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Un visiteur
4,0
Publiée le 17 avril 2026
Au début du 20ème siècle, un photographe engage comme assistante Grete, une jeune scientifique réprouvée de son milieu universitaire encore peu enclin à la présence féminine. Il lui explique que la plupart des personnes considèrent la photographie comme un reflet de notre réalité alors qu'elle en révélerait davantage sa nature fragile. Cette réflexion pourrait présenter la ligne directrice du cinéma de Ildikó Enyedi : chercher à révéler la fragilité de la nature qui nous entoure, où naît notre réalité, au sens d'appréhender sa sensibilité, ses états-d'âme à la manière dont les humains ressentent des émotions.
Cette exploration des affects de la nature trouve une résonance à travers le temps dans un même espace : le jardin botanique de l'université allemande de Marbourg. Ainsi, trois époques s'entremêlent et tissent des liens étroits entre elles. Elles sont chacune dotées d'une identité propre par leur photographie significative dans l'imaginaire commun : le noir et blanc historique pour 1908 relatant donc l'histoire de Grete, première étudiante de l'université, qui trouve grâce à la photographie un rapport nouveau aux végétaux – l'image vintage du 16mm pour les années 70 dans lesquels un jeune homme rencontre à la fois l'amour d'une femme et celle des plantes – et enfin l'année confinée de 2020, lisse et à la netteté parfaite, où l'on suit la recherche du scientifique Tony Wong sur l'analogie entre l'homme et la nature par leur capacité à réagir. Enyedi nourrit ces trois histoires entre elles ; elles se répondent, semblent communier ensemble autour d'une sensualité liée à cet environnement fascinant du jardin botanique. Le raccord des époques et le mystère que représente cette nature, évoque alors un monde enchanté, transfiguré, renforcé par l'univers sonore envoûtant. Finalement, le vivant qui nous entoure est perçu à la fois comme un terrain de jeu et un reflet de soi, une amie comme une intériorité, la nature comme continuum à la vie humaine.
Les végétaux représentent donc une énigme captivant ces trois personnages ; la cinéaste s'intéresse autant à eux qu'à l'objet de leur obsession. C'est le jeu de mise en scène auquel elle se prête, filmer autant ces protagonistes que ce qui les entoure créant alors un rapport linéaire entre nature et humain dont le film explore leur lien intrinsèque. Ainsi, émerge une belle idée du film, laissant parfois la mise au point sur les plantes au premier plan, l'activité humaine devenant de ce fait une partie floutée en fond. Ceci prend son sens par les expérimentations de ces personnages dont la fascination se propage peu à peu, et sensiblement, à nous spectateurs. Le partage de cette passion est tant créé par les idées développées que par la beauté des images de la nature et celles plus abstraites, notamment de belles créations numériques inspirées de l'activité cérébrale humaine et les signes captés des réactions des plantes, tirées de la partie suivant les expériences du docteur Wong. Si le film explore les rapports entre les êtres vivants, c'est également par les interactions humaines où les liens se nouent et se coupent, les recherches des personnages chacune perturber, voire saboter, que ce soit par un gardien austère ou bien par la simple condition féminine de Grete.
En fin de compte, Silent Friend trouve sa puissance dans sa capacité à pouvoir questionner la perception du spectateur sur la nature. Si cela tient à sa rigueur des recherches expérimentales déjà établies, la richesse et l'intelligence du film réside dans sa manière d'en embrasser pleinement la poésie des doctrines théoriques scientifiques. Alors que dans nos sociétés modernes, la science est devenue une matière scolaire dictant des faits, Ildikó Enyedi revient à son essence première : celle de nous interroger sur le monde qui nous entoure. ■
Non, le personnage principal n'est pas un arbre. Ou alors l'acteur est mal dirigé...
