Un ratage qui commençait pourtant sous les meilleurs auspices, laissant espérer un renouveau solide, mais qui s’égare progressivement jusqu’à saborder ses propres promesses. Et malgré ce que certains prétendent, le film demeure profondément méta dans son approche, à défaut d'être didactique. Le film commence donc avec un premier acte franchement engageant qui remet en lumière avec assurance l’une des final girls les plus iconiques du cinéma et déploie de véritables idées scéniques de meurtres, des attaques finement chorégraphiées et une tension savamment distillée. Le retour du talentueux Marco Beltrami à la composition participe également à cette introduction galvanisante, en réinsufflant à Scream une part de son identité musicale — même si son impact demeure, il faut bien l’admettre, plus mesuré que dans la trilogie originale.
L’angle d’attaque méta principal du film repose cette fois sur la satire des productions nostalgiques ainsi que des retcons et, contrairement aux deux précédents volets — qui appliquaient scrupuleusement ce qu’ils prétendaient dénoncer — Kevin Williamson réintègre le concept fondamental de Scream : celui de se poser en antithèse des tropes abordés. Le scénario s’amuse alors à dynamiter volontairement
la fameuse théorie la plus alambiquée des fans depuis des années, avec un plaisir manifeste de salle gosse à tenter de les prendre à rebrousse-poil
. Le film se montre dès lors parfaitement limpide sur son intention : il n’est pas question de
retconner les événements de films précédents au profit de théories fumeuses issues des fandoms réclamant des résurrections insensées
. Cette position, presque programmatique, s’inscrit en extension directe de son propos. Là où le retcon sert habituellement à effacer, corriger ou renier ce qui précède, le long-métrage adopte une démarche inverse et va particulièrement mentionner
les volets 5 et 6 — et l’intégralité des suites de la saga — allant même jusqu’à faire des évènements du sixième film le moteur provocateur de l’intrigue de ce nouveau chapitre, ainsi qu’explorer les conséquences physiques engendrées sur l’un des personnages principaux
. Une manière de rappeler que la saga ne peut avancer qu’en assumant pleinement son passé, aussi encombrant soit-il, plutôt qu’en le remodelant artificiellement pour satisfaire des relectures révisionnistes.
Ce parti pris s’avère toutefois miné par ses propres contradictions : cette volonté de déconstruction cohabite paradoxalement avec un fan service pesant, presque complaisant, et avec le fait que le film esquive soigneusement toute mention
des sœurs Carpenter et de Kirby Reed
. De plus, l’évocation appuyée d'autres sujets méta comme la mode du true crime, de la surabondance des films nostalgiques ou de la question des relations parasociales sont finalement convoquées dans les dialogues comme de simples effets de surface, sans jamais être réellement interrogées ou remises en perspective comme la franchise est censé faire. Cette lucidité retrouvée reste donc paradoxalement encore empêtrée dans des réflexes toujours plus opportunistes. Par ailleurs, le film intègre également de front la question
des deepfakes de célébrités décédées générés par l’IA dans l’industrie
, un thème contemporain qui s’inscrit naturellement dans l’ADN méta de Scream. Mais cette idée reste elle aussi largement sous-exploitée et s’ajoute à la liste des concepts prometteurs effleurés sans jamais être pleinement assumés ni déconstruits.
Kevin Williamson, dont l’admiration souvent évoquée pour Spielberg et Carpenter confine au fétichisme, s’applique à reproduire les tics de mise en scène de ses modèles : un travelling contrarié pour traduire l’état d’esprit d’un personnage, quelques jeux d’ombre et de lumière pour ériger la silhouette du tueur en icône façon The Shape (à rebours de ce que représentait initialement Ghostface, mais soit). Des citations qui tiennent davantage du mimétisme que de la mise en scène, et qui ne suffisent jamais à compenser le néophytisme d’une réalisation globalement plate, presque sans relief.
Le véritable point fort à sauver du film réside en réalité dans le choix de placer au cœur du récit les problématiques de communication entre Sidney Prescott et sa fille, ainsi que l’impact durable de ses traumatismes sur sa vie de famille, laissant Tatum subir malgré elle un héritage qu’on ne l’autorise pas à déchiffrer. Cette approche plus intime apporte une épaisseur émotionnelle bienvenue et donne à Sidney l’espace nécessaire pour exister autrement que comme simple icône survivante. Le même soin est apporté à sa dualité avec l’iconique Gale Weathers. Si celle-ci pèse finalement assez peu sur l’intrigue globale, son traitement n’en demeure pas moins rafraîchissant, offrant à Gale une présence plus apaisée et renouant avec ce qui faisait la richesse du personnage. Les jumeaux sont également de retour et retrouvent leur caractérisation initiale qui avait été égarée dans l’opus précédent. Un réajustement appréciable… malheureusement contrebalancé par une transparence presque plus significative qu’antérieurement. À côté de cela, le nouveau cast peine à trouver sa place et à s’incarner à l’écran. Un constat d’autant plus regrettable que Isabel May s’investit visiblement — presque en miroir de l’arc de son personnage. Une performance méritante, mais condamnée à se débattre dans un ensemble trop fragile pour pleinement la soutenir.
L’ensemble prétend donc à priori se fonder sur des bases prometteuses durant un acte entier. Puis, le masque tombe. Dès le second tiers, le récit s’enlise dans une succession d’invraisemblances grossières qui sabotent toute suspension d’incrédulité. Kevin Williamson semble perdre de vue ce qui faisait la force même de la franchise et arrive à faire pire que le diptyque de Radio Silence dans ce qui demeure une hérésie à l'héritage de son regretté binôme Wes Craven. Meurtres goofy dépourvus de toute tension, écriture approximative, red herrings grossiers, réactions de personnages invraisemblables et un climax qui s’impose sans peine comme le pire de toute la saga Scream : le film achève de saborder ce qu’il avait pourtant esquissé de prometteur. Dès la lamentable séquence du bar, il ne reste qu’un enchaînement confus, excessif et maladroit, symptôme ultime d’un projet incapable d’assumer pleinement ses intentions.
Félicitations, donc, aux fans qui réclamaient que Scream perde sa singularité en arrêtant de commenter intelligemment le cinéma (le film énonce quelques "règles" malgré tout) pour se diluer en un simple slasher standardisé pour adolescents. Le pari est tenu : le film fera sans doute un carton qui engendrera des suites probablement toutes aussi inabouties.
L'époque où on disait que Scream 3 était le plus faible de la saga est bien lointaine.