[TO BE OR BOT TO BE !]
Ce film, d'une intensité rare, nous plonge au cœur d'une tragédie familiale où le rapport au deuil imprègne chaque image.
Une mise en scène de l'oppression et de la transcendance
La mise en scène utilise judicieusement des courtes focales, permettant de capturer l'intimité des objets et des corps dont on ne peut s'extraire. À l'inverse, les plans larges dans la forêt symbolisent l'égarement des personnages au sein d'une nature luxuriante, métaphore des méandres complexes de l'existence.
Le découpage visuel renforce ce sentiment d'écrasement : les personnages sont filmés à mi-corps, souvent en plongée, comme s'ils étaient accablés par une force supérieure. La nature, quant à elle, est magnifiée par des contre-plongées qui soulignent sa puissance transcendante et son imposante fatalité, dominant l'humain de toute sa superbe.
Le cycle de la vie et le mysticisme
Dès l'ouverture, le plan de Jessie Buckley, recroquevillée en position fœtale sur l'herbe près d'un tronc d'arbre, est saisissant. Cette posture, presque cadavérique, illustre l'interconnexion viscérale entre l'homme et la terre. Elle évoque un naturalisme délicat teinté d'un lyrisme affirmé, instaurant dès les premières minutes le tempérament mystique de la protagoniste et sa compréhension intuitive du vivant.
L'abîme et l'immobilité
L'usage fréquent de plans fixes donne l'impression que le temps s'est figé sous le poids de la perte. Le zoom sur ce "trou noir" au milieu de la forêt devient une métaphore visuelle de la dépression et de l'angoisse ; une abîme où le cycle de la vie est marqué par la disparition. La morale de cette histoire est que ce que nous mettons au monde finit toujours par nous échapper, aspiré par le vide, illustrant le célèbre dilemme shakespearien de "l'être ou ne pas être".
Catharsis et transfert : Le salut par l'art
Le récit explore également le phénomène de transfert et de filiation. Dans un geste de résurrection artistique, Shakespeare fait revivre symboliquement son fils en incarnant le spectre du Roi du Danemark. Ce procédé fait écho au sacrifice mystique de l'enfant qui, par ses prières, a sauvé sa sœur de la peste au péril de sa propre vie — un échange impossible que le dramaturge tente de résoudre par la création.
Cette pièce devient alors un processus cathartique, né de la culpabilité d'avoir été absent lors de l'agonie de son fils. À l'opposé de ce lyrisme, sa femme représente le contrepoint du réel ; sa douleur est filmée avec une netteté brute, sans aucun flou, ancrant son émotion dans une réalité tangible et décharnée.
Conclusion
À travers cette œuvre, la réalisatrice nous invite à une catharsis sur la mort infantile. En filmant la grâce du quotidien, elle sublime l'importance des souvenirs et leur fugace instantanéité. Le film nous place ainsi face à un paradoxe universel : l'impératif de vivre pleinement tout en portant le poids irrémédiable de la fatalité.