Un ami silencieux : il a bon dos le ginkgo biloba! Un prétexte surtout, qui fournit le titre au film, et guère plus. Cameron en a suggéré dix fois plus avec Avatar, et nous a profondément ému, résultat que ce film n'atteint pas. Le film aurait pu, par exemple, illustrer cette vertu d'activation de la mémoire bien connue aujourd'hui du ginkgo biloba, d'une façon ou d'une autre, puisque finalement, il fait évoluer des êtres humains, les pauvres microbes que nous sommes, aux pieds de cet être datant d'avant les dinosaures.
Rien de tout cela. Le film a toutefois des moments forts remarquablement réussis, comme l'examen oral de botanique mené par de vieux barbons (de l'étudiante en 1908) ou l'exposé sur la vision totalisante du bébé par rapport à la vision éliminante de l'adulte (du prof de neurologie de nos jours). Mais qu'ont-ils à voir avec le ginkgo biloba ? Parmi les moments forts, citons aussi des chansons emblématiques latino-américaines particulièrement bienvenues (elles font sens, bien plus que les tentatives de captations respiratoires de l'arbre).
Ce film bizarre a pourtant une qualité exceptionnelle : sa photographie. C'est sa force. Donc si vous ne cherchez pas à comprendre, si vous voulez juste ressentir, planer, voire vous assoupir, alors allez voir ce film. Mais peut-on passer sous silence le fait d'avoir dormi quelques minutes ? Non, ce serait malhonnête. C'est vrai que c'est désolant, quand on aime la nature, notamment les arbres, quand on aime les êtres, notamment leurs efforts de communication, de se retrouver déçu par un tel chef-d'œuvre (puisque c'en est un quelque part) - mais un chef-d'œuvre qui a une irrépressible vertu soporifique !
spoiler: Ce dont on se souviendra est sans doute le moment où la réalisatrice nous amuse le plus, et nous enchante, sans conteste le moment où le jeune soixante-huitard constate qu'un petit géranium maigrichon, mais bien éduqué, peut lui ouvrir la porte et la refermer derrière lui.
J'avais été enchanté par "l'histoire de ma femme" et on retrouve la même touche ici : une réalisation ultra-léchée, des images magnifiques, un art de faire passer des sentiments juste par des regards ou des plans. C'est une des rares réalisatrices qui peut se permettre de faire des films longs avec des scénarios courts (mais très cohérents) tant elle injecte de beauté, d'intelligence et une communication intense au delà des dialogues. On ne voit pas passer les 2 heures 30 même si on ne sait pas expliquer complétement ce que l'on a vu on en ressort comblé. Une réalisatrice qui mériterait une diffusion bien plus large..
Belles images. Des techniques cinématrographiques réunies de façon intéressante. Puis, si on aime les contacts avec la nature, il y a de quoi se faire plaisir. Pour moi l'aspect sexuel était présenté de manière un peu trop appuyée, sauf le jeune homme (années 70 ?) qui avait une interprétation de son béguin pour la jeune femme, tout à fait originale.
1 étoile pour la qualité de l’image et des photos. L’idée est bonne, mais je n’ai jamais vu une telle lenteur, pourtant je vais au cinéma 2 fois par semaine.
Un film somptueux, organique, aux acteurs magnifiques (ginkgo compris). Excellent montage entre les 3 époques qui s'entremêlent. Photo superbe. J'ai vu ce film comme un film initiatique, sur les découvertes, les premières fois. Initiation de la jeune étudiante du XIX à la photographie, initiation du jeune étudiant à l'amour et à la botanique, initiation du prof, expert en neurologiedu cerveau, à l'intimité des végétaux et a leurs communications. Un film bienvenue dans cette période de violences sociale et politique.
très belle réalisation pour parler des avancées scientifiques de la connaissance du fonctionnement des végétaux. une très belle bande son et musique nous porte jusqu'au cœur d'un magnifique ginkgo.
