The Surfer n'est pas vraiment un film de SF comme on le lit à peu près partout, mais plutôt une réinvention (attention, sur-interprétation personnelle dans 3,2,1...) de la folk horror dans le paysage australien, avec ici le Dieu du Surf comme entité aliénante, dont le personnage de Nicolas Cage (en roue libre, comme d'habitude) fait les frais mentalement (de sa propre obsession) et physiquement (des voyous locaux). Les "ploucs" du bush vénèrent le surf au point de créer une secte très fermée et agressive envers ceux qui voudraient partager leur spot (même involontairement, comme ce pauvre vieux SDF qui habite malgré lui dans une voiture abandonnée sur le parking du spot... Pauvre vieux !), et les nouveaux arrivants (Nicolas Cage, qui entend reprendre sa vie australienne comme si les années n'étaient pas passées) deviennent fous, des fanatiques attirés par la lumières des reflets scintillants sur les vagues, comme des papillons prêts à se cramer les antennes avec plaisir sur l'ampoule incandescente. On pourrait donc dire que Lorcan Finnegan joue avec les codes de la folk horror en détournant une passion locale (le surf), avec une mise en scène complètement hallucinée (vous trouviez son Vivarium "perché" ? Vous n'êtes pas prêt pour The Surfer...), à grands renforts de focale œil-de-poisson et de plans (gratuits) sur les animaux du paysage australien (histoire de nous aiguiller un peu plus sur le fait que le film n'aurait pas eu la même importance sur un parking de Californie : l'Australie, c'est le surf, le vrai), avec une musique assez lancinante. Le résultat est très audacieux : ou l'on adhère au délire, ou l'on passe un sacré mauvais moment. Pour nous, le film est une expérience plutôt intéressante (mille fois mieux que le fade Vivarium), malgré la mise en scène plombante (on a compris que c'est du Finnegan, pas besoin de remettre la focale œil-de-poisson toutes les dix minutes...) et un Nicolas Cage à l'interprétation en surchauffe, donnant à l'ensemble une allure de film très excessif, aussi fin qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, mais qui nous fascine assez, voulant savoir si ce pauvre gars à la Lexus lustrée finira par sortir (malgré lui, puisqu'il y reste de son plein gré, en pleine adoration pour le surf qu'il convoite, tandis que son fils se barre dès le début... C'est vraiment là où on a trouvé le film génial : le mec s'inflige lui-même sa propre torture, il peut partir à tout moment, mais il continue dans son délire... Une idée vraiment originale du scénario !). The Surfer, si l'on gratte la sur-couche de wax de la planche, révèle une critique assez acerbe du fanatisme, illustrée par quelque chose d'aussi bête qu'un spot de surf (ce qui ne manque pas en Australie, capitale du surf), prenant des proportions désastreuses par la bêtise humaine. Une séance surprenante que ce The Surfer, ce qui est un compliment pour nous, emportée par la folie conjointe d'un Nicolas Cage parfait (en frappadingue) et d'une mise en scène audacieuse. Sortez votre planche, et par pitié, contrairement à ce que Cage a dit au Festival de Cannes : ne bouffez pas le rat.