Il faut bien reconnaître que la première difficulté qui est la nôtre à appréhender Resurrection tient à l’étrangeté de sa matière référentielle, qui demeure pour nous éloignée et par conséquent opaque, tant elle confond l’histoire de la Chine et de ses cultes – voir à ce titre le troisième segment qui se déroule dans un temple bouddhiste – tout en les intégrant à une reconstitution labyrinthique de l’histoire du cinéma et des représentations que celui-ci a faites d’eux. En cela, la rêverie métaphysique d’un Tree of Life (Terrence Malick, 2011) nous parlait davantage parce qu’elle s’attachait à une culture occidentale imprégnée de mysticisme biblique, matière dans laquelle nous avons grandi et évoluons encore. Pour autant, l’apoplexie suscitée par le long métrage chinois réside aussi, et peut-être surtout, dans son geste autocentré consistant à confondre la retranscription de rêves pour un spectateur qui ne les a pas faits – ce qui suppose un travail d’adaptation – avec leur restitution brute qui justifie à elle seule sa valeur, suspendant toute appropriation d’un public réduit, comme le proposait il y a peu Hamnet (Chloe Zhao, 2026), à l’état de masse applaudissante. Comparer, comme certains ont pu s’y engager, Bi Gan à David Lynch ne sert pas à grand-chose sinon à célébrer le génie du second capable, à la différence du premier, de convertir l’exploration de son inconscient à lui en une quête collective faite des obsessions, des rituels et des changements de ton qu’offre le cinéma. Ressurection ne trouve de valeur que formelle et conceptuelle, quoique la prétention de retracer un siècle d’art en deux heures quarante frôle la démesure orgueilleuse et rejoue celle de Damien Chazelle sur Babylon (2022). On vantera évidemment les plans somptueux, le travail de la lumière et l’audace ; on se délectera du segment liminaire, déambulation dans un cinéma muet revisité avec amour et originalité ; on déplorera néanmoins cette distance qui demeure entre l’objet esthétique et nous, non en elle-même – car la distance porte souvent le désir de la voir abolie et justifie les revisionnages successifs – mais parce qu’elle ne suscite en nous, justement, aucun désir de l’abolir.
Troisième long-métrage du cinéaste Bi Gan, Résurrection est aussi ambitieux qu’abscons. Les 2h40 du film – qui, en toute honnêteté, se font sentir – nous embarquent dans une multitude d’univers et d’atmosphères, comme autant de balades dans l’histoire chinoise et dans celle du cinéma lui-même, multipliant les hommages en tous genres. Les images sont souvent belles et mystérieuses, alors que l’enchaînement des situations relève d'un mystère des plus absolus, donnant à cet objet un caractère clairement insaisissable, et pourtant vaguement magnétique. Un conseil : afin de vous raccrocher à quelque chose d'un peu compréhensible, lisez le synopsis deux ou trois fois avant de vous y coller.
J'attendais beaucoup de Résurrection, surtout avec Shu Qi, qui livre une prestation convaincante et apporte de l'émotion à son personnage. Visuellement, le film est aussi très réussi : certaines scènes sont magnifiques et l'ambiance est soignée.
En revanche, j'ai eu beaucoup de mal avec le scénario. L'histoire est souvent confuse, le rythme est très lent et plusieurs passages manquent d'explications. La fin laisse énormément de questions sans réponse, au point où j'ai eu l'impression qu'il fallait chercher des explications en dehors du film pour tout comprendre.
C'est un film qui a de vraies qualités artistiques, mais qui m'a laissé plus frustré qu'émerveillé. Je pense qu'il plaira surtout aux amateurs de cinéma très contemplatif et symbolique, mais pour ma part je suis resté trop souvent perdu. 2,5/5.