HAMNET - Chloé Zhao | ⭐ 8,5/10
Considéré par beaucoup comme un film à Oscars un peu trop tire-larmes et programmatique, Hamnet affiche en effet dès ses premières minutes son ambition : émouvoir, bouleverser, faire pleurer. Une ambition parfaitement assumée… mais qui, paradoxalement, ne fonctionne jamais vraiment. Non pas par insensibilité vis à vis du drame raconté, mais parce que le récit couvre une période trop large et défile trop vite pour permettre un véritable attachement aux personnages. Les épisodes de vie s’enchaînent à grande vitesse, comme s’ils n’existaient que pour mener mécaniquement vers
l’événement traumatique et étaient indispensables pour en saisir toute la teneur dramatique.
Tout est donc un peu trop appuyé : la musique, très belle mais omniprésente, les élans de colère, le chagrin. Et pourtant, malgré cet effet repoussoir, Hamnet fascine. La mise en scène, d’une grande délicatesse, impressionne par son élégance et sa maîtrise. Les silences, précisément travaillés, comptent autant que les mots. Jessie Buckley, immense, et à qui l'Oscar semble promis, déploie une puissance de jeu saisissante (certains diront excessive, d’autres viscérale), tandis que Paul Mescal choisit la retenue, presque l’effacement. Deux partitions opposées, mais cohérentes avec la caractérisation de leurs personnages.
Hamnet n’est d’ailleurs pas tant un film d’amour qu’un film sur le deuil et l'absence :
celle d’un mari, d’un père, puis celle, plus tragique, d’un enfant disparu trop tôt.
La dernière partie,
avec la représentation de Hamlet au Théâtre du Globe
, est la plus émouvante : réalité et fiction s’y confondent, et le film trouve enfin son émotion la plus forte, rappelant combien l’art peut, sinon guérir, du moins apaiser les blessures.
Au final, j’ai beaucoup aimé Hamnet, mais à distance, plus pour son écrin que pour son récit, plus pour sa beauté maîtrisée que pour l’émotion qu’il cherchait à provoquer. Une œuvre admirable, qui offre une relecture assez passionnante de l'oeuvre maîtresse de Shakespeare, mais contemplée depuis l’extérieur, comme derrière une vitre parfaitement propre.
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