Il y a plus de 20 ans à présent, le réalisateur Peter Mullan proposait un film coup de poing appelé « The Magdaleine Sisters » et qui se déroulait intégralement dans un de ces maudits couvents irlandais, un film inoubliable. « Tu ne Mentiras Point » traite du même sujet mais en prenant un biais différent, avec le parti-pris du regard de l’extérieur au couvent,
du regard d’un de ces enfants né dans l’institution (même si le film ne le dit pas clairement, c’est sous-entendu à plusieurs reprises).
Bizarrement traduit par « Tu ne Mentiras Point », le film s’intitule à l’origine « Small Things Like This », titre mille fois plus pertinent. « Tu ne mentiras Point », donc, est un film à l’atmosphère très pesante. Situé dans une Irlande hivernale d’une tristesse infinie : jamais un rayon de soleil, jamais un sourire, du gris, du noir de charbon et de la pluie/neige en permanence, Tout est mis au service de la gravité du sujet. Je me demande s’il était réellement nécessaire d’en faire autant pour souligner la lourdeur du cœur de l’intrigue, mais bon, en tous cas en terme de noirceur c’est réussi. Le film est émaillé de bon nombre de souvenir d’enfance de Billy, des souvenirs qui le tourmentent, mais paradoxalement pendant ces flashes back la photographie est (un peu) plus lumineuse. De cette enfance un peu étrange, le film ne donne pas toutes les clefs et on suppose des choses plus qu’on ne les comprend réellement. Le réalisateur Tim Mielants appose sur ses images une bande originale harmonieuse mais lancinante qui renforce encore un peu plus le côté « pensant » de l’intrigue, alors que ce n’était sans doute pas nécessaire. Bref, il fait supporter toute cette noirceur et cette austérité dans la forme pour bien se concentrer du fond de l’intrigue. Et le fond de l’intrigue, c’est moins ce qui se passe dans le couvent que la chape de plomb qui l’entoure à l’extérieur. Ce qui manquait au film de Peter Mullan est ici clairement exposé : le poids terrible (et difficilement compréhensible aujourd’hui, en France) de l’Eglise Catholique Irlandaise. C’est un Etat dans l’Etat, les religieuses ont le bras long, elles peuvent pourrir la vie d’une famille, ruiner des réputations, obliger des familles à déménager. Pendant les messes, elles font des sermons terrifiants, elles règnent sur les consciences, menacent à demi mots, font du chantage comme une mafia. Il ne faut au personnage de mère supérieure incarné froidement et magnifiquement par Emily Watson qu’une seule scène pour matérialiser cette emprise. Si on n’intègre pas ce cadenassage sur la société, on ne comprend pas l’attitude de Billy pendant 90 d du film. Cette Irlande corsetée, besogneuse, repliée sur elle-même encore au cœur des années 80, est une société sous tutelle d’une Eglise catholique toute puissante et très fortunée. C’est un héritage indirect de la confrontation avec l’Angleterre. Cillian Murphy incarne un William Furlong tout intérieur. Taiseux (je n’ai pas compté mais il ne doit pas avoir plus de 30 répliques en tout et pour tout, souvent des phrases courtes et murmurées), qui ne souris jamais
(sauf dans la toute dernière image),
qui semble supporter sur ses épaules tout le poids du monde. Cet homme, père de famille et entrepreneur, baisse la tête devant une religieuse comme un petit garçon. Pour le spectateur, par moment, il semble faible, il semble sur le point de se casser en mille morceaux. J’imagine que tout cela est fait pour bien montrer, par contraste,
le courage dont il fait preuve dans les 10 dernières minutes du film
.
On ne peut pas comprendre combien ce qu’il fait est courageux si on ne l’a pas vu si fragile auparavant.
Cillian Murphy porte merveilleusement sur ses épaules tout le film mais aussi tout le poids du silence (et de la culpabilité) de la société irlandaise, mais de fait sa personnalité reste assez insondable pour le spectateur du début à la fin. Alors c’est sur, « Tu ne Mentiras Point » appuie ses effets et fait une démonstration sans beaucoup nuance, mais il faut dire que ce qu’il dénonce ne faisait pas grand cas de la nuance non plus !