Kevin Williamson, scénariste du "Scream" originel, de retour à l'écriture ET, pour la première fois, à la réalisation d'une fin de chapitre de la saga en compagnie de sa plus emblématique héroïne Sidney Prescott (Neve Campbell) ?
Il fallait au moins ces arguments pour nous donner envie de revenir assister à de nouveaux coups de poignards de Ghostface sur grand écran après un sixième opus ayant atteint des cimes de médiocrité jusqu'alors jamais vues dans la franchise.
Passons sur les polémiques qui ont entraîné le départ du duo de réalisateurs (Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett) ainsi que celui des actrices/ protagonistes principales (Melissa Barrera et Jenna Ortega) du début de la dernière trilogie, on a beau faire partie de ceux qui avait apprécié l'épisode cinq, en mode adéquat de satire de requel, la découverte du sixième nous avait laissé pantois.
Entre un film qui semblait être arrivé trop tôt, ne sachant même plus cette fois quoi prendre comme cible au sein du cinéma d'horreur (la franchise ? la suite de requel ?) sinon un déplacement de lieu à New-York exploité de façon famélique (peut-être juste la phase du métro et encore..), une intrigue autour de ces deux sœurs héroïnes se résumant à des love-stories mineures qui ne faisaient en rien avancer le possible pétage de plombs Loomisien de l'aînée (on pense même que c'est un mal pour un bien que tout cela reste à jamais sans suite), des meurtres inconséquents, dont la plupart des victimes se réveillaient par miracle (on sauvera le passage avec Gale du lot), et, évidemment, la pire trahison que l'on pouvait nous faire: révéler par mégarde l'identité de son/ses tueur(s) dès la première partie du film avec la plus mauvaise pirouette scénaristique que l'on avait vue jusque-là dans un des films (sans compter le côté particulièrement fadasse de l'inévitable phase révélation/affrontement final).
Bref, l'éclaircie de retrouvailles bienvenues avec une saga qui reste et restera jamais à part pour le p'tit RedArrow (le premier film est celui qui lui a donné son goût prononcé pour le cinéma de genre... et même, par la suite, pour le cinéma tout court) s'était évanouie devant le triste spectacle offert par ce sixième film, amenuisant encore un peu plus l'espoir d'y retrouver adulte ce qu'il avant tant chéri devant les premiers opus.
Tout cela pour dire qu'en soi, aujourd'hui, la première partie de ce "Scream 7" est déclencheuse à elle seule d'un petit miracle : le retour de vrais sourires en découvrant un nouveau film de la saga. Certes, le morceau "Sidney's Lament" en ouverture (pour nous rappeler que Marco Beltrami est également de retour à la baguette) a suffi à lui seul à nous donner un frisson en ce sens mais c'est bien la scène d'ouverture, force indélébile des moments les plus marquants des "Scream", qui a d'abord répondu présente pour les provoquer.
Dans un cadre en effet judicieusement pensé (et utilisé) pour évoquer la nostalgie figée par l'artificialité de notre époque, Williamson opère tout simplement le retour aux sources que l'on désespérait de voir à nouveau un jour : une introduction meurtrière jouant avec jubilation de tous les fondamentaux d'un passé glorieux, menée par un tueur malin et vicieux dans l'affrontement, où lui-même n'est pas épargné par les coups (et il va en prendre plein la tête tout au long du film, soyez-en certain) pour in fine faire preuve de sa détermination et de sa violence avec une sortie hautement symbolique par la destruction qu'elle génère dans son sillage.
Si, bien sûr, cette ouverture aura peut-être du mal à rivaliser avec les meilleures des précédents opus sur la durée, force est de constater qu'elle est ici intelligemment pensée et digne des standards que les "Scream" ont eux-mêmes imposés.
Et l'exposition de la nouvelle vie de Sidney Prescott qui suit s'inscrit dans cette même veine simple et efficace, nous présentant une mère qui refuse d'imprégner sa fille Tatum (eh oui !) de son passé douloureux au risque de sacrifier le plénitude d'affection que pourrait atteindre leur relation. Non sans quelques clins d'oeil à son adolescence revécus par sa progéniture, Williamson prend son temps pour nous présenter le quotidien de parent bousculé de son éternelle héroïne, la bande d'amis forcément plus ou moins suspects qui gravite autour de Tatum ainsi que quelques têtes pas moins louches qui se baladent aux alentours... Et, pendant près d'une bonne demi-heure, "Scream 7" fonctionne plutôt bien sur tous ces points, nous démontrant sans mal que son scénariste-phare est bien celui qui faisait le cœur des meilleurs instants de la franchise à ses débuts.
Malheureusement, avec l'arrivée frontale des meurtres de Ghostface dans la place, la partie centrale de "Scream 7" va se révéler bien plus en dents de scie car, en voulant à tout prix mêler des éléments des autres films de la franchise à sa nouvelle histoire, Kevin Williamson se montre bien moins convaincant.
Que ce soit en voulant semer le doute par un retour inattendu (enfin quand même très attendu pour les spectateurs) ou recoller les morceaux avec les survivants des deux derniers films, le film va en effet se montrer bien plus brouillon, donnant le sentiment de ne pas trop savoir comment juguler son côté enquête (un brin idiot) et une prolifération de protagonistes qui font oublier tout le bien que l'on pensait des nouveaux présentés peu de temps auparavant (les jumeaux des "Scream" 5 et 6 prennent beaucoup trop de place, leur sort au milieu de tout cela fait même office de running-gag gênant). Et, c'est réellement dommage car les fulgurances meurtrières sont bien là, portées par un Ghostface acharné, capable de mises à mort spectaculaires (un certain empalement restera dans les mémoires) de courses-poursuites haletantes (Williamson fait le job derrière la caméra) et même de se moquer gentiment du plus gros faux-pas du dernier film (un certain événement hors-champ "réparé" malicieusement), le tout en ressassant la relation Sidney/Gale qui n'a plus grand chose à dire mais demeure solide et, surtout, en prenant la forme d'une parabole sur la nostalgie en elle-même, dont la confrontation finale va bien entendu devenir le catalyseur.
Choisir de demeurer dans la nostalgie la plus vaine en cherchant à la reproduire bêtement ou la transmettre pour que d'autres en perpétuent la flamme avec leurs propres singularités et aspirations... La thématique n'est pas bête et "Scream 7" l'incarne solidement dans la ritournelle connue de son acte final mais il le fait malheureusement sans grande surprise ou véritable panache, le retour ici à quelque chose de plus sobre (mais pas moins violent) voulu par Williamson ne correspond pas vraiment à la folie grand-guignolesque que les climax des "Scream" se doivent de revêtir pour marquer les esprits.
Mais, allez, après le ratage de l'épisode 6, "Scream 7" a suffisamment d'habiles coups de couteau à distribuer pour que l'on s'y amuse la majorité du temps, ne boudons pas notre plaisir même si le film est sacrément bancal. Et punaise, le petit RedArrow y a eu quand même quelques grands sourires comme à une grande époque qu'il croyait révolue, ça n'a pas de prix.