Il y a des films qui, mine de rien, vous touchent profondément. C’est le cas de celui-ci.
Peu encensé par la critique, peu mis en avant, presque sans promotion, il se présente comme un drame familial intimiste où, en apparence, rien de véritablement dramatique ne se produit. Pas de violence, pas de tragédie spectaculaire : ni viol, ni femmes battues, ni meurtre, ni alcoolisme. Juste un couple d’une cinquantaine d’années, ensemble depuis (trop) longtemps, qui décide de se séparer.
Le mari cherche alors une forme d’exutoire inattendue : le stand-up. Il se produit dans ces clubs ouverts à tous, si nombreux à New York, véritable berceau de la scène pour les humoristes en herbe.
Au début, il faut accepter de se laisser porter. Le rythme est lent, on ne sait pas très bien où le film veut nous mener. Puis, peu à peu, on entre dans l’intimité de ces deux protagonistes — et surtout dans la tête d’Alex. Il est bouleversant dans sa fragilité, presque toujours filmé en gros plan, parfois de profil, comme pour mieux capter la moindre fissure de son visage.
La mise en scène de Bradley Cooper, souvent à la caméra à l’épaule, évoque par moments le cinéma de John Cassavetes, avec cette même sensation de proximité presque documentaire.
Je me suis surpris à avoir la larme à l’œil à la fin, sans doute aidé par le magnifique Under Pressure.
La performance des acteurs, enfin, est d’une justesse remarquable. De mon point de vue, seuls les Anglo-Saxons savent encore révéler des talents de plus de cinquante ans quasi inconnus hors de leurs frontières, comme Will Arnett, dont je n’avais très honnêtement jamais entendu parler auparavant.
À l’inverse, Laura Dern est une grande actrice, discrète mais sublime, qui officie depuis les années 1980, de Smooth Talk à Big Little Lies, en passant par Jurassic Park et Wild at Heart.
Au final, une réussite indéniable.