Lettres siciliennes
Anecdotes, potins, actus, voire secrets inavouables autour de "Lettres siciliennes" et de son tournage !

Sujets de prédilection

Fabio Grassadonia et Antonio Piazza avaient déjà traités de la mafia et de la Sicile dans leurs précédents longs-métrages, Salvo et Sicilian Ghost Story. Le duo avait dès le départ l'idée de faire une trilogie. Grassadonia précise en quoi Lettres siciliennes se distingue des deux autres films : "Nous sommes dans une étrange comédie noire, avec une dimension grotesque. Cela donne l’impression d’un choix assumé mais on pourrait ajouter, d’une manière paradoxale, que Lettres siciliennes est le plus réaliste des trois. Parce que, dès que nous avons voulu raconter l’histoire de ce fugitif, de ce mafieux reclus et recherché, et avons fait des recherches, creusé ce sujet, et ce pendant plusieurs années, peu à peu nous est apparu le monde autour de lui."

Matteo Messina Denaro

À l'instar de Sicilian Ghost Story, qui s'inspirait d'un fait divers, Lettres siciliennes part d’une personne qui a réellement existé, Matteo Messina Denaro, tout en s’appuyant sur ses courriers qui donnent au film son titre. Surnommé "Diabolik" ou "Le Dernier Parrain", Messina Denaro a été l’un des derniers grands chefs mafieux, malgré plusieurs décennies à vivre dans la clandestinité. Né le 26 avril 1962 à Castelvetrano, il fut l’une des grandes figures de la mafia sicilienne Cosa Nostra qui inspira la mythique saga du Parrain de Francis Ford Coppola.

Pour Antonio Piazza, son histoire est "la définition même de la cruelle absurdité de ces années. C’est la page la plus sombre de l’histoire de l’Italie car Messina Denaro a été recherché pendant trente ans. Même s’il était très intelligent, différent des autres types de chefs mafieux, une personne activement recherchée ne peut pas l’être aussi longtemps sans bénéficier de protections, notamment de ceux qu’on pourrait appeler les loyaux serviteurs de la nation, en particulier la police et les services secrets."

Le film n'est pas un biopic, mais s'inspire toutefois de la vérité, comme la correspondance de 2004 à 2006 entre Messina Denaro et l’ancien maire de son village qui avait été approché par les services secrets pour le coincer. Les réalisateurs ont commencé à écrire Lettres siciliennes à partir de cette correspondance tout en ajoutant des éléments inspirés de faits réels.

Un personnage librement inspiré de la réalité

Catello, interprété par Toni Servillo, est inspiré d'une personne réelle, mais les réalisateurs ont pris beaucoup plus de libertés qu'avec Matteo Messina Denaro. Fabio Grassadonia explique : "En confiant le rôle à Toni Servillo, on voulait que ce personnage incarne la figure typique du masque propre à la comédie italienne, celle des années 60 représentée par des comédiens comme Alberto Sordi, Vittorio Gassman. Pour nous, Toni Servillo était l’interprète idéal, ayant cette incomparable liberté pour nous offrir ce qu’était ce personnage, à savoir un véritable clown, sans aucune moralité, changeant de visage, offrant toute une série de masques". L’homme qui leur a servi de modèle pour Catello est mort en prison pendant la période de pandémie de Covid, car il avait été de nouveau arrêté pour ses liens avec des policiers corrompus qu’il faisait chanter avec des enregistrements.

Deux méthodes d'acteur différentes

Toni Servillo et Elio Germano avaient chacun sur le plateau une approche différente de leur jeu. Ainsi, le premier a beaucoup travaillé avec les réalisateurs sur le scénario et les dialogues. "Toni Servillo est une parfaite machine, en mesure de reproduire la même chose plusieurs fois, avec les mêmes gestes, le même jeu, ce qui aide beaucoup les acteurs jouant avec lui", témoigne Fabio Grassadonia.

À l'inverse, son partenaire de jeu était dans une approche plus organique et instinctive. Il a préparé son rôle à travers son physique (sa manière de parler le dialecte de la région de son personnage, sa façon de remuer ses lèvres...), et s'est isolé de l'équipe, en allant vivre dans la région avant le tournage pour côtoyer les habitants. Grassadonia précise : "Avec Elio Germano, c’est le mystère permanent. Quand on dit « moteur », on ne sait pas du tout à l’avance ce qu’il va nous sortir. Chaque prise est une découverte. Tout dépend de son état d’esprit du moment. Il peut changer les dialogues ainsi que ce qui était prévu initialement dans la scène sans en perdre le sens ou la raison profonde."

Puzzle

Il y a une scène dans le film où Matteo termine un puzzle géant représentant la Sicile et auquel il manque juste une pièce. Cette scène s'est réellement passée : Matteo Messina Denaro avait une passion pour les puzzles et a une fois demandé à la femme avec laquelle il vivait à l’époque d’écrire une lettre pour réclamer la pièce manquante d'un de ses puzzles. "D’ailleurs sa lettre était beaucoup plus longue que celle dictée dans le film. Derrière ce fait, il y a l’idée qu’il ne contrôle pas tout, qu’il est aussi une pièce de ce puzzle. Ce n’est pas le roi contemplant son royaume, ni celui qui tire les ficelles, juste une marionnette parmi d’autres", explique Antonio Piazza.

Iddu

Le titre original de Lettres Siciliennes est Iddu, un mot sicilien qui veut dire "lui" et qui est aussi employé pour se référer à Dieu. En Sicile, iddu est le volcan. "Parmi les nombreux surnoms pour désigner Matteo Messina Denaro dans les lettres qu’on lui adressait, afin qu’il ne soit pas identifié, il y avait celui de "volcan"", explique Antonio Piazza.

Interdit en Sicile

À sa sortie, Lettres siciliennes n'a pas pu être montré en Sicile, dans le village de Matteo Messina Denaro, car le propriétaire du cinéma de Castelvatrano n’est autre que le fils de la personne qui a inspiré le personnage de Catello. L'affaire a fait du bruit quand elle a été médiatisée. Au final, les politiques de Castelvetrano et le maire, pour ne pas paraître complices de la décision du directeur du cinéma, ont organisé une projection du film dans une salle qu’ils ont aménagée en louant l’équipement nécessaire.

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