Peacock de Bernhard Wenger surprend par son élégance feutrée et son humour discret, au service d’une satire sociale aussi absurde que mélancolique. Le pitch — un homme qu’on peut louer pour jouer un rôle dans votre vie — pourrait faire penser à une comédie légère à la . Il n’en est rien. Ici, tout est retenue, inconfort, et introspection.
Albrecht Schuch incarne avec une justesse remarquable Matthias, caméléon professionnel, qui se perd à force d’incarner les autres. Sa performance est bouleversante, d’autant que le film choisit souvent le silence ou l’ambiguïté pour exprimer la douleur de son personnage. À ses côtés, la lumineuse Theresa Frostad Eggesbø offre un contrepoint rafraîchissant, figure de l’imprévu et de la sincérité.
Avec une mise en scène ciselée et une direction artistique soignée, Peacock évoque l’école scandinave du malaise doux-amer. On rit, mais jaune. On regarde, mais on s’interroge. Jusqu’à se demander si nous aussi, parfois, nous ne jouons pas un peu la comédie dans notre quotidien.
Un film qui prend son temps, dérange doucement, et laisse une trace bien plus profonde qu’il n’y paraît.
Un miroir social bien poli, qui renvoie surtout notre vide intérieur. Peacock, c’est Her sans l’IA, sans la gaudriole. Ici, pas de happy end, juste un homme payé pour simuler l’amour, la famille ou l’amitié… et qui finit par ne plus savoir ce que tout ça veut dire. Chaque scène est une gifle feutrée à notre société de l’image : on loue un sourire, on sous-traite une émotion, on externalise le lien humain comme on ferait appel à un traiteur. Matthias, c’est un pro du faux-semblant qui paume sa vérité. À force de faire semblant d’être tout le monde, il n’est plus personne. Et toi, t’as checké combien de fois ton reflet aujourd’hui ?