Quel plaisir de retrouver le cinéma si délicat de François Ozon ! Cette fois-ci, le cinéaste convoque les thèmes de la vieillesse, du sentiment de culpabilité et des non-dits qui nous traversent bon gré mal gré. Si, après les chefs-d’œuvre "Grâce à Dieu", "Été 85", "Tout s'est bien passé" et le réjouissant "Mon crime", on pouvait s'attendre à quelque chose de plus qualitatif, ce drame n'en reste pas moins un bel essai d'humanité, une belle étude des vices qui puise toute sa singularité dans l'interprétation tout en nuances d'Hélène Vincent, formidable actrice au talent sous-exploité, mais aussi aux performances de Josiane Balasko, toujours parfaite, du jeune Garlan Erlos, épatant pour son âge, de la trop rare Ludivine Sagnier, authentique et solaire, mais surtout de Pierre Lottin, extraordinaire d'ambiguïté (comme tous les personnages dans ce film). L'histoire est peu banale, mais le scénario, visiblement peu inspiré, souffre de quelques longueurs (même s'il est intéressant de filmer la vieillesse, le temps qui passe et les couleurs de l'automne qui suggèrent un rythme lent, il ne faut pas non plus négliger le côté "thriller à suspense" qui engage une certaine frénésie pour tenir le spectateur en haleine). En ressort un film un peu bancal avec de bonnes idées (souvent mal exploitées) et, malgré la gravité de certaines situations, aucune émotion ne parvient à nous traverser.
Par exemple, la scène du décès de Valérie, la fille de Michelle, est traitée avec tant de brutalité que même les personnages concernés ne semblent pas ressentir la moindre peine...
Un Ozon donc en petite forme, qui accuse une légère baisse d'inspiration, mais qui reste un cinéaste majeur de sa génération tant par la justesse et l'humanité de son cinéma que par la qualité d'écriture de ses personnages.