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Laurent Boutonnat
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4,5
Publiée le 12 avril 2026
Le sujet de ce film ne plaira sans doute pas à tout le monde, et pour cause : il traite de la rencontre entre Ali, un immigré marocain d'âge moyen, et une femme allemande d'un certain âge. Ces deux personnages que tout oppose s'aiment et décident de vivre ensemble dans une Allemagne encore très raciste. Il ne faut pas oublier que ce film date de 1974, et à l'époque le racisme était monnaie courante, tout comme les idées reçues sur les immigrés maghrébins. On en a un bel aperçu dans le film, car tout est montré. On se dit qu'aujourd'hui, même si les choses ont évolué, ce racisme primaire est toujours présent chez certains. Le film est vraiment intéressant à suivre, les acteurs jouent bien sans en faire trop. Les immigrés maghrébins masculins sont présentés comme étant des hommes dignes, bien habillés et propres, qui tentent de s'intégrer là où ils vivent. Ce long métrage est très humain, avec des passages touchants et tristes, et d'autres plus joyeux. À sa sortie en 1974, il a dû choquer une partie du public. Même aujourd'hui, il en choquerait encore certains.
Deux ans après la prise d’otages d’athlètes israéliens, au cours des jeux olympiques d’été de Munich, par le commando terroriste palestinien Septembre noir, le réalisateur dénonce le racisme vis-à-vis des Arabes en Allemagne, à travers l’histoire d’amour, à Munich, entre une femme âgée, veuve d’un mari polonais, mort en 1955, femme de ménage, Emmi Kurowski [Brigitte Mira, 64 ans, dont c’est la 1ère collaboration sur 8 avec le réalisateur et qui interprètera le rôle-titre dans « Maman Küster s’en va au ciel » (1975)] et un travailleur émigré (depuis 2 ans) marocain, plus jeune, se faisant appelé Ali (El Hedi ben Salem, 38 ans, amant, à l’époque, du cinéaste). Le titre original (incorrect grammaticalement, en référence à la difficulté d’Ali de parler bien allemand), la peur ronge l’âme, est beaucoup plus juste et explicite que le titre français. C’est aussi, d’une part, un film sur l’égoïsme, des 3 enfants d’Emmi (dont l’un joué par le réalisateur), des voisins, des collègues et des commerçants, ainsi que sur la solitude (d’Ali et d’Emmi). Le film est très éloigné de celui de Douglas Sirk, « Tout ce que le ciel permet » (1955) où il n’est pas question de racisme mais de préjugés de classe (une veuve s’éprend de son jardinier). Ironie du sort, l’acteur jouant Ali aura aussi une triste fin : il meurt à 40 ans, en prison (à la suite d’une rixe en France), d’un infarctus du myocarde. Le nazisme et l’Allemagne post-,nazie qui feront l’objet de films ultérieurs, sont évoqués brièvement spoiler: lors du repas d’Emmi et d’Ali, juste après leur mariage, à l’Osteria Bavaria, fréquenté par Hitler de 1929 à 1933.
C'est peut-être l'un des films les plus intéressants de Fassbinder à cette heure mais qui a toujours le même problème que ses autres réalisations. On sent avant tout l'homme de théâtre. Et donc, comme à chaque fois là aussi, ça ne marche qu'à moitié. Les scènes sont longues, les personnages peu expressifs et les dialogues trop théâtralisés. Pourtant, l'écriture et l'histoire sont intéressantes, mettant en scène ce racisme à la fois décomplexé, mais surtout cette xénophobie envers des gens qu'on ne connait pas. On retrouve donc les clichés coutumiers, des migrants qui ne se lavent pas, qui ne voudraient pas apprendre la langue, qui ne travaillent pas... Et la réalité avec Ali, personnage introverti qui ne fait que vivre dans son coin. Même si le film en fait parfois trop, la leçon n'en reste pas moins cohérente.
