Un grand film !... réactionnaire ?
J’ai eu la chance d’aller voir ce film sans savoir de quoi il traitait, qui l’avait produit et sans même savoir s’il y avait un lien entre ce Hamnet et le Hamlet de Shakespear.
J’ai été emporté, transporté, retourné par ce, supposément, petit film anglais. Quel image, quelle esthétique et quelle puissance dans le jeu des acteurs (de tous les acteurs) !
Attention, si vous souhaitez avoir la même chance que moi de découvrir en toute innocence ce très beau film, très touchant, arrêtez là votre lecture !
C'est un film poignant sur le deuil de l’enfant, sur la nécessité de la création, la sublimation de nos douleurs par l’art, en l’occurrence théâtral.
Pour tout vous dire, quel parallèle étrange entre ma vie et celle de cet homme ! Il est happé par un besoin irrépressible d’accomplir son destin et sa grande œuvre, et quitte sa famille pendant de longs mois ou années, on ne sais pas trop, pour les besoins du boulot (euh… moi, je rentre juste trop tard tous les soirs, pour livrer ma grande œuvre informatique). Mais il aime tellement sa famille, il s’occupe tellement bien de ses enfants (et qui le lui rendent bien !) pendant les rares moments qu’il passe avec eux ! Il leur apprend le théâtre, car c’était l’époque bénie sans téléphones et il joue avec son fils en lui apprenant à devenir brave (humm.. et pour ma part, il vaut mieux demandez directement à mes enfants si je m'occupe bien d'eux...).
Et cette femme superbe volcanique, tellurique, certes peu rationnelle (un peu ma femme ?), mais qui donne tellement d’amour à ses enfants ! Elle est belle, elle est forte, elle est parfaite... même si elle ne comprend pas bien l’œuvre de son mari et si elle ne voit franchement pas plus loin que les limites de son jardin.
Bref, on peut tout à fait s'identifier à cette famille parfaite, qui a cependant, comme nous, quelques tracas. Et pour pour des tracas, ah ! ça, elle en a !
Alors, oui, j’ai pleuré, et combien, comme une bonne partie de la salle. En sortant du cinéma, bouleversé, j’ai jugé le film chef-d’œuvre. Mais pourtant, dès la voiture regagné, je sentais poindre un sentiment dérangeant. Peut-être l’impression d’avoir été joué, dupé ? Quelle est le niveau de sincérité de ce film ? Qu’en ressort-il au final ?
Voilà, c’est donc un film qui parle d’un brave père de famille, aimant et pudique, fidèle à sa femme et à sa famille. Une sorte de Charles Ingalls de l’Angleterre de la fin du 16ème siècle (sans la fourche ni le chapeau), qui sait que son devoir est d’accomplir son œuvre, même s’il doit en coûter un peu à ses proches, car c’est un homme fort qui a le sens du sacrifice.
Et ce film parle aussi d’une mère de famille magnifique, dont le destin assumé, outre celui d’élever ses enfants et de ternir son foyer, est de transmettre un imaginaire féerique reçu de tout une lignée de femmes. Mais elle ne comprend pas que l’absence de son mari est un sacrifice nécessaire pour l’accomplissement d’une œuvre supérieure. Son mari est un taiseux mais, dans le fond, il cache bien son chagrin. Ah, si elle savait !
Il n’est pas question, dans ce très beau film, de rapports égaux et de liberté, mais de devoir et de sacrifice. J’espère juste que la vision qu’ont ces autrices, la romancière et la cinéaste, de l’amour entre hommes et femmes, et de leurs rôles assignés, est sincère et qu’il n’y a pas derrière tout cela une volonté insidieuse de diffuser un message sur l’image traditionnelle de la famille…
Alors ce film mérite-t’il 5 étoiles ? Il est incroyablement bien réalisé, alors, laissons la place au doute.