C’est en rencontrant Samuel en Inde, l’un des petits protagonistes de Sur le chemin de l'école (2012), que Pascal Plisson a eu envie de consacrer un projet aux enfants handicapés : "Les efforts déployés par ses deux frères pour que Samuel, paralysé des deux jambes, puisse avoir, comme eux, accès à l’éducation, m’ont bouleversé. Issus d’une famille pauvre, ils lui avaient bricolé un fauteuil roulant qu’ils poussaient durant quatre kilomètres pour parvenir jusqu’à l’école. Chez eux, tout était guidé par l’amour."
"J’ai voulu saisir cette énergie qui permet aux enfants en situation de handicap de surmonter leurs difficultés et de réussir à se construire une vie. Le handicap est un sujet compliqué, il existe mille façons d’en parler. Que raconter ? Comment ? Que montrer ? … Je ne voulais surtout pas d’un film tire-larmes, je voulais au contraire qu’il donne de l’espoir. J’avais eu l’occasion de rencontrer Xavier du Crest, le président de Handicap International durant le tournage de Sur le chemin de l'école", confie le cinéaste.
Handicap International dispose sur son site de nombreux portraits d’enfants. Pascal Plisson a ainsi puisé dans ces portraits, aidé par deux membres de la célèbre ONG. Le metteur en scène précise : "Au total, nous avons fini par retenir trente histoires possibles. Beaucoup de ces enfants portaient des prothèses : or, il était important que tous n’aient pas le même type de handicap, leurs histoires ne pouvaient pas se ressembler. Il nous a fallu poursuivre nos recherches. Cela a pris du temps. Je tenais beaucoup, par exemple, à montrer un enfant avec un handicap invisible."
Après un premier séjour, Pascal Plisson est revenu passer dix jours dans les familles avant l’arrivée de l’équipe : pour revoir les enfants, les préparer et surtout observer comment ils vivent : "Ce sont des gens qui ont des vies très simples : à partir du moment où je connaissais leur fonctionnement, je pouvais m’adapter et anticiper sur ce qui allait se passer. Je savais qu’un tel prenait sa douche à telle heure, quelle place chaque membre de la famille occupait à table. Cela m’a permis de faire des mises en place, imaginer une direction pour construire mon récit…"
"Rien n’est écrit : au moment du tournage, ce qu’ils disent est toujours leurs mots. J’ai un traducteur, bien sûr, qui me résume leurs propos, mais il m’arrive de découvrir des pépites au montage lorsque je fais sous-titrer mot par mot ce qui s’est dit", confie le cinéaste.
Sur le tournage, l'équipe était composée de quatre techniciens (un chef opérateur, un premier assistant, un ingénieur du son et le réalisateur) et d'une quinzaine de personnes recrutées sur place (des traducteurs, des gens qui portent le matériel, parfois un chef électro, etc.).
"On sait qu’on ne peut pas refaire certaines choses, alors il nous arrive parfois, comme pour Antonio, de tourner à deux caméras. Chaque tournage durait douze jours ; trois seulement pour Maud", se rappelle Pascal Plisson.
Les séquences les plus difficiles à réaliser étaient celles où Pascal Plisson filme Charles à l’internat. "C’était très dur. Là-bas, les gamins sont sur des rails : il suffit qu’on laisse traîner une caisse, ils se prennent les pieds dedans", se souvient le cinéaste.
Pascal Plisson a commencé sa carrière comme chef opérateur et a passé beaucoup de temps dans la nature, dans des pays compliqués avec des lumières qui ne l'étaient pas moins. Le réalisateur raconte : "Donc c’est vrai, j’attache beaucoup d’importance à la lumière, au cadre et aux optiques que j’utilise. J’éclaire beaucoup, je suis un peu maniaque sur ces questions."
"Simon Watel, qui est chef op sur le film et avec qui je travaille depuis quinze ans, connaît mes exigences : on travaille pour que le film soit vu en salle et ce n’est pas parce qu’on tourne un documentaire qu’on ne doit pas faire un travail d’image. Chaque plan doit apporter quelque chose; la vie doit passer à l’intérieur. C’est la raison pour laquelle j’ai une préférence pour le plan séquence."
Pour We have a dream, Pascal Plisson a sous-titré tous les rushes, mot à mot. Le metteur en scène développe : "Il faut vraiment être au cordeau d’une langue qu’on ne connaît pas forcément. Ensuite seulement, on adapte les sous-titres de manière à rentrer dans quelque chose qui soit digérable - avant de construire l’image, il faut construire la narration. Puis on fait un ours de chaque histoire et on commence à croiser les histoires qui doivent toutes se terminer pratiquement en même temps."
"Avec Érika Barroché, la chef monteuse avec laquelle j’avais déjà monté Gogo, nous avons cherché une organisation qui nous fasse progresser et nous tienne en haleine. Les vingt dernières minutes apportent, je trouve, beaucoup d’émotions."