Hamnet, adaptation par Chloé Zhao du roman de Maggie O’Farrell,
ambitionne de revisiter la légende autour du fils disparu de Shakespeare.
Un projet audacieux, mais à mes yeux manqué.
Le film s’ouvre sur la campagne anglaise du XVIIᵉ siècle, baignée d’une lumière presque mystique. Agnes (interprétée par Jessie Buckley), épouse du futur dramaturge, y apparaît comme une héroïne à part entière, reliée à la nature et aux présages.
C’est d’ailleurs elle, plus que William (Paul Mescal), qui occupe le centre du récit.
L’idée est belle :
faire du deuil maternel la matrice de l’une des plus grandes pièces du théâtre universel, Hamlet.
Mais le dispositif narratif, alternant le passé de la famille et les scènes de création à Londres, s’étire interminablement.
Chaque geste semble filmé comme une révélation — au point que la lenteur finit par miner l’émotion.
La mort de l’enfant, séquence centrale, frappe pourtant par sa sobriété : pas de musique, juste le souffle coupé d’Agnes agenouillée près du lit.
C’est un moment fort, mais rapidement englouti par une deuxième partie plus abstraite,
où Shakespeare tente de transposer sa douleur dans l’écriture.
Zhao choisit la pudeur, le silence, les plans contemplatifs — un choix esthétique assumé, mais qui laisse peu de place à la chair et au tumulte.
Là où O’Farrell faisait vibrer les mots et l’intériorité, le film se perd dans ses images trop composées.
Malgré l’interprétation habitée des acteurs et quelques éclats visuels superbes
(le masque mortuaire, le théâtre inachevé, la pluie sur Stratford)
, Hamnet m’a paru distant.
On devine l’ambition de montrer comment la perte forge l’art,
mais le rythme hypnotique m’a maintenu à l’écart. Un bel objet de cinéma, sans doute, mais figé, presque muséal.