Pour son 1er film, Nelson Foix s'attaque à un genre pas très répendu dans le cinéma français : le "Hood Moovie".
Il reprend parfaitement les principaux codes américains mais y ajoute plusieurs atouts pour rendre son œuvre , non seulement originale, avec une tonalité propre, mais surtout très puissante.
Au-delà de l'histoire de drogue, des gunfights, du hip-hop et des gros moteurs, il y a en arrière plan une vraie dénonciation de la société française, non seulement métropolitaine, qui relègue ses DOM-TOM au 2nd, voire 3ème plan, mais aussi de la société Guadeloupéenne elle-même, trop morcelée pour espérer un avenir meilleur dans l'immédiat. Foix le fait intelligemment, toujours en arrière plan, comme un bruit de fond, dénonçant sans désigner pourtant un méchant ou un seul responsable. Cette nuance et cette discrétion on la retrouve aussi dans le traitement des femmes. "Zion" est bien plus féministe qu'une grande partie des films qui se revendiquent comme tels. Dans un monde d'hommes et de violence, les quelques lueurs d'espoir viennent principalement des femmes.
Ces 2 propos en arrière plan, donnent une portée tout autre à un film déjà puissant, car Foix aborde aussi la question de la parentalité (notamment les relations père fils) de manière pudique et puissante (vous ne le vivrez d'ailleurs probablement pas de la même façon que vous soyez parent ou non). Une puissance qui se retrouve aussi dans les acteurs, dont l'interprétation est globalement de haute volée, en particulier Sloan Descombes, habité par son rôle et Saint-Eloi Dominique dont la présence à l'écran (alors qu'il n'a quasi aucune ligne de dialogue) est impressionnante. Ajoutez à ça un scénario travaillé, qui ménage bien ses effets avec de nombreux rebondissements, notamment lors d'un final assez bouleversant, une réalisation solide er des scènes d'actions tendues et vous obtenez un film, qui nous seulement tient en halène, mais en plus dans lequel on a envie de s'investir en tant que spectateur.
Sans temps morts, puissant dans son propos, réussissant dans toute cette désespérance à donner quelques instants de grâce autour des 2 duo père-fils, Zion est aussi dur (car s'inspirant largement de la réalité) que beau. Donnant à voir la Guadeloupe, rarement exploitée au cinéma et encore moins sous son angle "sombre", Nelson Foix signe un film mêlant parfaitement action, émotion et remise en cause sociale. Pour un premier essai c'est tout simplement un coup de maître.