Peut-on vraiment parler d'une histoire d'amour ? Peut-être, mais c'est à n'y pas mettre sa main au feu tant le flou est épais et entretenu autour des motivations d'Ali. Ce film là, au titre original bien plus éloquent, c'est avant tout la rencontre de deux solitudes, trouvant leur origine dans une source différente. Elle, modeste femme de ménage, vivant un veuvage long de 19 ans et sans réel contact avec sa famille, de là à dire que cette dernière l'a laissée tomber, il n'y a qu'un pas. Lui, ouvrier marocain immigré complètement déraciné, loin de tout. Une rencontre plus opportuniste qu'amoureuse. C'est comme ça que je le ressens. Le racisme ambiant ? Il ne naît pas d'une hostilité naturelle envers l'étranger, mais d'une méconnaissance, même d'une peur à son encontre. L'acceptation d'Ali ressemble davantage à de l'hypocrisie qu'à de la prise de conscience. N'oublions pas que l'on est chez Fassbinder et que chez lui, comme chez les autres cinéastes majeurs de ce nouveau cinéma allemand, l'espoir n'existait pas. En témoigne cette fin, venant conclure une seconde partie de film davantage mélodramatique et moins convaincante, bien plus ambiguë qu'elle n'y paraît.
En 1974, Rainer Werner Fassbinder imaginait ce film dans lequel une femme de ménage allemande d’une soixantaine d’années, veuve, et un garagiste marocain de vingt ans son cadet (incarné par El Hedi ben Salem, l’un des amants du cinéaste) tombaient amoureux. Volontairement théâtral et outrancier, le long métrage est un moyen pour Fassbinder de décrire une société allemande littéralement rongée par le racisme et la jalousie : il dresse le portrait de petites gens fort peu sympathiques, à l’aigreur systémique. Tous les autres s’appellent Ali prend une tournure plus intéressante dans une dernière partie qui voit ce couple improbable se fissurer, rattrapé par des réalités intimes et collectives auxquelles il lui est difficile se soustraire. Un belle parabole humaniste.
La rencontre entre un immigré marocain et une veuve plus âgée dans l’Allemagne des années 70. Un mélodrame social puissant et touchant qui illustre le racisme ordinaire d’une société intolérante et pleine de préjugés.
La réalisation est bien mais on ne peut pas oublier que dans un film il y a un scénario. Or celui de ce film est une histoire grossière à force d'accumuler les stéréotypes. On a compris au bout d'un quart d'heure qu'il s'agit pour le réalisateur de montrer que les méchants (ici à peu près tous les Allemands) sont moins bien que les gentils (ici un Marocain et des gens comme lui). S'il s'agit de regarder ça comme un pur exercice de style, c'est réussi ; cependant qu'en tant qu'oeuvre c'est peu intéressant.
Fassbinder est ici plus que jamais subversif. La provocation a certes perdue un peu de sa force avec le recul, mais le thème abordé, l'incongruité de cet amour incorrect socialement restent un témoignage incisif de la remise en cause d'une Allemagne bien pensante, située à dessein en Bavière. La mise en scène est théâtrale, les personnages sont figés dans leurs certitudes et le quant dira-t-on. Le rouge estampille l'image et les couleurs vives n'offrent pas de nuances, les acteurs sont souvent filmés entre deux portes verticales, coincés dans des cases. "Le bonheur n'est pas gai" dit le préambule du film. Ali (Mohamed etc…) parle par onomatopées mais lit les âmes comme un devin. Y compris celle de sa nouvelle femme, dont il verra à son tour les limites. Il n'y a pas de place pour des nuances chez Fassbinder, écorché vif du nouveau cinéma allemand. TV vo- juin 2022
Tous les autres s'appellent Ali est un film plutôt sympathique. Ce n'est pas le film le plus marquant abordant la question du racisme ; mais peut-être parmi les premiers (le film date de 1974). Il l'aborde simplement, sans trop de surprise (surtout aux yeux des spectateurs d'aujourd'hui, plus familier avec le traitement de ces questions au cinéma) mais sans en faire des tonnes. Les deux acteurs principaux (El Hedi Ben Salem et Brigitte Mira) jouent très correctement. Ce n'est pas le film de l'année, mais il est plutôt bon.
Un Ali au jeux naturel, puisqu'il semble de ne pas être comédien de profession (je peux me tromper). Et une actrice qui est très touchante si l'on est un minimum sensible aux histoires "d'amour impossible". Même s'il s'agit plus d'un amour difficile. C'est donc un style épuré qui porte le film de Fassbinder. Et je trouve que ça apporte de la valeur au film. Les scènes sont simple évidente, ne cherchant midi à quatorze heure. L'aspect humain dépassant la simple histoire d'amour, puisqu'il y a une véritable volonté de faire du cinéma très pure. Une proposition qui laisse du monde sur le bord de la route et c'est pas si mal, il y a des vrais choix qui ont été fait.
