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Michel Mayoud
9 critiques
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5,0
Publiée le 16 novembre 2025
J’ai tout aimé de ce film, la sobriété du propos, la délicatesse, le jeu de ses acteurs et le sujet rarement abordé dans les films américains qui parviennent jusqu’à nous. Il y a une violence latente mais contenue malgré l’ambiance tendue et l’alcool que ce père à la dérive consomme comme antidépresseur. On ne voit de la famille que le père et ses deux filles qui se rencontrent chaque été pour quelques semaines d’ennui au cours desquelles la relation lentement se détériore mais résiste. C’est un bel hommage à la famille et aux difficultés des pères maladroits et enchainés au rôle d’homme qu’il ont à jouer. C’est, en douceur, un regard cru sur l’existence et l’amour filiale. C’est un film que tous les hommes devraient voir comme un devoir à faire.
C’est bien connu : on ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille. Violetta et Éva, deux gamines qui vivent avec leur mère en Californie, ont hérité d’un père pas franchement modèle. Chaque été, il les accueille dans sa petite maison avec piscine, du côté du Nouveau-Mexique, pour le meilleure ; et surtout pour le pire. Un père instable, sans emploi, porté sur la boisson et le cannabis, dont les qualités ne sautent pas aux yeux, mais qui aime ses filles comme il peut .
Durant quatre étés - pour autant de chapitres -, on suit les retrouvailles entre ce père un peu paumé et ses deux gamines, qui, à la fin du film, seront devenues de jeunes femmes. Primé au festival de Deauville en 2024, In the Summers se révèle touchant et passionnant dans ce qu’il montre des rapports entre un père et ses filles. Un type pas vraiment doué, mais qui tente, tant bien que mal, de se montrer à la hauteur, même s’il s’y prend souvent de travers. Sans jamais juger ses personnages, et en faisant preuve d’une vraie empathie pour chacun, la réalisatrice Alessandra Lacorazza signe un joli film. À travers les silences, les petits détails, les regards, elle parvient à tisser un portrait sensible d’une famille décomposée. Elle montre aussi comment, au fil des années, les caractères et les personnalités de chacun évoluent. Avec en toile de fond un coin paumé du Nouveau-Mexique, très joliment filmé, Alessandra Lacorazza livre un film plein de délicatesse et de douceur, sans jamais céder aux bons sentiments.
J'ai hésité avec 2,5. Dans le genre, j'ai préféré "Aftersun" avec Paul Mescal. Ce qui est bien rendu c'est la tension et le stress qui pèsent sur les fillettes chaque été devant ce père séparé énigmatique et alcoolique au Nouveau-Mexique et le lien qui a du mal à se nouer de ce fait. Cela pourrait être du théâtre, même lieu, même personnages, même période de l'année à des années d'écarts (4 périodes-4 chapitres). Je n'ai pas été embarquée car les 4 âges des filles- petites filles- adolescentes- jeune fille- jeunes "femmes" sont joués par des actrices différentes et le père qui ne vieillit pas (sur une dizaine d'années)..Difficile de faire autrement et c'est un premier film. Sur les 4 périodes, les filles s'ennuient beaucoup au début, nous aussi..et après arrivent à trouver leur marque. Je ne me suis pas attachée aux personnages du fait du dispositif. J'ai aimé "les vanités" qui introduisent les périodes avec des éléments des scènes à venir.
Beaucoup de non-dits de la part des enfants, une colère sourde qui émane du père addict à l'alcool alors qu'il aime ses enfants, on attend un geste ou une parole de trop pour que tout explose. La fin est très sensible et laisse espérer une amélioration des relations.
Vicente a deux filles. Leur mère a obtenu leur garde et les élève en Californie. Mais chaque été, Violeta et Eva prennent l’avion pour le Nouveau-Mexique et viennent passer quelques semaines de vacances chez leur père.
"In the Summers" est le premier film, tourné sans stars, d’une réalisatrice américano-colombienne qui a puisé dans ses souvenirs d’enfance. Sa bande-annonce m’avait laissé craindre le pire : l’incontournable rédemption d’un père qui réussira à combattre les démons qui le rongent pour retrouver l’amour de ses filles qu’il aime si fort.
