Même si "Beau Is Afraid" m'avait un poil déçu, je restais très ouvert à l'arrivée du nouveau film d'Ari Aster. C'est un metteur en scène qui m'a toujours surpris par son travail et qui reste bien plus intéressant à suivre que beaucoup d'autres réalisateurs d'Hollywood. Cependant, "Eddington" m'a rapidement interrogé, notamment par son style. Alors que les films de ce dernier ont toujours beigné dans une approche étrange et mystérieuse, celui-ci semblait vouloir amener un ensemble bien plus terre-à-terre. Dans les grandes lignes, le film est une immense représentation de l'Amérique post-Covid, avec tous les sujets qui en découlent. On va donc évidemment parler de la pandémie, mais également du mouvement Black Lives Matter, de sexisme, de racisme en tout genre, etc... Et donc, même si le style paraît très éloigné de ce que l'on connaît d'Ari Aster, le scénario semble quand même proche de sa précédente production dans l'approche. Ici, on est encore face à quelque chose de très dense et qui veut parler d'énormément de choses. Et globalement, c'est encore une fois le problème, le film étant beaucoup trop rempli. Que l'on soit clair, le souci n'est pas de vouloir parler de ces choses, c'est même osé de le faire. C'est plutôt intéressant qu'un réalisateur comme lui se lance là-dedans, et on sent qu'il a un point de vue parfois très appuyé sur certains sujets. Personnellement, l'approche qui m'a le plus marqué va venir de sa mise en avant des complotistes, qui ont pris beaucoup de place durant la pandémie. Ari Aster y développe une communauté qui a perdu tout repère et qui se laisse donc guider par des théories toutes plus farfelues les unes que les autres, et honnêtement, j'aime la représentation qu'il en fait. Malheureusement, cette dernière est aussi l'exemple parfait de ce que je disais, à savoir que cela reste quand même assez sous-développé. Toute la relation avec la femme de Joe semble amenée à ça, mais hormis la séquence avec Austin Butler, on ne va pas plus loin. Et c'est donc un peu l'impression que me donne chaque élément, car chacun peut être intéressant si on le prend individuellement, mais ils sont tellement nombreux qu'aucun ne ressort véritablement. Tout est sous-développé, et on se retrouve donc à naviguer un peu à l'aveugle pour réellement comprendre de quoi l'histoire veut nous parler. Surtout que, dans le fond, je crois comprendre ce que voulait faire Ari Aster. En ouvrant et en fermant son film via un élément bien précis, il semble vouloir nous dire que tout est vain, qu'une seule chose a réellement de "l'importance" dans ce monde actuel. Et en vérité, je serai prêt à l'accepter, mais j'ai quand même beaucoup de mal avec cette approche. Si tout est si simple, pourquoi proposer un film aussi long ? Honnêtement, sur les plus de deux heures, je me suis ennuyé un bon paquet de temps. Et surtout, en sortant de son style habituel, on sent que le réalisateur a donc moins d'idées marquantes dans ses visuels. Certes, c'est très loin d'être mal mis en scène, mais c'est bien moins marquant que ce qu'il nous avait proposé avant. À la limite, le seul point vraiment très convaincant du film vient du casting, chacun étant très bon. Je regrette que beaucoup d'entre eux n'aient pas eu plus de temps d'écran, Joaquin Phoenix étant vraiment au centre de tout, même si cela ne les empêche pas de briller. En bref, je trouve que ce film est actuellement le projet le plus quelconque de sa filmographie. Honnêtement, il est très dense et il est loin d'être mal fait, mais je n'ai rien ressenti de particulier face à lui. Globalement, même le message principal est assez mal exprimé, ce qui offre donc un tout bien trop décevant. Pour conclure, une vraie déception.