Comédie dramatique écrite et réalisée par Sean Baker, Anora est un bon film, même s'il comporte quelques tares. L'histoire nous fait suivre Anora, dite Ani, une jeune strip-teaseuse de Brooklyn, qui voit sa vie chamboulée lorsqu'elle rencontre dans le club où elle se produit, Ivan, le fils d'un oligarque russe qu'elle épouse dans la foulée. Seulement, une fois la nouvelle parvenue en Russie, leur conte de fées est menacé par les parents du garçon qui envoient trois hommes retenir le couple en attendant leur arrivée à New York dans l'intention de faire annuler ce mariage jugé insultant vu le statut social de la jeune épouse. Ce scénario s'avère globalement prenant à visionner pendant toute sa durée de deux heures et quart, même si cette durée aurait gagnée à être raccourcie d'une vingtaine de minutes. Car oui, l'intrigue comprend quelques longueurs tout du long de ses trois parties qui la compose et même une certaine redondance dans la première. En effet, le récit prend par deux fois des tournants lui faisant changer de ton, passant d'une romance éphémère et artificielle à une comédie saugrenue avant de s'achever sur un ton plus dramatique. Le tout est plutôt réussi même si cette amourette intéressée ne raconte au final pas grand-chose dans son message et sa morale. On retiendra tout de même quelques scènes sortant du lot et le fait que la drogue, le sexe et la nudité soient très présents à l'écran. L'ensemble est porté par des personnages plus ou moins appréciables, à commencer par la principale concernée donnant son titre au film, qui n'est pas très attachante à cause de sa personnalité peu développée et de son côté profiteuse. Elle est malgré tout très bien incarnée par une Mikey Madison se mettant littéralement à nue pour son rôle. Son mari est lui interprété par un Mark Eidelstein tout aussi convaincant, même si lui aussi manque de développement. Les trois rôles les plus sympathiques sont clairement ceux campés par Iouri Borissov, Karren Karagulian et Vache Tovmassian car ils sont loin des clichés habituels et sont très drôles malgré eux. Les parents d'Ivan joués par Alexeï Serebriakov et Daria Ekamassova sont pour leur part pas aussi tyranniques qu'annoncés, notamment le père trop effacé. Tous ces individus entretiennent des rapports donnant lieu à beaucoup de crises. Des échanges soutenus par des dialogues se chevauchant car ils ne s'écoutent pas la plupart du temps. Cette cacophonie bruyante et assez vulgaire est cependant réjouissante grâce aux mots échangés souvent amusants. Sur la forme, la réalisation du cinéaste américain s'avère qualitative. Sa mise en scène se veut particulièrement hybride, capable de plans très courts qui s'enchaînent, tout comme d'autres séquences plus longues. Mais c'est le montage qui fait une grande part du travail à la faveur de sa construction. Les péripéties se déroulent elles entre New York et Las Vegas, deux villes au final peu exploitées, l'action se passant la plupart du temps dans des lieux clos se répétant. Ce visuel naturel est accompagné par une b.o. essentiellement composée de tubes passant en boîtes de nuit. Celle-ci colle bien à l'ambiance mais est clairement immédiatement oubliable. Il manque assurément d'un thème personnalisé afin de donner une identité sonore à l'œuvre. Reste une fin pas totalement satisfaisante venant mettre un terme à Anora, qui, en conclusion, est un long-métrage méritant d'être découvert, sans pour autant être un grand film.