La réalisation de Gérald le conquérant est assez plate : on est face à un film français très classique, sans réelle audace de mise en scène. Rien de choquant en soi, mais rien de marquant non plus.
Fabrice Éboué, à la fois acteur principal et moteur du film, est avant tout un humoriste que j’apprécie beaucoup. Il m’a fait énormément rire, notamment dans son spectacle Adieu hier. C’est un humoriste mordant, qui ne s’inscrit pas dans un humour bien-pensant. Il s’est déjà attaqué à des extrémismes de gauche, et on pourrait le situer quelque part entre le centre gauche et le centre droit. Son humour fonctionne souvent parce qu’il frappe là où ça fait mal, sans trop de filtres.
Dans ce film, Éboué choisit de parodier l’extrémisme de droite. Je le savais avant d’acheter ma place, et je me suis dit que cela pouvait être drôle : un peu d’auto-dérision, même caricaturale, pourquoi pas. Le problème, c’est que le film se présente clairement comme une parodie du Puy du Fou… et c’est là que, selon moi, ça coince.
Le Puy du Fou est l’un — si ce n’est le — meilleur parc d’attractions d’Europe. Même des personnes de gauche reconnaissent la qualité exceptionnelle de ses spectacles. Le parc met en scène les grandes épopées de l’histoire de France avec du souffle, de la romance, du spectaculaire. C’est un parc d’attractions, et il assume pleinement ce rôle, avec un immense talent.
Dans le film, Dédé, le personnage principal, veut créer un parc d’attractions identitaire autour de l’histoire de la Normandie. Éboué tourne cette idée en ridicule. Pourtant, très honnêtement, moi j’adorerais que ce projet existe réellement. Un parc d’attractions consacré à l’histoire normande serait une excellente manière de revaloriser la culture et l’histoire de la région. Si c’était fait avec le même niveau d’exigence que le Puy du Fou, ce serait tout simplement génial.
À travers cette satire, Éboué critique clairement Philippe de Villiers. Or, qu’on partage ou non ses idées, De Villiers est un excellent écrivain, un orateur remarquable, quelqu’un qui parle de l’état de la France avec une vraie profondeur. C’est le genre d’homme que l’on écoute, que l’on n’interrompt pas. Voir Éboué, le comique, le caricaturer de cette manière donne parfois l’impression d’une critique un peu facile, presque « bas du front ».
Le film peut être drôle par moments, mais on n’est pas vraiment dans un humour noir gracieux ou incisif. La morale — éviter toute dérive identitaire — est perceptible, mais elle reste assez fade, même si certains passages fonctionnent comiquement.
La comparaison avec OSS 117 reste malgré tout pertinente. L’humour identitaire y est plus poussé et surtout mieux maîtrisé. OSS 117 reste un héros : un héros certes sexiste, parfois raciste, mais jamais un méchant. Il n’est pas présenté comme fondamentalement mauvais. À la différence de Dédé, qui, même s’il devient plus attachant à la fin du film grâce à son histoire personnelle, reste avant tout un personnage ridicule. Cette tentative de le rendre humain arrive tardivement et n’efface pas le traitement global du personnage, qui demeure une caricature plus qu’une figure vraiment complexe ou ambiguë.