Une sensation mitigée, pour ce film qui, d’un côté dégage une puissance réelle, abordant des thèmes profonds , intéressants, comme la paternité , la douleur suite à la perte d’un enfant , le rôle de la femme dans cette époque très machiste, influence du sur-réel, de la magie , la genèse de la source d’inspiration de la création, mais tout cela s’appuyant sur une vraie- fausse histoire de William Shakespeare.
C’est là où il y a une sorte d’ « escroquerie intellectuelle », car le film ne se veut surtout pas un biopic , mais profite largement de l’effet levier Shakespeare, et toute la dernière partie y est bien directement rattachée .
Pourtant le film est une fiction, car la vérité est autre : on ne sait rien des causes de la mort du fils Hamnet, on ne sait rien historiquement de la vraie vie de sa femme , il n’y a aucun lien historique entre la mort du fils , et l’écriture de Hamlet , 10 ans plus tard, et très inspiré d‘une pièce danoise du XII eme siècle « Amleth » , comme toujours chez Shakespeare .
Alors on peut rétorquer que toute création peut être libre, que l’art ne se réduit à la reproduction de la réalité, ni ne doit de la respecter. Mais ce film est « border line » ,et cette ambiguïté scénaristique s’apparente presque à une « fraude » . On est dans une sorte de « rêverie », de conte.
Bien sûr il y a de très beaux et grands moments de cinéma, surtout dans la dernière partie dans le théâtre du Globe , reconstituant une pièce, très probable, très proche de ce que devait être le théâtre au XVIe siècle, les spectateurs, les acteurs, très juste, très fin. L’analyse de la tirade « to be or not be » aussi, revisitée , décortiquée, très éducative, pour les novices de Shakespeare, car la suite de la tirade est énoncée, contextualisée « à quel moment » , et pour quelle raison l’être humain se pose ces questions, très, très profond,
Et puis il y a le jeu exceptionnel de Jessie Buckley , incroyable actrice, qui donne tout d’elle-même, se livre entièrement, une puissance, une densité de jeu ,elle sait tout jouer , et l’on comprend bien qu’elle est justement passé par le théâtre Shakespearien , Saint Graal du théâtre anglais. Une ellipse en soi. Une vraie révélation, une toute grande.