"Y'a du monde au balcon", non, on ne parle pas de la foultitude de poitrines qu'on a croisée (de façon totalement naturelle, "filmées comme des genoux" : en rien vulgaires) dans cet étonnant Les Femmes au balcon, mais bien de tout ce petit cosmos suffocant dans des immeubles en plein été (chaleur génialement bien dépeinte : on a eu chaud, dans une salle de ciné glaciale) qui se rue au balcon pour avoir un peu d'air, et dont les vis-à-vis vont mener à un drame inattendu. On suit un adorable trio de femmes très complémentaires : la "sexcam-girl" (oui, petite réf au rôle de Noémie Merlant dans Les Olympiades) très extravertie interprétée par une Souheila Yacoub solaire, une écrivaine introvertie qui panique sans arrêt jouée par Sandrine Codreanu (très drôle), et évidemment la parfaite Noémie Merlant dans un rôle de Norma Jean (plus que Marilyn Monroe) qui vit mal son succès de vedette et son fiancé très collant. Comme un cousin français d'un bon Almodovar, le film s'attaque aux machos et célèbre l'amour féminin sous toutes ses formes. Aussi, on vous arrête de suite : si vous avez une once de masculinisme en vous (ce courant de pensée ultra-viriliste et misogyne), faites directement demi-tour, Les Femmes au balcon n'est pas pour vous, tant il s'amuse à taper dans les slibards avec la finesse d'un bulldozer, au point de flirter parfois avec l'idée d'un "féminicide à l'envers qui serait OK" (idée casse-gueule, même si l'on voit ce que le film voulait dire, car les scènes restent sur le ton de l'exagération comique). Mais Messieurs, pas de panique, ici on ne s'attaque à l'ensemble des hommes, juste aux gars toxiques et violents (la nuance est bien là : oui, la critique n'y va pas avec le dos de la cuillère, mais elle cible une catégorie de personnes indéfendables, celles-là même qui gonflent les chiffres tristement en essors des meurtres de conjointes, donc : allons-y gaiment). On regrettera en revanche la caméra infernalement tremblotante dans certaines scènes (avec des zooms et dézooms tellement rapides, style telenovelas, que même la caméra a du mal à refaire le point : on s'est souvent demandé ce que fichait le caméraman), ce qui sort du film par moments, dommage. Mais Les Femmes au balcon gagne tous ses points en arrivant à dépeindre un tableau "nature, peinture" d'une majorité de la population (et pas que des femmes, heureusement, les hommes de notre salle ont adhéré tout autant) qui en a ras-la-casquette des histoires d'amour qui finissent (beaucoup trop) mal, et décide d'en rire (pour une fois) dans une comédie souvent balourde (les blagues de pets, les infirmiers qui s'envoient en l'air derrière le gynéco... Bof) mais tellement efficace, attachante (comme ses héroïnes fantasques, qui n'ont rien à envier à du Almodovar), décalée, et très moderne dans son propos. Une comédie féministe, libérée et étonnante.