Le film est bien joué, bien éclairé (grâce au Belge Yves CAPE, 64 ans, dont c’est la 3e collaboration avec le réalisateur), avec de beaux costumes (conçus par Anaïs ROMAND, 5e collaboration), de beaux décors (dus à Olivier RADOT, 66 ans, 11e collaboration) et avec de la belle musique (Debussy, Chopin, Ravel), bref très académique mais quel ennui ! A l’écoute des enregistrements disponibles [audio uniquement car Sarah Bernhardt (1844-1923) n’a tourné que dans 11 films muets de 1900 à 1923] où elle déclame d’une façon très datée, lancinante, pour ne pas dire vieillotte, il est difficile d’imaginer qu’elle fut l’une des plus grandes tragédiennes du XIXe s et qu’elle entama une tournée mondiale, y compris dans des pays non francophones (Angleterre, Danemark, Etats-Unis, Pérou, Chili, Russie, Australie et Canada). 600 000 personnes assistèrent à ses funérailles le 29 mars 1923 à Paris. Le personnage n’en reste pas moins insupportable, d’égotisme, de prétention, d’autoritarisme vis-à-vis de ses collaborateurs, de mauvaise foi et de cruauté.
Son enfance difficile (père absent, placement au couvent, viol) n’explique pas tout
. Difficile de s’y intéresser. Le film est très partiellement biographique car centré sur la journée qui lui a été consacrée (le 9 décembre 1896, à 52 ans) et sur son amputation de la jambe droite en 1905 (à 61 ans), à cause d’une tuberculose osseuse du genou. La narration reste plate, avec des flash-backs inutiles et confus, et seule sa relation passionnée avec le comédien Lucien Guitry (1860-1925)(Laurent Lafitte, 51 ans), lui aussi considéré comme l’un des plus grands comédiens de son époque (
et le seul amant qui la fasse jouir !
), est digne d’intérêt, même si le thème n’est pas nouveau et relève plus du théâtre de boulevard (quasiment pas de scènes en extérieurs) :
elle, bisexuelle et aux nombreux amants, lui, marié 2 fois, aux nombreuses liaisons (d’où son surnom de « Divan le Terrible ») et brouillé avec son fils, Sacha (1885-1957) qui épousa sa maitresse, Charlotte Lysès (1877-1956), actrice.
Le film aurait dû s’appeler « Sarah et Lucien » ou « Sarah, Lucien, Sacha et les autres » ! Dommage que son comportement libre (elle est mère célibataire), non conventionnelle (elle possède un lynx, un maki catta et un boa constrictor : Diva, oui ! Divine, non !), et engagé [pour Alfred Dreyfus (1859-1935), encourageant Emile Zola (1840-1902), et contre la peine de mort] ne soit pas plus développé. Le film est à rapprocher de « Colette » (2018) de l’Américain Wash Westmoreland, qui a su mieux dynamiser l’histoire (se déroulant entre 1892 et 1910) de Colette (1873-1954) et de son mari Willy (1859-1931), romancière et féministe avant l’heure. Par contre, le film de Guillaume Nicloux surpasse, probablement, l’autre biographie, « Incroyable Sarah » (1976) de Richard Fleischer (1916-2006), avec Glenda Jackson dans le rôle-titre (sans Lucien Guitry mais avec Victorien Sardou) d’après les commentaires de Jean Tulard dans son « Guide des films » (1990) : « Mise en scène plate et interprétation médiocre (Glenda Jackson réussit à en faire encore plus que Sarah Bernhardt) ».