Mais, primé à Deauville et à Sundance, "In the Summers" est autrement plus subtil que le pathos gluant que je m’étais inventé.
Sur la forme : avec quasiment aucune indication de lieu (même si on parvient à comprendre que l’action se déroule dans une petite ville perdue du Nouveau-Mexique proche de la frontière) ni de temps, "In the Summers" laisse lentement se deviner son sujet : raconter une relation père-filles à travers quatre étés passés ensemble, sans rien dire des (longues) périodes qui les séparent. Lors du tout premier, Eva et Violeta sont encore des fillettes d’une dizaine d’années à peine. Lors du quatrième, elles sont devenues adultes.
Sur le fond : "In the Summers" est beaucoup plus ambigu qu’une happy end story. Il doit sa justesse à son personnage principal interprété par René Pérez Joglar alias Residente, rappeur portoricain connu sur la scène musicale, qui se révèle un acteur étonnant. Dès la première scène, au soin maniaque qu’il prend à rapetasser sa maison pour y recevoir ses filles, on perçoit son anxiété, son souci de bien faire, sa peur que ses addictions à l’alcool et à la drogue ne reprennent le dessus. On ne dira rien de plus sur la façon dont sa relation avec ses filles évolue d’un été à l’autre, sachant qu’on en a déjà peut-être trop dit en évoquant l’absence de happy end. Disons simplement que le film réussit à nous surprendre en évitant les rebondissements les plus convenus.
Dépourvu de tout pathos et de toute complaisance, "In the summers" surprend par l’originalité de sa construction et par la justesse de son ton.
Très joli film sur les rapports troubles et impossibles entre un père totalement dysfonctionnel et ses deux fillettes qui d’un été à l’autre n’en finissent pas de grandir et de s’éloigner de sa figure de plus en plus contestée
On a sans doute une impression de répétition pendant que les étés de ces jeunes filles se succèdent, mais l’émotion est grande dans ces difficiles relations avec leur père bien perturbé.
Très beau film d'apprentissage, ce premier long de Alessandra Lacorazza suit le parcours de deux jeunes filles qui retrouvent, lors de plusieurs étés, un père portoricain toxique mais aimant. Avec une infinie délicatesse, la cinéaste nous montre ces enfants grandir, au gré d'ellipses temporelles intelligemment rythmées, devenir progressivement des jeunes femmes qui affirment leur personnalité, désireuses d'aimer et d'admirer un père paumé, alcoolique, qui oscille entre une tendresse sincère et l'humiliation blessante de celui qui, largué, exprime des sentiments confus par des excès de violence. Les trois personnages sont rendus attachants par leurs interprètes et par une direction d'acteurs qui évite le pathos, dans des paysages du sud-ouest américain parfois grandioses.
Film assez stressant dans une famille ou l'alcool se conjugue avec la violence malgré l'amour que cet homme porte à ses filles qui en retour sont complètement désorientées par son comportement
Un père, deux filles, quatre étés : une équation intime et déchirante. In the Summers d’Alessandra Lacorazza capte avec une précision troublante ces interstices du lien filial, entre tendresse vacillante et absence brutale. Primé à Sundance, le film refuse les effets de manche pour préférer les silences, les regards, et cette temporalité flottante propre aux souvenirs d’enfance.
Dans le rôle du père, René “Residente” Pérez Joglar surprend par une justesse brute. À ses côtés, les actrices, à différents âges, incarnent Eva et Violeta avec une douceur cabossée, jamais démonstrative. La mise en scène capte le minuscule — un geste raté, un rire étouffé, un été trop court — et nous renvoie à notre propre mémoire. “Il n’y a pas de bons pères, il n’y a que des tentatives” : voilà le cœur du film.
Alessandra Lacorazza signe un premier long-métrage d’une maturité saisissante, où la complexité des liens familiaux n’est jamais tranchée. Elle filme l’imperfection avec élégance, et le chaos avec retenue. In the Summers n’est pas un cri, mais un frisson prolongé — et c’est peut-être pour cela qu’il nous reste si longtemps en tête.