La Vérité est le second film de Clouzot que je vois, après "les Diaboliques". Assez différent de son illustre prédécesseur, il ne comporte pas de mystère, on sait dès le début qui est l'assassin, il s'agit bien entendu de la belle Brigitte Bardot. Ici, c'est la genèse du crime et les motivations de la meurtrière qui sont décortiqués lors d'un procès qui a de quoi mettre mal à l'aise. Toute la vie de l'accusée est déballée, passée au crible, chaque faux pas est utilisé pour la faire condamner, même les faits qui n'ont rien à voir avec le meurtre en lui-même.
Ce procès est également le procès d'une jeune femme coupable d'être libre et libérée dans la France bien-pensante et corsetée de la fin des années 50-60. Toute meurtrière qu'elle est, on s'attache à cette jeune femme, jugée pour ce qu'elle est, plus que sur ce qu'elle a fait. On peine en revanche à plaindre la victime, Samy Frey, un jeune homme de bonne famille, qui laisse tomber toutes ses belles promesses pour céder à la première allumeuse venue, avant de la laisser tomber et de la mépriser.
Clouzot s'immisce dans les rouages d'un drame, plonge dans la psychologie des personnages, avec un talent formidable. Les acteurs sont parfaits, avec une mention particulière pour Paul Meurisse, magistral dans son rôle de procureur impitoyable. Quant à BB, elle est ici le sex-symbol éternel qui a bouleversé une époque toute entière, moue boudeuse, choucroute sur la tête, œil de biche, belle, sauvage et indomptable.
Il n'y a que la mort qui aura raison de sa liberté de penser lorsqu'elle se suicide dans sa cellule, ultime cri de désespoir à l'attention de la foule qui se presse au procès et qui n'a pas essayé de la comprendre.