Derrière la caméra, Elsa Benett et Hippolyte Dard nous propose un long métrage au cœur de l’alcoolisme féminin et nous faisant entrer au cœur d’un établissement de désintoxication exclusivement consacré à ce public bien particulier. En tentant, avec une certaine réussite, de mélanger l’humour et le drame comme on imagine un cocktail (sans alcool), ils parviennent à offrir un film équilibré, réussi et qui embrasse en 1h45 pas mal de thématiques liées à ce sujet aussi tabou que douloureux. Accompagné d’une bande originale sympa (à bases de titres très connus), l’affaire est menée à un rythme soutenu avec quelques scènes fortes, émotionnellement difficile à jouer et à regarder. Car filmer une femme à la dérive en train de boire bien plus que de raison est compliqué : il faut rendre la détresse à l’écran sans tomber dans le pathos ou la caricature. Pour se faire, il faut des comédiennes capable de finesse. Valérie Bonneton est de celles-là. Sa transformation physique (comme celle de toutes les autres à part peut-être Alice) est clairement montrée à l’écran au fil des scènes qui passent. Car l’alcool ça abime le corps, la peau, le regard. Valérie Bonneton est parfaite dans ce rôle compliqué. Michèle Laroque aussi, que je préfère mille fois dans ce genre de rôle que dans les comédies plus ou moins drôles qu’elle tourne d’habitude. En actrice à la dérive, pleine de morgue et d’alcool, elle trouve le ton juste très rapidement pour composer un personnage aussi désagréable au début de film qu’attachant à la fin. Et puis Sabrina Ouazanni complète le trio, fêtarde totalement dans le déni, elle mettra plus de temps encore que les autres à comprendre qu’elle a un problème. Clovis Cornillac ferme le ban, dans un rôle un peu plus convenu de coach sportif et prof de mécanique. Ancien alcoolique lui-même, son personnage bourru et sympathique, ô combien patient, est plus monolithique que celui des filles mais c’est un peu normal, il n’a pas un défi à relever aussi difficile qu’elles. Clovis Cornillac, dont le talent n’est plus à démontrer, est comme dans ses pantoufles dans un rôle comme celui-ci. Le scénario nous met en présence des différents types d’alcoolisme au féminin : l’alcoolisme dépressif, l’alcoolisme mondain, l’alcoolisme d’ennui, l’alcoolisme de boite de nuit ou l’alcoolisme de la rue. Ces femmes en cure ne pourraient pas être plus dissemblables les unes des autres, façon pour le scénario d’asséner (sans finesse, je le conçois) que le problème survient dans tous les milieux, à tous les âges. Derrière toutes ces femmes il y a un point commun, la souffrance. Toutes ne se sentent pas à la hauteur de ce qu’on attend d’elle : mauvaise mère, mauvaise grand-mère, mauvaise fille ou mauvaise employées, elles boivent pour se sentir mieux autant que pour se punir de ne pas être comme elles devraient être. Car l’alcool féminin n’est pas vu de la même manière que l’alcool masculin. Le film ne le dit pas frontalement mais ça transpire de quelques scènes. Un homme qui boit est un bon vivant, une femme qui boit est une pauvre fille, un homme qui boit peut charmer, une femme qui boit est une femme facile, un homme qui boit est un père de famille en souffrance, une femme qui boit est une mauvaise mère. Quand bien même l’alcoolisme au féminin est autodestructeur plutôt que violent avec les autres, il est pourtant encore plus stigmatisé par la société. Les femmes boivent en cachette, avec la honte chevillée au corps. Le scénario n’est pas exempts de petits défauts mais il nous épargne un certain nombre de poncifs malgré tout :
pas de romance à la petite semaine dans l’histoire des ces femmes, les rechutes sont nombreuses et les cures ne fonctionnent que dans la minorité des cas, les tentations sont innombrables et il est difficile d’y résister à l’extérieur de l’établissement, surtout dans un pays comme le nôtre où celui qui ne boit pas est souvent un rabat-joie
. La dernière partie du film au Maroc ne se termine pas comme je l’imaginais mais ce n’est pas plus mal.
Evidemment il y a malgré une sorte de happy end pour un peu tout le monde et on pouvait difficilement y échapper.
Le film essaie de dire qu’il y a de l’espoir au bout du tunnel, même si parfois il faut emprunter le tunnel pas mal de fois. D’ailleurs, pendant que le générique de fin défile, un numéro de téléphone d’assistance est en permanence à l’écran C’est un tout petit geste mais sait-on jamais…