Revenant avec un projet portant haut et fort les couleurs de la Normandie, "Gérald le conquérant" est le nouveau film de Fabrice Eboué. Même si je ne suis pas un immense connaisseur de sa filmographie, j'aime beaucoup l'acteur et j'attendais donc de voir ce qu'il avait à nous proposer au vu de cette idée de base. Ici, le film est donc clairement dans la lignée d'un "C'est Arrivé Près de Chez Vous", que ce soit dans sa réalisation ou dans le propos. Dans les deux cas, nous allons suivre le personnage principal d'un faux documentaire, qui va de plus en plus virer à l'extrémiste. La première question à se poser était donc de voir si ce projet allait réussir à s'émanciper de ce que l'on connaît déjà au niveau de ce genre, et donc réussir à créer sa propre voie. Et pour le coup, je trouve que la tâche est accomplie ! Effectivement, le déroulé n'est pas nouveau, mais on sent que Fabrice Eboué s'est vraiment renseigné sur son sujet. Ici, l'extrémiste va toucher à un contexte régional, où notre héros cherche avant tout à redorer la grandeur de la Normandie. Pour cela, le film va exploiter un bon nombre d'éléments propres à cette région, que ce soit dans son langage, ses coutumes, son terroir ou dans sa grande mise en avant comme lieu de tourisme pour les gens de la capitale. Et venant de cette région, je peux dire que le film vise juste ! Il a parfaitement réussi à retranscrire ces éléments, au travers d'un humour qui se laisse clairement aller. Dans son rythme, le long-métrage cherche clairement à créer un crescendo, le personnage tombant de plus en plus dans la folie de son combat. Cela se terminera au sein d'une dernière demi-heure explosive, où l'on se demande même quand cela va s'arrêter. L'exercice est donc jouissif, dans le fait de se moquer de ce personnage incapable de trouver sa place et en quête d'identité profonde. Fabrice Eboué le joue d'ailleurs parfaitement, usant à merveille du dispositif pour s'adresser directement à la caméra ou pour chercher la spontanéité avant tout. On sent que l'ensemble du casting a pu être très libre sur le tournage, et que l'improvisation régnait. Cela rentre donc totalement en accord avec l'idée originale, ce qui offre un tout honnête et très crédible. Malgré tout, je ne dois pas vous cacher que j'ai toujours un peu de mal avec cette façon de faire, notamment dans le montage. C'est un détail, mais cela me sort un peu du film de voir un montage aussi soigné et plusieurs angles de caméras possibles. Quand on sait qu'une seule personne est censée le suivre, on se demande comment autant de raccords peuvent être faits. C'est clairement un élément minime, mais je préférais le noter, car le reste m'a globalement convaincu. J'ai aimé le discours proposé notamment, car il prouve bien que l'on peut encore rire de tout au cinéma, il suffit juste de le faire de la bonne manière ! Le long-métrage se permet donc de toucher à des sujets très larges, mais toujours dans l'optique de décrédibiliser le héros. Sa longue descente aux enfers est particulièrement plaisante à regarder, et autant dire que je vous recommande d'aller la visionner ! Cela faisait longtemps qu'une comédie française n'avait pas autant réussi à me faire rire, alors, rien que pour ça, ce film en valait la peine. Pour conclure, un très bon moment.