Deux Procureurs suit la quête administrative kafkaïenne et pleine d’absurde d’un jeune procureur naïf et obstiné - le brillant Alexander Kuznetsov - qui se heurte à la machine totalitaire en pleine terreur stalinienne. Une machine qui broie les hommes et leurs idéaux, dans une société immobile, dévorée par la peur. Et la grande force du film est que cette oppression, on la ressent à chaque instant.
Car sur la forme, c’est un film d’une rigueur impressionnante. Une immense réussite visuelle où chacun des plans est sublime. Un dispositif oppressant qui surligne tout le propos du film, avec une mise en scène épurée qui traduit la rigidité du système. La format 1:33, la composition géométrique des plans (intégralement fixes), la photographie dépourvue de toute couleur vive : tous les choix formels créent un sentiment d’enfermement. Le spectateur, comme le protagoniste, se retrouve écrasé par la mise en scène. On ressent nous aussi cette pression, ce poids de l’incompréhension, du danger, de l’absurde, omniprésent. Malgré tout, à travers l’absurde et le grotesque des situations, il apporte des petites touches d’humour qui allègent cette tension permanente.
En revanche, si ce dispositif formel est l’atout principal du film, c’en est aussi son plus gros défaut car une fois installé, ça devient un peu répétitif. Même si c’est voulu. Reste que derrière cette histoire très simple et démonstrative, le film raconte comment l’autoritarisme s'installe discrètement, en douceur, sous des apparences démocratiques. Son intro et sa conclusion le montrent : il s’agit d’un film carcéral, la Russie totalitaire étant une prison à ciel ouvert. Mais si cette fable politique cauchemardesque prend place à l’époque stalinienne, le parallèle avec la Russie de Poutine est évident. Et au-delà même, c’est une mise en garde universelle, avec des mécanismes transposables à tous les régimes autoritaires, qui naissent de la confusion, de la peur et de la lâcheté collective.