RESURRECTION - Bi Gan | ⭐ 6/10
J'ose aller à contresens de la grande majorité des retours sur le film, mais tant pis : Resurrection m’a profondément ennuyé. Et pourtant, tout était là pour m’embarquer. Les images sont somptueuses, la matière visuelle est d’une richesse évidente, chaque plan semble relever d'une prouesse technique.
Mais très vite s’impose l’impression d’un cinéma saturé d’hommages et de symboles qui se regarde faire, d’un réalisateur constamment occupé à démontrer son talent plutôt qu’à raconter quelque chose qui dépasse l'hommage au cinéma. Le fameux long plan-séquence de 40mn, aussi virtuose soit-il, illustre parfaitement ce malaise : il est certes superbe, mais semble avant tout démonstratif. On ne le ressent jamais comme au service du récit ou une nécessité émotionnelle, mais davantage comme une performance.
Le problème tient aussi à un scénario étonnamment flou. Le film embarque le téléspectateur dans une traversée sensorielle où se croisent cinéma muet, polar, film de vampires ou fantastique. L'on navigue dans un brouillard conceptuel perpétuel, au travers de différents chapitres qui peinent à se relier entre eux.
La comparaison avec le cinéma de David Lynch revient souvent, et elle est tentante. Comme chez Lynch, le spectateur doit accepter de lâcher prise, de ne pas tout comprendre. Mais la différence est cruciale : chez Lynch, la psychologie des personnages est autrement plus dense et fascinante, et rien n’est jamais gratuit. Les images, aussi énigmatiques soient-elles, naissent toujours d’un trouble intérieur, d’un désir, d’une peur. Ici, beaucoup de visions semblent surtout exister pour leur pouvoir plastique et les personnages restent des silhouettes, des figures désincarnées au service du dispositif.
Résultat : un film admirablement fabriqué, mais étrangement creux, qui force l’admiration autant qu’il éprouve la patience. Je comprends que l’on puisse s’y abandonner, s’y projeter, voire l’encenser. Pour ma part, je suis resté à distance, admiratif par moments, mais souvent spectateur d’un geste trop conscient de sa beauté et qui, à force de vouloir prouver son génie, peine à captiver et à faire poindre la moindre émotion.
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