Ari Aster signe avec Eddington un film audacieux et singulier, où le thriller, le western moderne et la chronique sociale se mêlent avec une étonnante fluidité. Loin des horreurs psychologiques de Hereditary ou Midsommar, Aster explore cette fois la fracture sociale et politique américaine, en plaçant le spectateur au cœur d’une petite ville en pleine pandémie de COVID‑19.
Le scénario, divisé en deux parties distinctes, suit le shérif Joe Cross (Joaquin Phoenix) et le maire Ted Garcia (Pedro Pascal) dans un conflit qui ne cesse de monter en intensité. La première partie installe un quotidien crédible, parsemé de tensions latentes et de scènes de vie remarquablement observées, tandis que la seconde explose lorsque le COVID frappe et que le shérif décide de prendre les choses en main.
La force du film réside dans l’authenticité de ses personnages. Les interactions entre générations de la mentalité « Old School » à la Gen Z sont saisissantes, souvent drôles, et reflètent avec justesse les absurdités de la vie quotidienne. Le casting est irréprochable. Phoenix, Pascal, Emma Stone et Austin Butler apportent à leurs rôles une densité et une humanité rare, donnant vie à une galerie de personnages divers et crédibles.
Avec un budget de 25 millions, Aster parvient à créer des décors naturels et immersifs, où chaque détail contribue à l’illusion d’un monde vrai. Malgré sa durée de 2 h 25, le rythme est soutenu, les tensions sociales et personnelles palpables, et l’on sort de la séance avec la tête pleine, mais pas saturée : le film accroche, provoque, mais jamais de manière artificielle.
Eddington n’est peut‑être pas le film de l’année, mais c’est un film humain, juste et dense, qui illustre avec brio la maîtrise d’Ari Aster pour raconter des histoires complexes et socialement pertinentes.