Trois histoires se succèdent, dans trois temporalités différentes. Elles ont en commun de graviter autour d’un être central : un immense ginkgo biloba planté en 1832 dans le jardin botanique de l’université de Marbourg. Grete, jeune étudiante en botanique, est en 1908 l’une des premières femmes scientifiques à s’émanciper dans sa discipline grâce à la photographie. Hannes, étudiant lui aussi, explore dans les années 70 les ondes ondulatoires émises par les plantes, tout en découvrant la passion amoureuse dans un contexte de liberté. Enfin, à l’époque actuelle du confinement, le Dr Tony Wong, éminent professeur chinois, cherche à entrer en connexion avec l’arbre par le biais d’ondes cérébrales. Le film est hors norme : c’est un film de sensations. Dès les premières images, nous embarquons en immersion aux côtés des personnages, dont les histoires finissent par s’entrelacer, comme une mémoire qui passerait du coq à l’âne. La réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi filme à hauteur d’arbre à travers des images somptueuses. C’est lui qui semble raconter, témoin silencieux traversant le temps. Et, étrangement, ce voyage en lévitation captive : aucune longueur malgré ses 2h30. La beauté saisissante des images confère au film un onirisme métaphysique troublant. À chaque époque, Ildikó Enyedi utilise une esthétique différente : un noir et blanc aux nuances très douces pour Grete, des couleurs chaudes pour les années 70, et un numérique plus froid qui sublime l’élégance de Tony Leung, dont la présence n’a rien perdu de sa beauté avec l’âge. Chacune des histoires est profonde et nous happe par l’intensité émotionnelle que chaque protagoniste met à être pleinement là, présent au monde, au pied du grand arbre.
"« Eloge de la lenteur » J’ai crû que ce film avait duré 4 heures tant il prend son temps, sans que cela m’ait pesé. Et bien non, il ne dure « que » 2h27, comme quoi la théorie de la relativité est une réalité ! On parle ici de la communication et du ressenti des plantes et arbres (et au détour, aussi entre humains) à travers trois histoires de scientifiques à 3 périodes différentes. Certaines images sont splendides, la musique à l’unisson. spoiler: Voir un géranium ouvrir un portillon à distance grâce à des signaux électriques relève de la magie !"
Faut il voir dans ce dernier opus de la cinéaste hongroise Idilko Enyedi un regard sur les plantes, leurs ressentis ou s'agit il d'une nouvelle réflexion sur la difficulté de communiquer, de se comprendre ( c'est peut-être les deux à la fois ) ?
Plusieurs pistes laissent entendre que la difficulté de communication, de se comprendre, de se connecter émotionnellement ( seule connexion qui vaille réellement, derrière les discussions de surface reposant sur les faux semblants matériels ) est au cœur des interrogations de la cinéaste.
Ses deux opus précédents ( " Corps et âmes " et " l'histoire de ma femme" ) et certains éléments tirés du scénario de " The silent friend " le laissent supposer.
Traductrice qui ne parle pas le cantonais, logiciel pour permettre de se comprendre, évocation de la solitude des personnages principaux ( H ou F ) dans les trois histoires, le gingko biloba mâle est lui aussi seul dans son jardin et l'arbre féminin trop éloigné pour permettre la reproduction naturelle.
A l'écran après une première heure qui laisse entrevoir le meilleur, " the silent friend" se fige dans un essai contemplatif qui manque de substance jusqu'à son terme ( à mon goût du moins ).
J' ai, pour ma part, préféré ( et de loin ) les deux opus antérieurs de la réalisatrice cités plus haut. " The silent friend " reste à voir - malgré ma petite déception.
