Brillante mais perdue dans les excentricités de sa solitude, Linda voit sa promotion tant espérée lui passer sous le nez à cause de la prise de pouvoir de Bradley, le fils odieux de son patron, au sein de son entreprise. Pour profiter de ses compétences, ce dernier l'invite à participer à une réunion capitale à Bangkok mais l'avion qui devait les mener à bon port se crashe non loin d'une petite île perdue du Pacifique, ne laissant pour survivants que Linda et son jeune boss...
Si vous vous retrouviez seul au monde sur une île déserte avec votre boss absolument exécrable, que feriez-vous ? Cette pensée a bien dû passer à un moment ou à un autre par la tête d'une majeure partie des employés les plus brimés de la planète et, pour son grand retour au cinéma après son aventure chez Marvel, Sam Raimi a décidé de la mettre littéralement en scène avec le cocktail de violence et d'humour noir qu'on lui connaît, remède parfait aux instincts primaires dont elle émane !
Après une rapide introduction usant avec efficacité de la caricature afin de nous présenter le quotidien de Linda, où la gêne et les humiliations deviennent l'essence même d'un rapport de forces à sens unique, et une excellente phase de crash qui, à elle seule, condense toute la marque de fabrique de Raimi par le mauvais esprit qui y règne, "Send Help" concrétise son très amusant postulat en faisant de son héroïne, fan jusqu'à la moelle de "Survivor", la personne la plus à même de se débrouiller seule sur une île déserte face à un Bradley bien obligé de ravaler son venin naturel pour bénéficier des aptitudes de son employée.
Si les plus gros tournants du récit qui en découle n'ont rien de vraiment original (on voit venir les principaux coups fourrés que les deux se réservent) et que Sam Raimi cède parfois à l'auto-citation un peu trop facile (les sourires sont présents quand cela reste à l'état de clins d'œil, moins le temps d'une séquence de cauchemar pas très utile à l'ensemble par exemple), "Send Help" atteint surtout sa cible de farce sociologique déviante dans la relation sans cesse fluctuante de son duo principal, idéalement servie par un réalisateur qui, on le sait, peut s'affranchir de bon nombre de limites pour en traduire la rage bouillonnante par de réjouissantes fulgurances gores à l'écran.
Avec de tels personnages oscillant entre étonnantes mises à nu et fourberies dans un mouvement de balancier continu, Rachel McAdams et Dylan O'Brien s'amusent évidemment comme des petits fous grâce à l'éventail de visages offert par ces rôles en or, créant même une réelle complémentarité dans leurs duels toujours plus exponentiels de prises de pouvoir l'un sur l'autre. À l'instar de la patte de Sam Raimi, "Send Help" ne serait sûrement pas aussi fun sans eux.
On pourrait résumer le film à sa dernière partie au tournant de survival définitif. Celle-ci est certes amenée avec des grosses ficelles (et un de ses rebondissements rappelle d'ailleurs très fortement une Palme d'Or pas si lointaine) mais les regards de survivants partis méchamment en vrille de ses protagonistes, que Raimi prend un malin plaisir à capter dans un affrontement où l'on sent vraiment que tout peut arriver (ce qui n'est pas si courant), sont clairement à eux seuls le signal que l'on se trouve dans une cour de récréation régie par l'esprit d'un sale garnement toujours prêt à commettre les bêtises les plus crasses. Et c'est tant mieux.