Malheureusement, le cinéma de genre a du mal à se faire une place de confiance dans le cœur des spectateurs français. Depuis deux décennies, la production hexagonale s’essaie pourtant assez souvent à financer des séries B dans toutes les catégories, du slasher à l’horreur pure en passant par le techno-thriller comme ici. Cependant, avoir une promotion massive, un parc de salles adapté et un entrain du public qui casserait ses préjugés selon lesquels la France n’est pas une terre de cinéma de genre, tout cela n’est pas chose aisée. Pour un « Chien 51 » ou « Le Règne animal » à gros budget et succès plus ou moins avéré, combien d’œuvres comme « Haute tension », « La Nuée » ou ce « Drone ». Injustement boudé en salles avec à peine dix mille entrées, ce thriller technologique et paranoïaque est pourtant un cran au-dessus des récents et bien plus confortables en budget « Dalloway » et, surtout, « Chien 51 ». C’est même une petite bombe aussi bien visuellement que sur le versant narratif.
Pourtant, on n’aurait pas misé un sou sur un suspense à base de drone. Pour un premier long-métrage Simon Bouisson frappe pourtant très fort et livre une œuvre implacable et anxiogène doté d’un sujet très audacieux. Dès la mise en place, « Drone » nous cueille par sa mise en scène adéquatement atmosphérique. Les plans au drone sont forcément nombreux et ils sont d’une fluidité et d’une beauté à couper le souffle. Le film est véritable régal pour nos mirettes et il faut avouer que Paris n'avait pas été filmé de manière aussi inédite depuis des lustres. Majoritairement de nuit, les plans-séquence aériens du point de vue du drone lorgnent parfois sur la manière dont on percevait Los Angeles dans « Drive » à cause du côté visuel léché, lui-même amplifié par les néons nocturnes et blafards de la ville. Et puis l’ambiance du film, assez malaisante et étouffante est très à-propos et réussie.
Néanmoins, la forme n’est pas la seule à nous convaincre. L’intrigue concoctée par le jeune cinéaste mêle masculinité toxique (oui, encore, mais de manière très originale ici) et le voyeurisme dans lequel sombrent de plus en plus nos sociétés malades est de très haut niveau en dépit de quelques rares incohérences. On a beau échafauder pas mal de suppositions sur la nature de la menace et ses raisons, le dénouement est tout à fait imprévisible, surprenant et implacable. Un épilogue qui met mal à l’aise et nous met face aux bas instincts de l’humanité. La distribution entre jeunes débutants et cinéaste en récréation (Cédric Kahn) est impeccable et le film en lui-même est constamment original et surprenant avec un fond paranoïaque qui fonctionne en permanence. Les scènes d’action sont rares mais à leur place et, avec ce « Drone », on passe donc un excellent moment sous tension, rempli de suspense. C’est vraiment une excellente surprise qui révèle un cinéaste à suivre.
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