Nathan Caine est un jeune homme un peu gauche, poli, extrêmement gentil (en un mot : adorable, et la bonne bouille de Jack Quaid y est pour beaucoup), qui craint tout contact car il ne ressent pas la douleur (et risque de se faire mal sans le savoir), qui est enfin remarqué par une jolie fille. Mais pas de bol, des vilains braqueurs enlèvent sa Dulcinée, forçant le pauvre Nath à devenir Superman, lui qui a la trouille d'être Supermal. À partir de là, tous les moyens d'utiliser son handicap comme une arme sont bons, hilarants, funs, joyeusement trash (
la flèche inter-genoux, le couteau dans la main, les éclats de verre comme poings américains faits maison, la "rallonge personnelle" quand un défibrillateur n'a pas assez de mou pour atteindre le vilain...
Il y a beaucoup d'idées dans Novocaïne, et on s'est souvent bien marré dans les scènes de bagarres). Jack Quaid est parfait dans le rôle du nounours désolé de faire mal aux autres, le rythme est vraiment très resserré (on ne s'ennuie pas), et quelques plans ralentis (deux ou trois, on n'abuse pas du procédé, une rareté dans le cinéma d'action contemporain...) sont vraiment efficaces. On en prend plein les yeux et on sourit de l'humour assez décadent du film (il sait qu'on vient chercher du cracra bien bête, alors allez, il dégaine la scène de
gros plans sur un arrachage d'ongles avec Nathan qui fait semblant d'avoir mal pour gagner du temps : "et bon appétit bien sûr"
), mais aussi des gags visuels qui marchent bien (
le petit bruit suspect dans le dos du héros qui ne voit pas de suite l'énorme masse à pointes qu'il a plantée dans les omoplates, la flèche qui se fiche dans son genou sur un "Eh mer**" blasé, la main frite comme un nugget, le plan amusant qui suit la tête de Nath explosée sur deux tables, etc...
). Vraiment, on a gloussé pas mal devant les idées régressives de ce Novocaïne à la hauteur de son affiche (qui nous a tapé dans l'oeil : aïe) et qui exploite son concept jusqu'au bout. Le scénario ne vole autrement pas bien haut, mais la bagarre constante ajoutée à la bonhommie adorable de son héros arrive à faire oublier très vite la légèreté de sa vraisemblance. On ne serait même pas contre un petit 2, cette fois avec de la bagarre sur une musique volume à fond (ce qui nous a manqué dans le final, un peu soft à notre goût malgré l'excellente idée de la
fracture ouverte qui sert de poignard
, une trouvaille qui sort du cerveau frappadingue d'un scénariste comme on les aime), car la playlist de tubes entendus au compte-gouttes est assez alléchante (alors autant en profiter pour en mettre une sur une scène de fracasse). On aurait aussi adoré que le dernier plan du film soit une
dégustation de tarte qui finit en sang
(comme on l'attend depuis sa mention au début du film), dommage de ne pas avoir terminé avec cette cerise sur le gâteau (enfin, la tarte). Ce n'est pas le film l'année, mais la générosité de Novocaïne est sincère, dans sa castagne qui joue avec les mauvais coups cracras comme un sale gosse à qui on permet tout, dans l'excès de politesse de son héros qui est souvent drôle, dans son envie d'en rajouter toujours plus pour divertir un public amateur de régression assumée (on plaide carrément coupable). Jack Quaid et son sourire de gentil a vraiment l'art de manger des tartes, au figuré comme au littéral.