Ai vu « Silent friend » de la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi qui a été présenté à la Mostra de Venise et qui a obtenu le prix du meilleur espoir pour la jeune Luna Wedler. Le film est extrêmement original techniquement, il passe du noir et blanc à la couleur avec fluidité, le montage est d’une grande précision ce qui permet de naviguer sur 3 époques en parallèle tout en ne perdant jamais pied. La photographie est évidemment somptueuse. L’élément, mais je devrais presque dire, le personnage principal du film est un Ginkgo Biloba de presque deux cent ans qui sied dans le parc d’une université en Allemagne. En 1908, il accompagne la jeune Grete (Luna Wedler excellente) qui est la seule étudiante dans une faculté de science où les mâles règnent en maitre. Dans les années 70, il regarde Hannes (Enzo Brumm) et Gundula (Marlene Burow) découvrir l’amour tout en s’occupant d’un géranium minuscule. Enfin en 2020 lors du Covid, l’arbre tient compagnie à Tony (sublime Tony Leung) lors du confinement. Léa Seydoux apparait régulièrement en WhatsApp. Très rapidement je n’ai réussi à m’intéresser qu’à une seule histoire, celle du siècle dernier en noir et blanc. Le voyage poétique, les silences, l’onirisme, l’évanescence, les rapports à la science m’ont laissé de marbre, hélas ! Je ne peux que reconnaitre les qualités techniques de ce long métrage, mais la structure narrative est trop errante et ne m’a pas permis de m’abandonner devant tant de beauté. Film totalement cérébral où il faut probablement trouver le bon moment et la bonne disposition psychologique pour apprécier cette longue contemplation philosophique de 2h30. Bien sûr j’aurais adoré être enthousiasme… peut être me faudra-t-il un autre rendez-vous avec le Ginkgo Biloba.
Nouvel exemple d’un métrage qui, au premier abord, semble ne rien raconter, mais qui, dès lors qu’on s’y penche à nouveau, délivre tant de thématiques passionnantes, des plus intimes aux plus universelles.
Un film également que l’on imagine sans peine raccourci, avant de se rendre à l’évidence que son rythme et sa pulsation forgent indéniablement cette expérience de cinéma hors du commun et hors du temps.
Retrouver Tony Leung, toujours aussi charismatique en chercheur hongkongais expatrié en Allemagne, est un bonheur immense, en tête de file d’un groupe d’acteurs et d’actrices remarquables qui ont pourtant la lourde tâche de faire converger trois timelines riches.
Un film d'une grande originalité, d'une grande richesse et d'une grande beauté. C'est à la fois une expérience narrative, une expérience intellectuelle et une expérience sensorielle, unies dans un geste poétique vraiment étonnant. Et souvent fascinant. En prenant pour cadre unique une université allemande et pour personnage central un arbre enraciné dans son jardin botanique, lequel voit passer différents groupes de personnages humains à trois époques différentes, la réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi avance en territoire peu défriché au cinéma, explorant de façon inédite et inouïe les connexions mystérieuses du monde vivant, animal et végétal, avec un focus sur la sensibilité, la communication, la conscience (?) du monde végétal. Elle ouvre un champ visuel et sonore qui nourrit une rêverie scientifique, sans négliger les portraits de personnages humains et le caractère concret de leurs histoires. Au-delà de l'exploration scientifique proprement dite, le film est ainsi une belle exploration humaine, une ode à la curiosité intellectuelle, à la liberté. Avec subtilité, des correspondances se font jour entre les différents univers vivants, captés par une observation et une réflexion communes sur la façon d'être au monde, le temps, la solitude, le silence... C'est singulièrement inspiré. Contemplatif et méditatif, ce film offre par ailleurs un long moment de calme et de douceur, infiniment appréciable. Comme une respiration dans l'agitation du monde. Comme un écrin d'intelligence et de sensibilité dans la folie du monde. Et comme une autre voie (voix ?) dans le cinéma actuel. "J'imaginais un film sensuel, au sens le plus simple et le plus fort : un film qui ralentit notre appétit pour l'histoire, pour la tension, pour le drame, pour l'intrigue, qui propose autre chose, explique la réalisatrice dans un entretien pour l'AFCAE. Le cinéma peut aussi fonctionner ainsi. L'image et le son déclenchent des sensations qui ne passent pas nécessairement par le récit." Le langage cinématographique ici déployé témoigne d'une inventivité à tous les niveaux : réalisation, image, montage, bande son, bande originale. Elle gouverne aussi la composition d'un casting qui paraît hétéroclite sur le papier, mais qui s'avère joliment harmonieux, avec notamment un Tony Leung toujours aussi fin. Perle rare d'un film rare.