux : plans fixes, travail sur le hors champ. On navigue dans un cauchemar. Oui, mais réaliste., mais cadré, serré, prisonnier, comme l’est ce jeune procureur dans chacun des plans. La photographie est absolument magnifique. C’est très fort, très intriguant, radical ( j’insiste sur cette radicalité de la mise en scène qui donne à ce film tout son prix ).,, tellement loin de nos bluettes à la française que je vous le recommande fortement, si vous voulez être désorienté,
L'horreur des camps stalinien est montrée avec réalisme. ce jeune procureur semble cependant très naïf et découvre la situation avec l'illusion de convaincre Vichinsky grand maître des procès de Moscou. Il est méritoire de montrer cette période mais un minimum de volonté à comprendre cette ignominie aurait été souhaitable je préfère des films comme "chers camarades ' ou "Le cercle intime" donnant du stalinisme une vision plus fine.