A la fois imaginaire, moralisateur de la conscience masculine et 2ème version ciné du roman de Richard Matheson (1956) après donc celle de 1957 (qui devait assurément être révolutionnaire pour l’époque mais tout aussi assurément kitsch de nos jour), cette aventure
mi familiale, mi thriller, mi fantastique et surtout psychologique nous prouve à quel point ce que nous considérons comme « inférieur » et minuscule au quotidien peu devenir géant du jour au lendemain. Un récit qui n’à pour autant pas de logique, pas de raison sur le devenir de notre Robinson miniature et cela pose sérieusement problème sur la crédibilité de l’ensemble. Jean Dujardin joue d’abord une totale banalité, un chef d’entreprise soucieux de voir son carnet de commandes peiner au décollage, une vie de famille tout à fait normal et d’un seul coup, sa vie rétrécie. Son jeu passe d’un ton à l’autre en l’espace d’une demi-heure et cela donne nettement plus de crédibilité et de percussion. Ses réactions face à sa femme et sa fille sont géniales et leur rapport tout autant. Marie-Josée Croze évolue tout autant sur son jeu mais à l’inverse de Paul (Jean) qui veut s’en sortir et trouver les solutions, elle se renferme sur ce destin programmer, déserte peu à peu les bancs solidaires et part, simplement. Enfin, leur fille (Daphné Richard), adoratrice et joueuse avec ses parents dont on devine que très brièvement la scolarité compliquer et des relations entre filles assez tendues, seul sa place au sein de la famille se déchirant jour après jour marque son évolution. La scène de la maison de poupée ou Paul y est « presque chez soi » est une révélation du face à face « géant contre petit », de plus et de façon presque involontaire, Jean dans sa superbe tenue de style Victorienne, nous replonge quelques instants dans son précédent rôle d’« Artist » sur ces quelques pas joviaux. Puis la réalité devient concrète, le monde devenu aussi géant d’un côté, miniature de l’autre, tout est renverser et la technique y à sa parfaite place. Visuellement du coup, aucune étape n’est ratée, aucun son n’est raté et le numérique complétant l’environnement comme celui créant les « monstres » est juste impeccable. Comment rendre les éléments banaux du quotidien en décors d’un seul coup imposant et riche de détails dont on se moque éperdument quotidiennement ? Le piège à souris et les fourmis, l’aquarium, le carton de rangement vrac, l’araignée dans son environnement nocturne et le meuble escalader… Tout à un sens précis et tout devient personnage à part entière. L’araignée étant le point le plus mémorable, frissons total, stress pesant mais réussite visuelle et sonore complète avec un jeu guerrier/survivor de Dujardin parfait. Son ultime face à face dans l’antre de la bête fut si bien d’un dégoût visuel profond que d’une perfection directive (rien que le détail de s’uriner dessus est une preuve magistrale jamais vu dans ce genre de scène. Preuve nette d’une peur mortelle) pour un hommage réf total à l’affrontement Frodon/Araignée dans « Le retour du roi ». Une morale sur la conscience de l’homme prédominant le monde, sa vision infime du petit monde et son sentiment face aux actes qu’il en découd, avoir soudainement peur de ce que nous ignorions jusqu’alors, se soucier soudainement de notre environnement alors qu’il n’en était rien jusqu’alors, ne plus être entendu et se sentir oublier lorsqu’on est « rabaissé »
. Un récit qui n’aura pas eu une promo d’envergure voir inexistante mais ses seules affiches et le design du titre sont une réf seule aux récits d’aventures et de survie d’antan. Une aventure aussi banale au début que terrifiante sur sa suite au dénouement incertains qu’il est à nous seul d’imaginer, Dujardin performe en lilliputien moderne, la nature quant à elle, montre qu’elle est prête à se vengée et reprendre son droit le jour venue.