J’ai pleinement adhéré à la première partie de cette histoire d’amour improbable et manichéenne qui s’impose malgré les préjugés racistes et la méchanceté, laquelle atteint son paroxysme de violence avec la présentation aux enfants, et où seul le propriétaire (par intérêt ?) se montre conciliant. Malheureusement, après cette première moitié convaincante et réussie, le scénario (ou le montage ?) part en vrille, et perd totalement sa pertinence, malgré quelques scènes réussies (la nouvelle femme de ménage).
Excellent mélodrame de Fasbbinder qui nous amène à réfléchir sur le racisme. Tout ici est présenté simplement mais avec beaucoup de réalisme et de froideur comme disent certaines critiques. Les deux acteurs principaux sont très bons. Ils expriment leurs émotions avec beaucoup de tact.
Jolie surprise cette histoire d'amour impossible et pourtant passionnelle entre deux êtres qui a la base tout oppose. Fassbinder filme avec pudeur et cruauté en même temps la difficulté de s'aimer malgré ce qu'en pense la société, la famille, les amis, les collègues. Peut être parfois un chouille stéréotypé, le film reste un beau plaidoyer de l'amour et du droit à la différence. À voir
Et c’est parti pour un tour du cinéma ouest-allemand, après avoir découvert avec émerveillement la réalisation de Despair, respectueusement une histoire des temps anciens de virtuosité après querelle assommante, s’attelant de suite voir Ali, dont tous les autres l'appellent en français. C’est très bien comme ça, parle pas l’allemand, permettant d’apprendre quelque mot scolaire, rendant grâce aux sous-titres sans besoin de révéler, un secret jalousement bien gardé, Rainer Werner Fassbinder, du nom d’artiste de cinéma bourgeois, ne s’adresse pas qu’aux bourgeois associés au malin et à l’intelligence.
Libre d’esprit non du corps possédé par les êtres enlacés rendez-vous cafétéria déjeuner dîner en amoureux, à interpréter en cameo ce scénario et décrire en réflexion personnelle sans foi derrière, comme l’ethnie représentative du personnage principal au cœur d’une intrigue romantique contrariée. Il ne peut aimer tranquillement une veuve solitaire beaucoup plus âgée que lui, en tant que cadet et elle l’aînée, l’écart est distant au millimètre, sans avoir ce mauvais regard inquisiteur qui ne les lâche d’une semelle, venant de ses compatriotes encore marqués par la guerre.
Une douleur des plus atroces à l’intérieur ventral, l’hyperstress bactériologique contaminant des travailleurs de même situation, une condition sociale que vivra l’étranger, accueilli par un pays hostile à sa couleur de peau provoque ulcère. S’adaptant à la linguistique parfaite comme il pourra, origine migratoire entre les deux nations inconnue, chevauchant le Maroc vers l’Allemagne, on ne voit pas aussi les coutumes philosophiques, juste de la musique folklorique culturelle.
Les amants sont très liés dans ce film mis à nu, c’est calme de trouver une partie de jeu bruyante au rappel à la loi, alors qu’en faite, on sait pourquoi que la raison reviendra au même constat, l’animosité des habitants scandalisés envers cette relation inédite anti-conventionnelle extraordinaire. Toute une mise en scène délicate, laissant planer l’ombre d’Hitler n’était pas loin, où ils mangèrent ensemble au restaurant national germanisé dans l’histoire blessure, la cicatrisation du temps comptant, le racisme ordinaire s’installe doucement dans les années 70, un amour que fera barrière la famille.
En deuil perpétuel paternaliste complètement dépaysée par la venue subite de ce choc culturel, on ne comprend pas ce voisinage et ces commerçants au passé sombre, finissant en conclusion critique avec les sublimes films d’exilés confrères germaniques, Douglas Sirk, le jeune homme et la vielle femme comme inspiration mère afin de mieux connaître ce film fils.
Aussi beau dans l’humanisme qui s’en dégage qu’implacable dans la mécanique de son scénario, ce film est le meilleur Fassbinder que j’aie vu à ce jour: parfaitement écrit, très bien réalisé et d’une vérité qui le maintient à égale distance de l’optimisme et du pessimisme sur la question du racisme inhérent à la société allemande des années 70. Une histoire à la Douglas Sirk, mise en scène avec la sobriété statique d’un Kaurismaki, entre la tragédie amoureuse et le cinéma social.