Une barque sur l’océan
Depuis 2012 et son excellent Barbara, je suis avec beaucoup d’intérêt la carrière de l’allemand Christian Petzold. Ces opus suivants, Phoenix, Transit, Ondine et Ciel Rouge n’ont fait que confirmer mon opinion, c’est un excellent cinéaste. Ce nouveau drame de 86 minutes est dans le droit fil de sa filmographie. Lors d'un week-end à la campagne, Laura, étudiante à Berlin, survit miraculeusement à un accident de voiture. Physiquement épargnée mais profondément secouée, elle est recueillie chez Betty, qui a été témoin de l'accident et s’occupe d’elle avec affection. Peu à peu, le mari et le fils de Betty surmontent leur réticence, et une quiétude quasi familiale s’installe. Mais bientôt, ils ne peuvent plus ignorer leur passé, et Laura doit affronter sa propre vie. Pour moi, ce drame du silence n’est pas, et de loin, le meilleur Petzold, même si, quoi qu’il en soit, le film reste attachant mais ça ne suffit pas à en faire un grand film.
Il y a une petite vingtaine d’années, on a vu poindre avec intérêt un nouveau souffle dans le cinéma européen – autre que le français qui s’est toujours bien porté -, venu d’Espagne, de Scandinavie et bien sûr d’Allemagne. Hélas, il n’en reste aujourd’hui que quelques noms dont celui de Christian Petzold. Dont on dit souvent qu’ils « ont la carte », à savoir bénéficier définitivement de l'attention des critiques, ce qui en veut pas dire éloge en boucle, mais une bienveillance qui leur évite le pire. C’est ici un peu le cas, car il faut avouer que, au-delà d’incontestables qualités, la matière dramatique est bien maigre et que même, si on en comprend trop rapidement le fondement. Le scénario tarde étrangement à énoncer, le pourquoi du comment, alors qu’il ne fait rien de ce délai, ne proposant en définitif rien, pour expédier le film ensuite de façon troublante. C’est beau, c’est doux, c’est pudique, c’est solaire et c’est… tout.
Heureusement, il y a la lumineuse Paula Beer pendant une heure et demi à l’écran et ça nous console de bien des déceptions. Barbara Auer, Matthias Brandt, Enno Trebs, l’entourent fort bien mais dans des rôles trop convenus pour surprendre. Certes, le film est jalonnée de touches allégoriques – souvent fort discrètes -, comme ce titre, Miroirs n°3 – Une barque sur l’océan de Ravel, qui est à peine entendue à la fin du film… Mais pourquoi pas Prélude n°4 de Chopin également interprétée – hélas en partie seulement – par l’héroïne ? Force est de constater qu’à force de faire dans l’allusif et le non-dit, le film perd de sa force dramatique et donc de son intérêt. Petzold demeure le cinéaste du deuil et de l’absence, mais il nous doit une revanche avec une œuvre un peu moins en apesanteur.